mer 7 octobre 2015

VENTIMIGLIA, histoire d'une lutte pour la liberté et la dignité

RL
VENTIMIGLIA, histoire d'une lutte pour la liberté et la dignité
VENTIMIGLIA, histoire d'une lutte pour la liberté et la dignité
VENTIMIGLIA, histoire d'une lutte pour la liberté et la dignité

La côte d'azur, comme tout un·e chacun·e le sait, est la destination privilégiée des riches touristes durant l'été : voitures rutilantes, bedaines autobronzante, bijouterie en or massif... la bourgeoisie est de sortie et s'expose. Menton, ville frontalière avec l'Italie ne fait pas exception. Un détail amusant, en entrant dans la ville : un panneau, simple, où l'on peut lire la citation suivante « Menton : Perle de la France », qualification donnée par le géographe anarchiste Elisée Reclus et reprise à son compte, semblerait-il, par l'administration locale. Première des nombreuses contradictions qui traversent cette petite zone où la légalité et le soi-disant humanisme de nos chers gouvernements sont laissés de côté au profit d'une situation intolérable. 

En effet, il suffira de marcher quelques mètres après ce fameux panneau pour se rendre compte qu'une fois de plus, les promesses politiciennes d'une Europe de la libre circulation des personnes n'est qu'un mythe, et que Schengen ou pas (l'espace Schengen étant censé assurer la libre circulation des personnes dans l'Europe depuis 1999), une frontière, ça se ferme quand les gouvernant·e·s le décident.

Ponto San Ludovico, une frontière infranchissable dans l'espace Schengen

 

C'est au poste frontière de Ponto San Ludovico, gardé par les gendarmes français·e·s et les carabinieris italien·ne·s, que l'on doit cheminer avant d'atteindre le camp No Borders, installé là depuis le mois de Juin. Les touristes comme les militant·e·s sont accueilli·e·s par une grande banderole où est inscrit « No Borders, No Nations, we are not going back », slogan souvent scandé durant les nombreuses manifestations qui animent la vie du Presidio Permanente No Borders (que l'on pourrait traduire par campement permanent No Borders). 

Initialement, le camp s'est spontanément constitué début juin par les réfugié·e·s qui en avaient assez des conditions de vie et de la surpopulation du camp géré par la Croix Rouge (plus de 600 personnes entassées dans un espace pour une capacité d'accueil de 300 réfugié·e·s), situé à côté de la gare de Ventimiglia, côté italien. À ce moment, la décision fut prise d'occuper l'espace proche de la frontière franco-italienne. Bien entendu, la police italienne n'entendait pas laisser cet espace d'auto-organisation et de lutte s'installer durablement, et le 12 Juin, elle tenta d'expulser le campement. Les réfugié·e·s n'eurent donc pas d'autre choix que d'aller se réfugier sur les rochers proches de la mer, menaçant de se jeter si la police intervenait sur cet espace. Suite à ça, des militant·e·s, italien·ne·s en majorité, décidèrent de venir soutenir la lutte des migrant·e·s et d'installer aussi durablement que possible le camp No borders sur cette frontière, d'abord sur les rochers. Ensuite le camp s'est étendu, situé à à peine 100 mètres après l'entrée sur le territoire italien. Depuis, le campement est installé, et il n'est pas prévu de partir tant que la frontière ne sera pas durablement ouverte pour toutes et tous.


La majorité des réfugié·e·s présent·e·s au camps de la Croix Rouge italienne et au camp No Borders sont des personnes venant du Soudan et d'Érythrée, fuyant la guerre, la pauvreté, les persécutions et les massacres. Passant généralement par la Libye ou l'Égypte, ils et elles arrivent à rejoindre l'Italie en passant par l’île de Lampedusa, après plusieurs jours en mer à emprunter des routes toujours plus dangereuses en espérant arriver à pénétrer dans la forteresse Europe. 

Ces réfugié·e·s ayant échappé à la mort dans leur pays d'origine, subi pour certain·e·s la prison et la torture en Libye ou ailleurs, se retrouvent à devoir traverser les centaines de kilomètres les séparant de Lampedusa jusqu'à la frontière italienne avec le minimum requis, se retrouvent donc bloqué·e·s par un «simple» poste frontière que, tous les jours, des centaines de personnes non racisées  peuvent traverser sans aucun risque de contrôle (rendant évident la politique raciste du contrôle au faciès). La confrontation avec la réalité d'une Europe qui se targue d'être la patrie des libertés dans une rhétorique nauséabonde et hypocrite n'en est que plus dure pour ces hommes et ces femmes qui ne cherchent, au final, qu'à fuir la mort et aspirent à une vie décente.


Sur place, la situation est la suivante: il y a trois zones d'importances, le camp de la Croix Rouge italienne se situant à côté de la gare de Ventimiglia (lieu par lequel les migrant·e·s arrivent ou se font déporter), la frontière basse entre Menton et Ventimiglia où s'est installé le camp No Borders et la frontière haute (Pont Saint Luigi), là où se situe les locaux de la PAF (police aux frontières) du coin. C'est, entre autres, aux abords de la frontière haute que nous pouvons observer les pratiques illégales de la police française. 


Déportation, racisme et répression: bienvenue en Europe


Premièrement, les migrant·e·s déporté·e·s depuis Nice ou ailleurs sont parqué·e·s dans des containers, pouvant rester plusieurs heures sans eau ni nourriture, les empêchant par la même de faire leur demande d'asile en France (d'après une avocate de Nice, aucun officier de l'OFPRA n'est venu ici depuis 1 an et demi). Nous avons également pu assister aux propos racistes des policiers à l'encontre des réfugié·e·s qui attendent, les traitant d'animaux et nous ayant empêché à plusieurs reprises de donner de la nourriture aux personnes en attente. Ensuite, les réfugié·e·s sont renvoyé·e·s à la police italienne et sont ensuite acheminé·e·s par la Croix Rouge italienne jusqu'au camp de la gare de Ventimiglia, point de départ de ces personnes tentant de traverser la frontière, pratique appelée le «ping-pong». C'est aussi à la gare de Menton Garavan que nous pouvons assister aux pratiques ignobles des policier·e·s français·e·s, faisant preuve d'un racisme qui, même s'il est bien connu, reste toujours aussi éprouvant à observer. 


En effet, chaque train venant en provenance de Ventimiglia est stoppé à quai par la police française, qui fait sortir chaque personne racisée du train pour les contrôler à quai, même si ces dernier·e·s sont en règle au niveau de leur titre de transport, le tout sous l’œil hagard des usager·e·s et des agent·e·s de la SNCF, ces dernier·e·s ne prenant même pas la peine d'expliquer aux personnes déportées comment se faire rembourser leur billet (des sommes pouvant s'élever à plusieurs centaines d'euros). Même si les parallèles avec les «heures les plus sombres de l'histoire» sont toujours litigieux, il est bien compliqué de ne pas voir comme un certain écho à une situation pas si lointaine où l'État français excellait dans le zèle de déportation de jui·f·ve·s.


Bien entendu, aucune des pratiques de la police française ne sont légales, il arrive assez régulièrement que lors des rafles effectués à Nice ou ailleurs, les réfugié·e·s se voient refuser le droit de voir un·e avocat·e par la PAF et que leur demande d'asile ne soit même pas prise en compte, la PAF les renvoyant d'office à la frontière italienne pour redevenir la proie des passeurs et des carabinieris, même si par moment, quelques réfugié·e·s se voient relâché·e·s par la police française sans aucune raison précise (et sans aucune trace administrative non plus, du reste).


Toutes ces mesures répressives prises à l'encontre de nos camarades migrant·e·s sont quotidiennes et indénombrables. Qu'il s'agisse des déportations massives en direction de la frontière italienne, des enfermements en camp de concentration administratif, de la violence et du racisme structurel quotidien, les emmerdes ne s'arrêtent pas aux simple 40 kilomètres après la frontière italienne, et les déportations peuvent intervenir aussi à Marseille, Paris, Lyon ou dans tout autre grande ville de France, d'où l'importance essentielle du camp No borders, qui permet notamment de mettre en place les liens de solidarité entre les réfugié·e·s ainsi qu'avec les militant·e·s.


La solidarité et l'auto-organisation des opprimé·e·s comme seule arme face à l'injustice


Sur place, malgré la forte précarité du lieu, la solidarité s'organise au quotidien et de manière efficace. Des toilettes et des douches ont été construites, deux bâtiments jouxtant le camp ont aussi été réquisitionnés, l'un servant de bureau de travail et d'infirmerie. C'est aussi l'espace où l'on trouve les brochures informatives pour les demandeurs et demandeuses d'asile, l'autre servant d'espace de stockage pour les vêtements, couvertures et la nourriture. 
Les journées commencent par un ménage collectif du camp effectué par les premier·e·s debout et s’enchaînent avec le petit déjeuner où thé et café se trouvent en abondance nécessaire. Ensuite c'est la cuisine collective qui se met en place. Effectuée en mixité, elle permet aux 200 personnes présentes sur le campement de manger à leur faim. Durant la journée, des cours de français, d'italien, d'anglais ou encore d'allemand sont prodigués par les militant·e·s qui se sentent en capacité de les animer. Les informations juridiques dont ont besoin les réfugié·e·s sont aussi données, informations qui ne sont pas données au camp de la Croix Rouge italienne à Ventimiglia. Bien entendu il s'agit de cours assez succincts mais qui sont de beaux moment de convivialité. Par moment aussi, les réfugié·e·s donnent des cours d'arabe aux militant·e·s sur place ou encore des cours de géopolitique afin d'essayer de comprendre un peu la situation des pays qu'ils et elles ont fui.


L'un des moments essentiel de la journée est bien entendu l'assemblée générale. Ayant lieu à des heures variées, elle est mixte et réunit en moyenne 4 ou 5 langages. De fait les AG sont en majorité parlées en anglais et traduites en arabe par les réfugié·e·s qui sont en capacité de le faire. Mais la traduction n'est pas le seul élément essentiel, en effet, une forte autodiscipline est nécessaire pour éviter les discussions simultanées et faire en sorte d'être un minimum efficace si l'on veut pouvoir prendre des décisions. 


Ces AG sont aussi l'occasion d'accueillir les nouveaux et nouvelles venu·e·s afin de leur expliquer le fonctionnement et l'historique du camp. Il ne s'agit pas exclusivement de discuter du ménage ou de la plomberie, c'est aussi l'endroit où sont prises une partie des décisions politiques et où la parole des réfugié·e·s peut s'exprimer publiquement, même si malheureusement, il y a des décisions importantes et des choses politiques qui sont prises en dehors de ces espaces de décision collective. Les causes d'un tel problème sont nombreuses, qu'il s'agisse de l'urgence des situations, de la précarité du lieu, de la pression subit par tous et toutes ou du manque de temps pour élaborer des outils concrets d'autogestion dépassant le cadre de l'informel. Mais malgré ces soucis d'organisation, une chose est certaine, ce camp possède une force capable d'aller au-delà des soucis techniques et de l'urgence, et sa principale force réside dans cette volonté d'abattre les hiérarchies et de remettre à plat les principes d'inégalité sociale et économique engendrés par l'exploitation et l'injustice du système capitaliste. 


Sur place, c'est aussi des personnes soutien qui viennent quotidiennement amener des dons de nourriture, de vêtements, et ce de manière quotidienne. Des associations comme Amnesty International, la Cimade ou encore AdN (Association Démocratie Nice) font aussi un travail remarquable de suivi, notamment sur les réfugié·e·s qui sont arrêtés et déporté·e·s depuis Nice. Médecin du Monde quant à eux passent assez régulièrement pour effectuer des consultations auprès des migrant·e·s et des militant·e·s et bien entendu, un réseau important d'avocat·e·s de Nice ou de Paris travaillent avec les gens du campement.


Nous tentons au quotidien d'éprouver un modèle d'organisation qui dépasse l'humanitarisme et les structures hiérarchiques que nous imposent le modèle de société autoritaire, donc forcément, cela ne se passe pas sans heurt ni problème, mais c'est en tentant d'évoluer constamment dans cette direction que nous trouvons notre vraie force.
Bien entendu, l'État italien et sa police n'entend pas laisser une telle lutte se développer comme ça, et du fait de l'invisibilité médiatique et politique de la situation locale, la répression peut s'abattre sur les migrant·e·s comme sur les militant·e·s.

 
Le 11 Août, la police italienne réprime une manifestation se tenant à Pont Saint Luigi en soutien aux réfugié·e·s qui tentaient de passer la frontière en masse, et ce même jour, la police porte plainte contre 18 militant·e·s, et parmi elles/eux, 6 foglio di via leur sont données, ce qui signifient pour eux/elles l'interdiction administrative de séjourner sur le territoire de Ventimiglia sous peine de poursuites (héritage de la législation fasciste mise en place par le régime de Mussolini), sous le seul prétexte qu'ils et elles représenteraient un danger pour l'État du fait de leur militantisme (et pour certain de leur passé militant sur d'autres luttes). Depuis, deux autres camarades se sont vus interdire du territoire, dont un a été suivi en voiture, interpellé et emmené au commissariat de Ventimiglia et un autre vivant à Dolceacqua, ville très proche de Ventimiglia, le privant de fait d'une liberté de déplacement dans la région ou il vit.
Ces logiques se retrouvent bien entendu également du côté français, la police n'hésitant pas à arrêter et matraquer des camarades. Pour exemple en seulement deux semaine deux militants se sont fait interpelés alors que ces derniers étaient en train d'effectuer une surveillance des pratiques illégales de la police à la frontière haute (Pont Saint Luigi), les motifs de l'inculpation se résumant à la sainte trinité policière: outrage, rébellion et violence sur agent. L'un d'entre eux a été placé en détention provisoire pendant 10 jours pour le seul motif qu'il avait un passé militant. Il est actuellement placé sous contrôle judiciaire, obligé de pointer deux fois par semaine dans un commissariat à 700 kilomètres de la frontière et a aussi écopé d'une interdiction de présence en Alpes Maritimes. Ils passeront incessamment sous peu en procès au tribunal de Nice.


Cette répression a pour seul but de briser la solidarité directe qui est actuellement en train d'être mise en place entre les militant·e·s soutiens aux réfugié·e·s et ces dernièr·e·s et de tuer ces embryons de résistance dans l’œuf. Au fil du temps, il est certain que les pratiques d'intimidation de la police ne vont faire que s'accentuer, et dans un contexte où les États européens ne trouvent comme seule réponse à cette situation que la fermeture des frontières, il est certain que la répression ne va faire que s'intensifier au fil des semaines ou mois qui viennent.


Les flics locaux préfèrent largement s'attaquer aux militant·e·s présent·e·s en soutien et aux réfugié·e·s qu'aux passeurs. Pour exemple, en un mois, seulement deux passeurs ont été arrêtés par la police tandis que les militant·e·s et réfugié·e·s subissent quotidiennement ces pressions, prouvant bien que même derrière le soi-disant discours officiel de guerre contre les passeurs, la réalité est que la collusion entre les mafias locale et les forces de police est bien réelle et jamais remise en cause (certain·e·s camarades ayant pu observer des passeurs discutant avec les flics italien·ne·s et entrer dans le camp de la Croix Rouge sans être inquiétés).


Impérialisme et exploitation, même revers de la médaille capitaliste


Cette situation à la frontière franco-italienne n'est que la conséquence d'une politique plus globale. Bien que les États cherchent à les différencier, les réfugié·e·s et les sans papiers subissent les mêmes causes et les même conséquences. Les mêmes causes parce que la guerre, l'exploitation des travailleurs et travailleuses étranger·e·s et le néo-colonialisme entraînent les mêmes conséquences au final, à savoir des déplacements massifs de population, obligé·e· de fuir une situation qu'ils et elles n'ont pas choisis. 


De fait, quand l'État anglais décide de faire passer une loi qui interdit le travail illégal des migrant·e·s, c'est une manière de stigmatiser les prolétaires et de créer de faux responsables aux vrais problèmes. À savoir que cette situation n'est pas exceptionnelle en Europe, la loi Bossi Fini en Italie interdit par exemple aux migrant·e·s de travailler sans contrat, sachant  que contrairement à la France, il n'existe pas un code du travail protégeant les travailleurs et travailleuses face au patronat, quel que soit leur statut juridique ou social. En France, cela fait aussi de nombreuses années que l'appareil judiciaire n'est devenu qu'une machine à déportation. Cela est dû à un durcissement strict des conditions d'accès aux régularisations, et cela, qu'il s'agisse des migrant·e·s économiques ou des réfugié·e·s politique. Ailleurs en Europe, le gouvernement espagnol continue de sévir à l'encontre des migrant·e·s tentant de dépasser les enclaves coloniales de Ceuta et Melilla ; la situation à la frontière hongroise tient de la guerre ouverte contre les réfugié·e·s et il existe encore tant d'autres exemples en Europe et dans le monde de ce renforcement militaire des zones frontalières (la frontière mexicano-états-unienne en est un bon exemple). Et les fausses réponses ne sont pas plus satisfaisantes pour autant. Quand le gouvernement allemand, par exemple, décide d'accueillir en masse des exilé·e·s, on peut se douter, sans verser dans le cynisme, qu'il n'est pas anodin que Merkel décide d'accueillir autant de réfugié·e·s quand, en parallèle, des études sociologiques tendent à prouver que la population allemande est vieillissante et que le pays risque d'avoir besoin assez rapidement de main d'œuvre bon marché en focalisant en plus son discours sur les chrétiens de Syrie. Ce qui n'enlève rien par contre à l'attitude remarquable des allemand·e·s et des images magnifiques que l'on peut voir depuis plusieurs semaines avec des centaines de manifestant·e·s attendant aux stations de train pour accueillir les réfugié·e·s.


Intensifier ici et maintenant la lutte pour la libre circulation des personnes et la destruction des frontières


Qu'attendre alors des gouvernant·e·s qui ne cessent de monter les exploité·e·s les un·e·s contre les autres? Rien, et ce de manière absolu. Que pouvons nous faire alors? Il est essentiel dans une telle situation de crise du capitalisme de renforcer les liens entre tou·te·s les exploité·e·s. Et si les exemples de solidarités qui commencent à émaner en ce moment en Europe sont un signal fort (plusieurs manifestations rassemblant des dizaines de milliers de soutiens aux réfugié·e·s ont eu lieu récemment en Angleterre, en Allemagne ou au Danemark, réunies sous le slogan «Refugees Welcome»), nous ne pouvons pas nous contenter de manifestations ayant pour seul but l'accueil des réfugié·e·s arrivant sur le territoire français, anglais, allemand, suédois ou de tout autre pays d'Europe. 


Ce qu'il nous faut obtenir, c'est un mouvement offensif, liant les réalités des travailleurs et travailleuses sans papiers avec les réfugié·e·s, et que l'ensemble des prolétaires avec ou sans les bons papiers s'unissent afin d'obtenir des régularisations de masse et de changer dans ses fondements les lois racistes qui n'ont fait que s'accumuler ces dernières années. Être intransigeant·e·s vis à vis des organisations qui cherchent à nous diviser et intervenir dès qu'il le faut afin de combler le vide politique existant en ce moment (pour preuve, à Nice, une manifestation en soutien aux réfugié·e·s a été organisée par… la secrétaire du chef du PS local). En définitive, faire en sorte que le slogan «No Borders No Nations» ne soit pas une posture idéologique, mais une réalité concrète.


Pour cette raison, la situation de Ventimiglia ne doit pas devenir celle de Calais avec des milliers de personnes restant bloquées à la frontière dans des conditions de survie inhumaine. Le discours de Manuel Valls à ce propos n'est pas rassurant. De même que la conclusion de la réunion des ministres de l'intérieur européen est claire à ce propos: pour régler le problème des migrant·e·s, il faut fermer les frontières et recruter plus de keufs. Même si cela donne un peu l'impression de marcher sur la tête, je crois qu'il est clair que les choses n'iront que dans ce sens si une réaction radicale n'émane pas rapidement. Pour cela, il est essentiel que se développe assez rapidement, et ce de manière internationale, une solidarité anti-raciste et de classe avec les camarades retenu·e·s sur la frontière franco-italienne et plus largement en Europe. 


Qu'est ce que cela signifie concrètement? D'un point de vue purement pragmatique, il est bien entendu possible de faire des dons d'argent (toutes les informations sur les dons sont trouvables sur la page facebook Presidio Permanente No Borders Ventimiglia ou sur le blog  www.borders20miglia.noblogs.org), mais ce dont a le plus besoin de le camp No Borders, c'est d'un réseau de solidarité et d'action directe pour visibiliser la situation sur place, car même si pour les médias bourgeois, ce qui se passe à la frontière franco-italienne est moins impressionnant que ce que nous pouvons observer à Calais ou Paris, il n'en reste pas moins que nous sommes en face d'une frontière infranchissable au sein de l'Europe, et que si rien n'est fait pour intensifier la force de ce camp, il est certain qu'avec l'hiver et le fait que la frontière peut se retrouver hermétiquement fermée, ce sera bientôt sans doute des milliers de migrant·e·s qui vont se retrouver en impossibilité de franchir cet obstacle.


En tant qu'anarchistes, nous devons quant à nous pousser au sein de nos réalités locales à ce qu'un discours de solidarité de classe antiraciste se concrétise. 


Que cela soit par le biais de comité locaux de soutien au camp de Ventimiglia et de tou·te·s les migrant·e·s bloqué·e·s au sein de la forteresse Europe ou à ses portes, ou de n'importe quel autre outil, il est essentiel de ne pas laisser l'opportunité aux politicien·ne·s de tout poil de récupérer le mouvement de solidarité en train d'émaner de manière spontanée. Il s'agit aussi de questionner nos propres pratiques, nos rapports au colonialisme et au racisme structurel dont nous pouvons aussi être porteur·se·s, nous, militant·e·s antiracistes européen·ne·s doté·e·s des bons papiers. Le paternalisme peut guetter chacun·e d'entre nous et il est essentiel de mener aussi une réflexion théorique et pratique sur comment s’insérer dans ces luttes sans prendre le contrôle ou risquer de faire éclater ces espaces essentiels d'auto-organisation et d'auto-détermination de nos camarades exploité·e·s. N'ayons pas peur de la remise en cause et soyons prêt·e·s à faire évoluer nos bases théoriques et pratiques vers une pratique révolutionnaire commune, car l'impérialisme et le colonialisme ne sont pas qu'un discours, ce sont des réalités concrètes vécues par ces centaines de milliers de réfugié·e·s qui ont, de manière évidente, bien des choses à nous apprendre vis à vis de ces sujets. Soyons attenti·f·ve·s aux différents appel pouvant émaner du camp No Borders de Ventimiglia, travaillons quotidiennement à renforcer les liens entre cette lutte, celle de Calais, celle des réfugié·e·s de la Chapelle et des autres camps de réfugié·e·s de paris, celle des sans papiers de partout ailleurs et soyons réactif·ve·s.


À Ventimiglia comme ailleurs, les frontières sont l'arme du capitalisme pour mieux nous diviser. Exploité·e·s d'ici et d'ailleurs, nous ne nous laisserons pas faire.


No borders, no nations
We are not going back!

 

Liason de Toulouse