ven 7 novembre 2014

Traité transatlantique (TAFTA) : un coup de force libéral au service du profit

IAL

Les élections européennes sont passées. Les technocrates de Bruxelles et les gouvernements préparent dans l'ombre et la discrétion une attaque ultra libérale sans précédent contre les salarié·e·s, chômeur·se·s, précaires, au bénéfice du profit. L'Union européenne et les États-Unis négocient, dans le secret et l'opacité,  un accord de commerce et d'investissement (APT). Ce traité, dont les enjeux sont importants pour les multinationales et les conséquences catastrophiques pour les peuples, nécessite une riposte des exploité·e·s à la hauteur de l'attaque.

Les enjeux : le profit sans entrave

Le but du traité est de parvenir à un accord visant à créer une zone de libre échange concernant environ 8OO millions d'habitant·e·s et 50% du PIB. Si les multinationales avec la complicité active de la commission européenne sont à l'origine de l'APT, les États-Unis se sont rapidement ralliés au projet et poussent même à aller plus vite et plus loin, afin de combler leur déficit commercial et de répondre à l'influence grandissante de la Chine.
Le traité ne vise pas à baisser les barrières douanières qui sont très faibles mais à l'harmonisation des réglementations, la reconnaissance des règles commerciales et financières en vigueur des deux cotés de l'Atlantique sur la base des règles américaines, à supprimer toutes les normes protégeant l'être humain (principe de précaution, environnement, libertés...) résultant de combats politiques et qui sont autant d'entraves au libre-échange. Il vise à la libéralisation des marchés publics, de la propriété intellectuelle et des investissements.
Le traité entraînera la mise sous tutelle de la gouvernance économique européenne, au profit des multinationales.
Les tenants du traité affirment qu'étendre les possibilités d'échange sera source de richesses. Peut-être ! Mais pour qui ? Les multinationales étasuniennes et européennes verront leurs profits exploser et ce d'autant plus qu'aucune entrave ne viendra s'interposer dans leur développement tant commercial que financier. En revanche, il faudra s'attendre à une remise en cause des modèles et acquis sociaux et culturels en alignant la réglementation sur le moins disant.
Il existe également un rapport secret qui est un projet de coopération en matière de liberté, sécurité, justice, qui va au delà de ce qui existe actuellement: surveillance des données personnelles augmentée sous toutes ses formes (téléphonie, vidéo, numérique, fichages divers...).

Négociations secrètes et lobbys

La négociation du traité se fait dans l'opacité et le silence complet, même si des fuites ont permis à travers internet d'en connaître le sens général. Les politiciens (PS et UMP entre autres) sont à la manœuvre pour cacher toutes les attaques qu'ils négocient en sous main. Les peuples ne sont pas informés et ne seront pas consultés (le traité constitutionnel a servi d'exemple) et les syndicats ne le sont qu'à la marge.
En revanche les multinationales font pression sur la commission exécutive européenne pour faire adopter leurs propositions sous forme de textes à avaliser.

CONSEQUENCES :  L'ambition du traité est de soumettre les institutions européennes, les États et les peuples aux lois du marché, aux multinationales et leurs actionnaires en supprimant toutes les entraves au libre-échange. Il s'agit d'un coup de force libéral de grande ampleur. Les conséquences pour les peuples sont graves :

En matière d'agriculture, les petit·e·s agriculteur·rice·s ne résisteront pas à la concurrence des multinationales de l'agro-alimentaire, ceci d'autant plus que les entreprises américaines sont protégées par le Farm Bill (loi de soutien à la production en cas de difficultés). Les petites exploitations disparaîtront encore plus vite qu'aujourd'hui. Les conséquences sur la qualité des produits sont évidentes. Les hormones, OGM, chlore, antibiotiques, sont amenés à se développer dans le cadre d'une disparition de «_normes protectrices_», et la santé des consommateur·rice·s sera d'autant plus menacée à plus ou moins long terme. De plus le remboursement des soins par la sécurité sociale en France n'existe pas dans d'autres pays comme les États-Unis. Il est donc prévisible à moyen terme de voir se développer le dé-remboursement des soins et médicaments et une accélération de la privatisation de la santé.

Les menaces sur l'environnement ne sont pas moins importantes: L'augmentation des échanges entraînera un accroissement de la consommation énergétique, de l'extraction des matières premières, mais aussi l'exploitation des gaz de schiste, la généralisation de l'utilisation des produits chimiques, l'harmonisation des normes de sécurité par le bas.

Dans la sphère sociale le traité ne prévoit aucune charte sur les droits des salarié·e·s, chômeur·se·s et précaires. Bien au contraire, la philosophie du traité aggravant les contraintes liées à la rentabilité et la compétitivité, entraînera une pression accrue sur les droits sociaux, les conditions de travail et les salaires. Quid du salaire minimum ?... Les CDD, la précarité vont se développer et vont devenir la norme sociale.

Enfin, le règlement des différents juridiques concernant la protection des investissements se fera, par des tribunaux spéciaux dits d'arbitrage, au profit des multinationales. IL suffira qu'une entreprise dise qu'une norme établie par un État «_menace_» les investissements et le libre-échange pour que ledit État soit condamné à une amende record. Ce mécanisme existe déjà dans le traité ALENA qui lie les États-Unis, le Canada, et le Mexique (exemple : extraction par fracturation hydraulique).

Enfin, un autre traité se négocie en secret; celui qui vise la privatisation des services publics: TISA (Trade In Services Agreement - Accord sur le commerce des services).

Quel combat ? La convergence des luttes sociales

Une fois de plus, les élections ont prouvé qu'elles ne changent rien, mais au contraire renforcent le système d'exploitation. Il n'y a rien à attendre de la part des partis de gouvernements libéraux, sociaux démocrates ou conservateurs, nationalistes de gauche ou de droite unis dans un même consensus sur la marchandisation totale de l'économie et de la société. Le capitalisme et notamment financier a pour seul but la recherche du profit par tous les moyens, et l’État de protéger, par la répression, les classes privilégiées, ainsi que ses propres intérêts. Vouloir changer de politiciens pour changer de société est un leurre qui remet toujours à plus tard la nécessaire révolution sociale.

Aussi il est urgent de retrouver le terrain de la lutte de classes. Il faut construire le rapport de force qui permette de passer de la passivité à l'action collective de confrontation avec le pouvoir. À ce titre, il est urgent de s'organiser collectivement avant, pendant, et après la lutte. Il ne suffit pas de préconiser l'auto-organisation dans les tracts et brochures, collages, mais il faut aussi et surtout la pratiquer dans les luttes (comités de grève, assemblées souveraines, coordinations et collectifs...), avec les sections syndicales lorsque c'est possible. Impulser la démocratie directe, la pratique du mandatement contrôlable et de la rotation des mandats, l'action directe qui vise à réaliser nos buts sans passer par l'intermédiaire des institutions, lier les revendications de rupture qui mettent réellement en cause les systèmes de dominations et les revendications immédiates permet de critiquer et d'agir face aux solutions étatiques et bureaucratiques face à la marchandisation de la société.

L'état de nos forces et notre faible influence tant dans les entreprises que dans la société ne nous permet pas actuellement d'influer sur le mouvement social, même si c'est au sein des luttes sociales que nos pratiques et propositions peuvent se développer. Pourtant, Il devient urgent de mettre en œuvre toutes les possibilités d'une riposte sociale d'envergure, en dehors des institutions et de construire dès maintenant dans les luttes, les bases de la société libre, égalitaire et solidaire de demain.
De même, la fédération des luttes au niveau inter professionnel, mais aussi européen, et international est vital pour des luttes gagnantes qui mettent en cause ce traité ultra libéral, le futur traité sur la libéralisation des services publics et au delà le capitalisme et l’État. A ce titre, il faut échanger nos analyses et nos expériences, nos propositions, nos stratégies, et trouver des convergences de lutte, même avec des organisations qui ne partagent pas totalement nos idées.
Toutefois, nous pouvons, dés à présent, construire et développer des projets alternatifs qui mettent en action l'autogestion et combattent les idées réactionnaires racistes et sexistes (collectifs anti-fascistes et anti-répression, entraide, squats, athénées, etc...)

EN CONCLUSION : Ce bref aperçu du traité ne signifie pas évidemment que la situation économique sociale et politique nationale et européenne actuelle ne doit pas être combattue, mais que le capitalisme commercial et financier, face à sa crise, se restructure en portant une attaque sans précédent, avec la complicité active des états. Les bénéficiaires sont les multinationales et le profit. L'urgence commande de trouver les convergences de luttes nécessaires au niveau local mais aussi international sinon l'hydre de la peste brune nous menace...

 

Xavier (Montpellier)

Valérian (Toulouse)

Camille (Lyon)