Les notions de "liberté de circulation" et de "liberté d'établissement" ont l'air bien banales, au moins dans leur formulation. Elles sont pourtant au coeur des enjeux de la lutte des travailleurs immigrés qui se battent dans un grand nombre de pays pour obtenir des papiers.
La liberté de circulation signifie tout simplement la possibilité pour chaque homme et femme de se déplacer de lieu en lieu, de pays en pays, la possibilité de traverser les frontières sans entraves.
Cela se traduirait par :
La disparition des frontières (pas uniquement à l'intérieur de l'espace Européen) ;
l'acquisition par tout individu d'un passeport dans son pays et d'autant de visas qu'il veut visiter de pays.
Cette revendication a l'air simple, elle donne l'impression d'être facile à satisfaire et pourtant nous constatons tous les jours que :
des pays sont toujours complètement ou partiellement fermés aux étrangers ;
des centaines de millions d'Hommes ne peuvent se déplacer faute de passeports, de visas ou d'argent.
Il y a donc des obstacles énormes pour empêcher cette chose si simple : se déplacer à sa guise à la surface du globe. Si beaucoup d'Hommes ne peuvent librement circuler, c'est pour deux raisons principales :
- il n'y a pas de liberté, d'égalité de droit universel à la circulation, sans égalité économique. Sans égalité sociale, les déclarations de principes, les droits constitutionnels et universels ne sont que des écrits démagogiques utilisés par les gouvernements afin de détourner l'attention des populations.
- les gouvernements - de droite comme de gauche - seraient peut-être d'accord pour permettre la liberté de circulation, mais ils ne veulent surtout pas permmettre la liberté d'établissement.
On peut facilement les "comprendre" ! :
La liberté complète, totale, universelle, s'accompagnera d'une véritable révolution sociale : elle suppose la reconnaissance du principe suivant "Tout homme, toute femme est chez lui en tout endroit de la Terre".
C'est dire que chaque Homme est chez lui dans tout pays où il a décidé de vivre et de travailler. C'est dire aussi, que toutes les richesses de la terre appartiennent à TOUS. En particulier la fécondité naturelle des terres arables, les énergies fossiles, les gisements de minerais n'appartiennent pas aux hommes que le hasard à fait naître dans les pays qui recèlent de telles richesses. Elles appartiennent à toute l'humanité. La fermeture des frontières n'a pas seulement pour cause l'interdiction de circuler librement mais surtout l'interdiction de s'établir librement car les riches des pays "riches" ne veulent pas partager leurs biens et leurs richesses avec les pauvres des pays "pauvres", il est visible qu'ils ne partagent pas plus avec les "pauvres des pays riches".
La politique actuelle des gouvernements français - gauche et droite confondues - correspond à des objectifs d'égoïsme national ; ne pas partager les biens et les services qui sont le résultat de l'exploitation des richesses naturelles de la France et des richesses extorquées aux autres et de l'activité des travailleurs résidants en France. Pour briser cet égoïsme national (que l'on retoruve avec quelques nuances partout en Europe), la lutte des sans-papiers est très importante. Elle met en évidence les contradictions entre les belles promesses "nous examinerons avec GENEROSITE le cas des sans-papiers" ou "nous abrogerons les lois Pasqua-Debré" de Jospin - Chevènement, de l'ensemble de la majorité plurielle et la réalité quotidienne des dizaines de milliers "d'invitations" à quitter le territoire français.
Cette lutte des sans-papiers s'inscrit dans la lutte ancienne qui se résumait dans le fameux slogan "les prolétaires n'ont pas de patries".
Actuellement, les patrons n'ont pas de patrie. Ils pratiquent quotidiennement la liberté de circulation ET d'installation pour leurs capitaux et les marchandises. Ils cherchent donc à nous imposer des règles qu'eux-mêmes ne veulent pas respecter !
"Des papiers pour tous ! sera une première étape pour la réalisation des deux revendications fondamentales pour tout homme et femme sur terre : liberté de circulation et liberté d'établissement.
Tract diffusé en mars 1999 lors d'un rassemblement en soutien aux sans-papiers à Toulouse