dim 4 mai 2014

Tour d'horizon des attaques capitalistes menées par le gouvernement

IAL

Depuis une trentaine d'années, les gestionnaires politiques de droite comme de gauche mènent une offensive capitaliste libérale en faveur des classes possédantes et dirigeantes, au détriment de la grande majorité de la population. Avec la crise, les attaques capitalistes s'accélèrent et se durcissent dans le but de préserver les marges de profits des entreprises, et ainsi de satisfaire le patronat et les actionnaires. Hollande et son gouvernement mènent sans surprise cette même politique, se masquant à peine derrière un « dialogue social » de façade. Depuis le début du quinquennat, le retour à la croissance par le renforcement de la compétitivité des entreprises et la rigueur budgétaire sur les dépenses publiques sont en effet leurs seuls mots d'ordre. Ainsi, les cadeaux au patronat s'enchaînent, que cela soit par les allègements de charges fiscales ou par la destruction des droits des travailleur·se·s, via la loi dite de « sécurisation de l'emploi ». De l'autre côté, c'est la population qui trinque avec la hausse de la TVA, la réduction des dépenses publiques, et le démantèlement du système de protection sociale. 

Politiques économiques et fiscales en faveur du patronat

L'an dernier, le gouvernement a décidé d'une baisse de 20 milliards de charges fiscales pour les entreprises, via la création du Crédit Impôt Compétitivité-Entreprise. Ce manque à gagner dans le budget des dépenses publiques de l’État a été supporté par l'ensemble de la population, puisque compensé par une politique de rigueur budgétaire sur les dépenses publiques et par la hausse de la TVA. En effet, depuis janvier 2014, le taux normal est passé de 19,6 % à 20 %, et le taux intermédiaire a été relevé de 7 % à 10 %. Quant au taux réduit qui s'applique aux produits considérés comme de première nécessité, alors qu'il devait être abaissé selon les premières annonces, est finalement resté fixé à 5,5 %.
Le prétendu objectif de cette politique fiscale est de permettre aux entreprises et à ceux qui détiennent la richesse d'investir et ainsi de créer un développement économique et de l'emploi. Dans les faits, il n'y a pas de corrélation avérée entre ces baisses d’impôt pour les plus riches et les investissements que ceux-ci réalisent. Au contraire, une partie des liquidités rendues disponibles est souvent réinvestie dans la spéculation financière plutôt que dans de nouveaux investissements. En effet, dans une période où la demande est au point mort, cette pratique apparaît à court terme bien plus rentable pour le patronat et les actionnaires que de se lancer dans de nouveaux investissements et de créer des embauches. Or si la demande est au point mort, c'est bien parce que la majorité de la population en France comme en Europe subit les conséquences de la crise et des mesures d'austérité qui lui sont imposées, pour qu'une minorité continue à engranger des profits. D'ailleurs, même des boîtes qui ont touché le CICE cette année ont continué à supprimer des emplois, comme La Poste ou Auchan.
Prolongeant, et même accentuant cette politique économique, la principale mesure du « Pacte de responsabilité » présenté en ce début d'année par François Hollande consiste à offrir 30 milliards d'euros par an au patronat des entreprises privées, ce qui correspond au montant des cotisations sociales patronales destinées à financer la « branche famille » de la Sécurité Sociale. Combinant l'exonération d'une partie de ces cotisations sociales et le crédit d’impôt, la forme définitive du cadeau n'est pas encore tranchée. Dans tous les cas, il s'agit bien d'un vol de 30 milliards d’euros par an à l’encontre de la rémunération des travailleur·se·s, puisque les cotisations patronales représentent une part du salaire appelé « différé » ou encore « socialisé », car redistribué à l'ensemble de la population. Par exemple, la branche famille de la Sécurité Sociale qui est aujourd'hui visée verse entre autres les prestations familiales, les aides au logement, des aides à des services tels que les crèches ou centres sociaux, et organise également le versement des minima sociaux. Le système de protection sociale, issu des luttes et rapports de force sociaux qui ont suivi la crise de 1929 et la deuxième guerre mondiale, organise des bouts de redistribution de richesses dans la société. Cette réforme est une attaque de plus à son encontre et constitue un pas de pas de plus vers son démantèlement.
Si la question du financement d'une telle baisse des cotisations est encore en suspens, dans un premier temps ce sont bien les salarié·e·s, les chômeur·se·s et les retraité·e·s qui paieront ces 30 milliards captés par les banquiers et les actionnaires, que cela soit par la suppression de prestations sociales, l'augmentation des cotisations salariales, ou le gel des salaires, indemnités et pensions. A plus long terme, le « trou » de la Sécurité sociale ainsi créé sera le prétexte à de nouvelles réformes de rigueur et à une diminution des aides sociales. Dans une logique de libéralisation, le but sur le long terme est d'instaurer un système d'assurances et épargnes privées grâce auquel les capitalistes espèrent pouvoir faire de nombreux profits. Pour la population, cela entraînerait une aggravation supplémentaire des difficultés sociales et des inégalités pour l'accès au logement, aux soins, à l'éducation.
Concernant les contreparties du « Pacte de responsabilité », le texte signé par le patronat et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC et CFTC) propose de simples « boites à outils », de type « concertations dans certaines branches professionnelles », sans aucun engagement à fournir des résultats pour évaluer la création d'emplois ni même à conclure à un accord de branches, puisqu'un simple « relevé de conclusion signé » pourra suffire1. De plus, le Medef ou ses branches professionnelles ne disposent d'aucun pouvoir de coercition à l'égard de leurs membres, ce qui démontre bien qu'il n'y a rien à attendre de ces prétendues contreparties. Enfin, le texte prévoit également de « simplifier les instances représentatives du personnel », telles que les Comités d’Entreprise, les Délégué·e·s du Personnel, le Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail, ce qui signifiera probablement un affaiblissement de ces instances. Déjà loin actuellement d'être des outils qui permettent un véritable contrôle des travailleurs·se·s sur les conditions de travail, leur restructuration laisse présager une diminution supplémentaire des droits acquis par les luttes, pour le plus grand bonheur du patronat. Celui-ci n'a en effet jamais accepté la moindre contestation de son pouvoir dans l'entreprise. Il rêve de revenir à une situation d'avant 1936 et l'institution des délégués du personnel, ou du moins avant 1968 et l'institution des sections syndicales, et se bat continuellement pour restreindre les droits et les possibilités de contre-pouvoir des salarié·e·s.
Organisant un véritable transfert de richesses des classes populaires en faveur du patronat, le gouvernement a déjà annoncé la poursuite de sa politique de rigueur budgétaire en diminuant de 50 milliards les dépenses publiques entre 2015 et 2017, qui toucheront non seulement la sphère de l’État, mais aussi la sphère sociale et les collectivités territoriales. Parallèlement, le gouvernement socialiste applique avec ses dernières réformes une véritable politique de destructions de toutes les conquêtes sociales du 20ème siècle.

Casse des droits du travail et des droits sociaux

La loi dit de « sécurisation de l’emploi », adoptée en mai 2013, constitue une régression majeure du droit du travail. Les licenciements, mobilités forcées, plans sociaux, baisses de salaires sont en effet largement facilités pour le patronat, et les délais de contestation juridique pour les travailleur·se·s sont considérablement réduits. En outre, l’accord d’entreprise est maintenant prédominant sur l’accord de branche et sur la loi, ce qui accentue les inégalités des droits entre salarié·e·s. Pour exemple, les Sanofi ont dernièrement fait les frais de cette nouvelle loi. Avec la seule signature de deux syndicats (CFDT et CFC), le « Plan de sauvegarde de l'emploi » a pu être validé dans un délai très court et sans possibilité de recours, confirmant la suppression de plusieurs centaines d'emplois ; et cela malgré l'opposition au plan de restructuration du Comité central d'entreprise à l'unanimité, et les rapports démontant l'argumentation économique du groupe Sanofi.
Quant à la réforme des retraites adoptée en automne 2013, elle s'inscrit dans le prolongement de la loi Fillon de 2003 qui prévoyait l’allongement de la durée de cotisation jusqu'en 2020, et amène la durée de cotisation à 43 ans en 2035 pour avoir une retraite à taux plein. Cette mesure aura pour conséquence soit de travailler plus longtemps, et donc de reporter l’âge effectif de départ à la retraite, soit de diminuer le niveau des pensions. En effet, le système de décote ampute les pensions des carrières non complètes en fonction du nombre de trimestres manquants. Or de nombreux·ses salarié·e·s, avec l'importance du chômage et la hausse de la précarité, ont des carrières courtes et discontinues et n’arrivent déjà pas à réunir le nombre d’annuités demandé. Dans le réalité, la moitié des personnes se trouvent hors emploi au moment où elles liquident leur retraite, puisque les entreprises cherchent à se débarrasser des salarié·e·s âgé·e·s. Enfin, l'entrée dans la vie active a lieu de plus en plus tard. L’augmentation de la durée de cotisation se traduira ainsi par une pension réduite pour le plus grand nombre. Cette dégradation sera subie encore plus durement par les femmes, étant donné qu'elles sont touchées plus particulièrement par les carrières courtes, discontinues et les temps partiels.
De plus, deux mesures ont abaissé directement le montant des retraites. La première reporte de six mois la revalorisation des pensions en fonction de l'inflation. La seconde est la fiscalisation de la majoration de 10 % des pensions des parents de trois enfants. Il est estimé que ces deux mesures feront perdre 2,7 milliards d’euros aux retraité·e·s chaque année. Enfin, depuis le 1er janvier, les cotisations salariales ont augmenté de 0,15 point puis augmenteront de 0,05 point pendant trois ans, soit une augmentation totale de 0,3 point.
Enfin, les négociations pour élaborer la convention Unédic 2014-2017 ont débuté le 17 janvier dernier. Le patronat joue de son rapport de force et les propositions débattues se restreignent à limiter le droit à l’assurance-chômage, quelles que soient les réformes envisagées : dégressivité des aides, allongement de la durée de cotisation nécessaire à l’ouverture de droits, durcissement des critères de la « recherche active d’emploi », harmonisation par le bas en supprimant les annexes concernant les intérimaires et les intermittent·e·s du spectacle... L'attaque contre les régimes spécifiques des salarié·e·s intérimaires et intermittent·e·s est l'un des gros enjeux de la réforme. Leur suppression conduirait en effet à une baisse du taux d’indemnisation chômage de 20 % pour les intérimaires, et aggraverait considérablement la précarité des intermittent·e·s, particulièrement touché·e·s par l'usage des CDD très courts et par la tension actuelle de la situation de l'emploi.
Dans un même temps, les élites politiques et économiques, relayées par les grands médias, s'emploient à démontrer que l'indemnisation actuelle des chômeuses et des chômeurs représenterait un coût trop élevé pour la société. Pourtant les 4 milliards de déficit de l'Unédic sont bien peu au regard des 30 milliards de cadeaux au patronat. Par ailleurs, le chômage, tout comme comme la dégradation des conditions de travail, la diminution des droits, et la flexibilisation sont les conséquences même de la volonté des capitalistes à diminuer les coûts de production pour engranger toujours plus de profits.

Face à la logique capitaliste, refusons les mesures d'austérité et luttons pour une société égalitaire 

Toutes les dernières réformes menées par Hollande s'inscrivent dans la logique capitaliste libérale. Augmenter la « compétitivité des entreprises » signifie en réalité la mise en concurrence de l'ensemble des travailleur·se·s à l'échelle internationale. Cela permet d'organiser en France comme dans les autres pays d'un côté la baisse de la rémunération des salarié·e·s, la casse des droits du travail et la facilitation des licenciements, et de l'autre l'enrichissement du patronat et des actionnaires. Alors que nous traversons une période de crise qui trouve ses fondements dans les contradictions mêmes du capitalisme, ceux qui ont le pouvoir économique défendent férocement leurs intérêts ; le but des actionnaires et des patrons restent en effet de continuer à engranger des bénéfices, en captant à court terme la part la plus importante possible des richesses. Ils réclament ainsi toujours plus de mesures en leur faveur et en défaveur de la grande majorité de la population. Et c'est bien cette politique que suivent les États, de droite comme de gauche, en conséquence du rapport de force en faveur des dirigeants de l'économie dans la société capitaliste et des convergences d’intérêts de classe.
Pour ne plus subir la dégradation de nos conditions de vie, la casse de droits du travail, pour ne plus voir les difficultés sociales et économique s'aggraver, et la précarité se généraliser, c'est bien avec le système actuel  capitaliste et étatique avec lequel nous devons faire rupture. C'est dans cette perspective que nous devons nous organiser, lutter contre toutes les mesures d'austérité, inverser le rapport de force social, et construire une société égalitaire, gérée directement par tous et toutes, sans propriété privée ni État.

 

Le groupe UAF de Montpellier

 

1. http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/05/pacte-de-responsabilite-un-accord-entre-patronat-et-syndicat-a-ete-signe_4378257_3234.html