ven 6 décembre 2013

Une critique libertaire des « affaires »

CGA

 

Très souvent dans l’Histoire, des affaires et des scandales ont témoigné de la facilité avec laquelle les personnels politiques et économiques se sont vus impliqués dans des magouilles financières et des petits arrangements entre « amis ». Parler des affaires revient donc à parler de scandales. Il y est question de gros sous, de manipulations financières, de profits outranciers réalisés sur notre dos. Il n’est pas question de s’appesantir sur le cas des individus se retrouvant au centre des diverses affaires, mais il est nécessaire de signaler leur identité, en nous attachant par-dessus tout à montrer en quoi les systèmes « politiques, financiers et de Pouvoir », libéraux, socio-démocrates, de gauche, de droite, d’extrême-droite, adoptent la même posture vis-à-vis de l’« Argent Roi ».

La liste d’affaires que nous vous proposons est loin d’être exhaustive mais elle traduit bien ce que la caste politique et la classe des possédants sont prêtes à faire afin de régner sans partage sur les peuples qu’elles flouent et spolient sans vergogne. Les classes privilégiées s’entendent à nous vider les poches à un point tel que les combines, les spoliations sont devenues monnaie courante et alimentent au quotidien la rubrique de la délinquance en « col blanc ».

Quand les affaires servent de prétexte à une droite extrémiste pour déverser ses inepties et ses saloperies.

Souvent les affaires ont été l’objet d’une tentative de récupération de l’extrême droite pour renvoyer, disait-elle, dos à dos, les partis de « l’oligarchie ». Le « tous pourris » a souvent servi de base de programme aux politiciens extrémistes et aux nervis qui vivent dans leur sillage. La profusion d’affaires a de tout temps favorisé le sentiment d’un pourrissement accéléré des élites1 et opéré un décalage toujours plus grand entre les préoccupations de ceux qui gouvernent et les réalités de celles et ceux d’en bas. Cela ne doit pas, pour autant, favoriser les différents populismes dans leur appétit de prise de « pouvoir ». Des populismes que nous voyons s’étaler aux unes des médias, et qui ne cherchent qu’une chose : recevoir l’onction des urnes pour parvenir à leur tour aux plus hautes fonctions. Le Front national laisse aujourd’hui aux groupuscules qui le « nourrissent » le soin d’assurer les basses besognes mais en réalité il n’a pas changé. Il a seulement compris qu’ayant sa place dans le concert des partis « électoralistes », il pourrait un jour rafler la mise. Sa légitimité, il la tirerait alors des urnes et les électoralistes qui se trouveraient battus n’auraient alors que leurs yeux pour pleurer.

Ne pas taire nos critiques contre tous les systèmes qui favorisent

les inégalités

Nous savons que nous n’avons rien à gagner à taire nos critiques concernant les malversations et autres scandales d’État, car c’est vous, nous, qui avons, à terme, le plus à y perdre. Devant une pareille faillite, ce sont les exploité·e·s, celles et ceux qui sont toujours privé·e·s de parole, qui doivent devenir les acteurs et les actrices de leur propre vie. Elles et ils pourront ainsi exiger que la gestion de la société soit de leur ressort.

Se passer des intermédiaires est devenu une nécessité absolue, eux qui jour après jour creusent les inégalités et tirent profit de leurs sinécures. Les Tartufferies habituelles ne vont certainement pas manquer de nous être assénées concernant la nécessaire défense de la « démocratie » en insistant sur le fait que la critique de « tous les politiques » est en réalité la négation de la démocratie. Objectons à notre tour que la critique de la démocratie bourgeoise et parlementaire est non seulement légitime au regard de l’Histoire, mais qu’elle l’est tout autant au regard de l’exploitation et de l’aliénation des classes défavorisées, qu’elle légitime pour le plus grand profit des classes régnantes. Non, cette « démocratie » n’est pas perfectible ! Nous lui préférons la démocratie directe, seule susceptible de permettre l’autogestion, et seule susceptible de mettre fin au Scandale des scandales qui revient à laisser à quelques-uns le soin de décider pour tous les autres.



Les partis politiques ne sont pas les garants de la vertu. Ils ne se servent de l’action collective que dans le but de la détourner à leur profit.

L’Exemple des partis pompe à fric

En mars 2005, dans L’Express, un article intitulé Le scandale qui éclabousse la droite et la gauche, abordait le financement illégal des partis politiques. Il mouillait les représentant·e·s du RPR, du PR et du PS… qui ponctionnaient de grandes entreprises de la région Ile-de-France. Entre 90 et 95, la manne se répartit ainsi : 53 millions de francs pour le RPR, 47 pour le PS, 33 pour le Parti Républicain et 21 pour le PC, qui ne fut pas oublié. Au total 150 millions de francs2.

Le FN lave plus « gris… »

Si le FN n’apparaît pas dans ce listing, pour autant, les affaires dans lesquelles il se vautre n’en font pas un chevalier « blanc » comme il voudrait nous faire croire… En septembre 1976, à la mort d’Hubert Lambert de Saint-Julien3, les Le Pen héritaient de sa fortune. Le Pen produisit un testament olographe, l'instituant légataire universel. Le cousin d'Hubert contesta la validité du testament et déclara qu’Hubert n'était plus dans son état normal au moment de le rédiger… Plus tard, un arrangement entre Le Pen et le cousin fut trouvé. Celui-ci reçut en échange un tiers des 80 millions de francs. Les quelques 53 millions de francs restants, allaient assurer à Le Pen une assise matérielle décisive pour sa carrière politique. Les mains sales, le FN connaît bien et ses élu·e·s ont trempé dans des affaires financières plus que douteuses. La gestion budgétaire des mairies qu’ils ont occupées à partir de 95 s’est avérée calamiteuse. Emplois fictifs, corruption, détournements de fonds. Des pratiques courantes du FN, les rares fois où ses candidat·e·s ont été élu·e·s maires.

À Toulon, J.M. Le Chevallier, élu député en 97, est un an plus tard déclaré inéligible pour une triple infraction sur la législation au financement électoral. En 2001, il est condamné à un an de prison avec sursis pour une affaire d’emploi fictif. Un adjoint FN à la mairie de Toulon est mis en examen en 98 et incarcéré en 2000 pour viols, harcèlements et agressions sexuelles sur trois de ses secrétaires. En 2011, il est condamné à 5 ans de prison dont 3 avec sursis pour une affaire de corruption. L’ex-maire FN de Vitrolles, C. Mégret a été condamnée pour détournement de fonds publics : 75 000 euros de frais postaux en vue de parrainer Bruno Mégret (son mari) à la présidentielle. Elle sera aussi épinglée pour des frais de représentation abusifs s’élevant à 50 000 euros. P. Péninque, celui qui a ouvert le compte bancaire de J. Cahuzac en Suisse, a toujours été influent au sein du FN. Deux bonnes raisons pour ce parti de ne pas trop élever la voix dans cette affaire ! Enfin, rappelons qu’en décembre 1997, l’ex-épouse de JMLP, accusait ce dernier de frauder le fisc estimant qu’au moins 40 millions de francs étaient alors partis dans des banques suisses (UBS, Darier).





L’Évasion fiscale et le paradis suisse

L’affaire Clearstream, à propos de comptes en Suisse et de faux listings, allait impliquer l’ancien Premier ministre De Villepin et le Président de la République N. Sarkozy, à côté de nombreuses autres personnalités. L’issue de cette affaire démontre que, si les comparses ont payé les pots cassés, les grands commis de l’État, eux, s’en sont tirés sans dégât apparent.

Les Casseroles présidentielles

Chirac, aussitôt retraité, a été condamné pour d’anciennes affaires du temps où il était maire de Paris. Des emplois fictifs, des entrées financières et même, avec son compère Tibéri, des scandales liés à la falsification et au bourrage de listes électorales. Aujourd’hui c’est au tour de Sarkozy d’alimenter la chronique judiciaire. Son nom apparaît en





effet dans quatre enquêtes : l’attentat de Karachi (il était ministre du budget et porte-parole de campagne pour Balladur), les sondages de l’Élysée (contrats conclus sans appels d’offres pour des sociétés amies), les financements en provenance de la Libye (financement illégal de 50 millions d’euros en provenance de Kadhafi pour sa campagne de 2007), et aussi dans les affaires Bettancourt et Tapie…

Les Grands commis de l’État

Le 10 mai 2013, le parquet de Nanterre a ouvert une information judiciaire contre X pour « détournement de fonds publics, complicité et recel ». Le nom de l’ex-ministre de l’Intérieur C. Guéant apparaît en filigrane dans plusieurs affaires en ce moment. En 2008, lors d'une perquisition à son domicile, les enquêteurs découvrent l'existence d'un virement de 500 000 euros en provenance de la Malaisie sur un de ses comptes. Il s’agirait, dit-il, du paiement d’une vente de deux tableaux. Or, la transaction, largement surestimée, n’aurait pas été déclarée.

Le Canard Enchaîné fait aussi état de primes en espèces perçues par C. Guéant en tant que ministre4. Sauf que cette pratique est devenue illégale. Aujourd’hui, c’est une « indemnité de sujétion particulière » et elle doit être rigoureusement déclarée aux impôts… En 2007, Mediapart écrit qu’en tant qu’ancien directeur du cabinet de Sarkozy, Guéant a été mis en cause par Ziad Takieddine dans le financement de la campagne présidentielle de 2007. Une information judiciaire contre X a été ouverte pour « corruption active et passive », « trafic d’influence, faux et usage de faux », « abus de biens sociaux », « blanchiment, complicité et recel de ces délits ».

En 2007, Le Monde révèle que Guéant a été entendu au mois d’avril par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE). Il est soupçonné d’avoir favorisé l’embauche d’une de ses connaissances au cabinet de C. Boutin, alors ministre du Logement. Cette dernière a assuré que l’embauche lui avait été imposée par Guéant, alors Secrétaire général de l’Elysée. En 2008, Guéant a été mis en cause par Mediapart dans la résolution du litige qui opposait Tapie au Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas. Il est soupçonné d’avoir joué de son influence, en tant que Secrétaire général de l’Elysée. C. Lagarde, alors ministre de l’Économie, opte pour un arbitrage plutôt que pour une intervention de la justice. Les policiers ont découvert des liaisons avec une autre enquête, l’éventuel financement illégal de la campagne présidentielle de Sarkozy, en 2007, par la Libye du colonel Kadhafi. Des documents évoquent des relations régulières entre Guéant et plusieurs personnes connues du régime libyen : les hommes d'affaires Takieddine, Alexandre Djouhri et Robert Bourgi, un virement de 25 000 euros qui viendrait de Jordanie…

Quand le juge-arbitre déroule le tapis

Avec l’affaire Tapie, la question est de savoir qui a pris la décision d'avoir recours à l'arbitrage dans le litige opposant ce dernier et le Crédit lyonnais ? Un des trois juges du tribunal arbitral, P. Estoup5, a été mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Avec deux autres juges il a décidé d'octroyer 403 millions d'euros à M. Tapie. D’autres personnages ont été mis en cause et parmi eux J.L. Borloo, alors ministre de l'économie, qui a déclaré : « C'est faux »…

J.F. Rocchi, président du CDR de 2007 à avril 2013, lui aussi mis en examen, a bien mis en œuvre l'arbitrage. Mais il refuse d'endosser seul la responsabilité de ce recours, affirmant qu'il avait « simplement mis à l'étude » cette option, à la demande de S. Richard, chef de cabinet de C. Lagarde qui se retrouve alors sous les feux de la « justice ». Depuis 2008, elle a toujours revendiqué la responsabilité de l’arbitrage et la décision de renoncer à en demander l’annulation. Le 24 mai, elle a été placée sous le statut de témoin assisté.

Selon Le Canard Enchaîné, S. Richard a évoqué au journal satirique, une « instruction » transmise par Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, lors d’une réunion en 2007 avec lui-même et Jean-François Rocchi. Lors de cette rencontre avec C. Guéant, S. Richard a affirmé qu’il était « apparu clairement que la solution de l’arbitrage était validée par le Président de la République (Nicolas Sarkozy) qui n’en a jamais fait mystère ». Là encore, de hauts personnages de l’État ne reculent devant aucune « entourloupe » pour favoriser un copain, au détriment des pauvres con·ne·s de contribuables que nous sommes…







Un ministre socialiste hors de tout soupçon ?

Le 4 décembre 2012, Mediapart publiait un article de F. Arfi, titré « le compte suisse du ministre du budget ». Cahuzac aurait possédé « pendant de longues années et jusqu'en 2010 » un compte au sein de la banque suisse UBS, à Genève, compte jamais déclaré au fisc. Ce compte aurait finalement été placé dans une banque de Singapour. Dans un premier temps, le ministre a démenti les informations qu'il a qualifiées de « diffamatoires ». Il assura même J.M. Ayrault de sa bonne foi dans l'affaire. En janvier 2013, une « enquête préliminaire au chef de blanchiment de fraude fiscale » était ouverte par le Parquet de Paris. Le gouvernement et l'Élysée ont alors fait bloc autour de Cahuzac. Le 19 mars s’ouvre une information judiciaire contre X pour blanchiment et fraude fiscale. Ce même jour, Cahuzac quitte le gouvernement, officiellement de sa propre initiative. Dans un communiqué, il affirme que cette démission ne « change rien à [son] innocence… ». Or, Le 2 avril, c'est la fin. Le Canard Enchaîné explique que Cahuzac a indiqué aux juges qu'il avait bien possédé un compte en Suisse, transféré à Singapour, et dans lequel se trouvent environ 600 000 euros. Dans l'après-midi, l'ancien ministre publie sur son blog un billet dans lequel il reconnaît tous les faits. Ainsi le ministre anti-fraude fiscale fréquentait les paradis fiscaux…

Sénateur socialiste, abus de biens sociaux et dérive « mafieuse »

Le sénateur PS des Bouches-du-Rhône J.N. Guérini a été mis en examen à maintes reprises, pour prise illégale d’intérêts, pour détournement de fonds publics et pour association de malfaiteurs. De son côté, le Président de la fédération PS des Bouches-du-Rhône J.D. Ciot, a été mis en examen pour recel de détournement de fonds publics. Avec son frère A. Guérini, le Président du conseil général devait être interrogé dans un des volets d'un vaste dossier portant sur des marchés publics présumés frauduleux dans le département. Il est entendu sur des malversations financières de grande ampleur touchant à des marchés publics de collectivités de Haute-Corse et des Bouches-du-Rhône, affaire impliquant des membres présumés du grand banditisme. Le rôle de J.N. Guérini aurait été d’assurer de façon « systématique » le succès des entreprises de son frère et de ses amis « par ses interventions influentes, ses actions ou ses abstentions »… Plus d'une vingtaine de personnes – entrepreneurs, élus, fonctionnaires – sont déjà mises en examen dans ce dossier tentaculaire dont les prémices remontent à 2005.

En conclusion

Nous voici parvenu·e·s au terme de cette litanie d’affaires, dans laquelle bien d’autres, à commencer par celle de DSK, auraient eu toute leur place. Les affaires ne sont pas que financières loin s’en faut. On le savait, mais ces affaires nous le confirment : c’est « en haut » qu’on moralise le plus et c’est « en haut » qu’on est le ou la plus corrompu·e. Des Tartuffes qui nous saoulent avec la nécessité de se serrer la ceinture, pendant qu’eux-mêmes ne se privent de rien. Il est grand temps de penser à changer de système. N’acceptons plus la corruption, luttons pour l’autogestion généralisée. Un monde solidaire, égalitaire duquel le libéralisme et l’étatisme (sources principales des maux) auront été bannis…

GPA-Perpignan



1.Un sondage indique que 77% des personnes interrogées jugent que les élus et les dirigeants politiques français sont « plutôt corrompus » (sondage OpinionWay. Enquête réalisée en ligne les 4 et 5 avril 2013)



2. Cette somme qui s’élevait à 300 millions de francs si nous nous référons à la période de 88 à 97 venait des Bouygues, Eiffage, Spie-Batignolles, Suez, Générale des eaux et cie…



3. Hubert Lambert s’était découvert, dès les années 50, une vocation pour le financement de l'extrême droite. Il remit à Le Pen l'équivalent de 200 000 francs pour financer sa campagne législative de 74.



4. Selon une enquête l’IGPN et de l’IGA, l'ancien ministre de l'intérieur aurait bien touché des primes en espèces (10 000 euros mensuels durant deux ans : 2002-2004) prélevées sur les frais d'enquête de la police.



5. Début 2013, les liens entre ce dernier et Maurice Lantourme, l'avocat de B. Tapie dans le dossier Crédit lyonnais, ont été révélés. Or, M. Estoup n'a pas mentionné ces liens avec le principal intéressé de l'arbitrage avant de prendre en charge le dossier, comme il aurait dû le faire dans le cadre de « l'obligation de révélation étendue ». Cette information a mis à mal le serment du 23 mai de Bernard Tapie, qui assurait sur Europe 1 ne connaître aucun des trois arbitres.