ven 6 décembre 2013

Réforme des retraites 2013 : le capitalisme continue son offensive

CGA

 

 

La nouvelle réforme que propose le gouvernement n'a rien de juste et d'équilibré. Dans la continuité des réformes des années 1993, 2003 et 2010, elle a pour but de favoriser les profits des capitalistes, en diminuant la part des richesses redistribuée aux salarié·e·s, qu'ils/elles soient à la retraite ou non. L'enjeu pour les capitalistes est de rendre la capitalisation incontournable en cassant le système par répartition jusqu'à ce qu'il ne donne plus aucune garantie de percevoir une pension décente. Ils espèrent ainsi voir grossir leur capital par les épargnes individuelles pour en tirer plus de profits, tandis que la majorité des personnes âgées seront condamnées à la pauvreté et amenées à accepter des contrats précaires et des salaires de misère pour subvenir à leurs besoins.

Une réforme qui réduit encore le niveau de vie des salarié·e·s et retraité·e·s

Dans le prolongement de la loi Fillon de 2003 qui prévoyait l’allongement de la durée de cotisation jusqu'en 2020, la nouvelle réforme planifie sa poursuite, amenant la durée de cotisation à 43 ans en 2035 pour avoir une retraite à taux plein. Cette mesure aura pour conséquence soit de travailler plus longtemps, et donc de reporter l’âge effectif de départ à la retraite, soit de diminuer le niveau des pensions. En effet, le système de décote ampute les pensions des carrières non complètes en fonction du nombre de trimestres manquants. Or de nombreux·ses salarié·e·s, avec l'importance du chômage et la hausse de la précarité, ont des carrières courtes et discontinues et n’arrivent déjà pas à réunir le nombre d’annuités demandé. En réalité, les entreprises cherchent à se débarrasser des salarié·e·s âgé·e·s, et l'on constate que plus de la moitié des personnes se trouvent hors emploi au moment où elles liquident leur retraite. Enfin, l'entrée dans la vie active se fait de plus en plus tard. L’augmentation de la durée de cotisation se traduira ainsi par une pension réduite pour le plus grand nombre. Cette dégradation sera particulièrement subie par les femmes, étant donné qu'elles sont plus particulièrement touchées par les carrières courtes, discontinues et les temps partiels.

De plus, deux mesures envisagées vont abaisser directement le montant des retraites. La première est le report de six mois de la revalorisation des pensions en fonction de l'inflation. La seconde est la fiscalisation de la majoration de 10 % des pensions des parents de trois enfants. Il est estimé que ces deux mesures feront perdre 2,7 milliards d’euros aux retraité-e-s chaque an.

Quant aux salarié·e·s, ils/elles seront touché·e·s par l’augmentation des cotisations salariales de 0,15 point en 2014, puis de 0,05 point pendant trois ans, soit une augmentation totale de 0,3 point. Si la même hausse des cotisations patronales est prévue dans la réforme, le gouvernement a d’ores et déjà rassuré le patronat en annonçant qu’elle s’accompagnerait dès 2014 d’une baisse significative des cotisations patronales finançant la protection sociale afin de ne pas toucher au coût du travail. Le manque à gagner sera payé pour l’essentiel par les salarié·e·s, par le biais d'une augmentation d'autres taxes ou impôts.

Enfin, la réforme prévoit également la mise en place d'un dispositif permettant chaque année au gouvernement de prendre des « mesures de redressement », supprimant ainsi toute garantie sur les retraites.

La démographie et l'allongement de l'espérance de vie comme faux prétextes au démantèlement du système des retraites

Selon les prévisions, le déficit serait d'environ 20 milliards d'euros en 2020, soit un point du PIB. Si on compare cette somme à celle que représentent les exonérations ou allègements de cotisations sociales patronales, on voit que cette dernière est bien plus importante. Par exemple, la totalité du manque à gagner est estimé à plus de 27 milliards d'euros pour la seule année 20121. En 2012, les profits distribués par les entreprises se sont élevés à 230 milliards d'euros, et les dividendes sont toujours en continuelle augmentation malgré la crise. Le problème est donc loin d'être un manque de ressource disponible, mais bien une question de choix de répartition des richesses, et au-delà, de système politique et économique.

La démographie et l'allongement de l'espérance de vie sont les arguments avancés pour justifier la réforme, alors que ces estimations n'ont pas évolué depuis la réforme de 2010, déjà censée équilibrer les comptes. En réalité, le manque à gagner provient des effets de la crise économique démarrée en 2007, qui a entraîné une augmentation du chômage, et par conséquent une baisse du montant des cotisations. Et cette crise est le résultat des politiques libérales qui organisent le transfert d'une part toujours plus importante des richesses produites vers une minorité au détriment de l’ensemble de la population. De plus, la logique selon laquelle nous devrions travailler plus parce que nous vivons plus longtemps alors que le chômage atteint des records n'a pas de sens. Au contraire, il apparaîtrait plus cohérent une diminution du temps de travail pour un meilleur partage. Mais là encore, c'est un tout autre objectif qui est visé, celui de précariser, flexibiliser et tirer profit du plus grand nombre.

Toujours plus d'exploitation et de précarité pour les profits des capitalistes

Face à la crise, l'offensive capitaliste s'intensifie et les gouvernements, en France comme partout en Europe, multiplient les mesures entraînant la paupérisation de la population. En effet, rigueur budgétaire sur les dépenses sociales et retour à la croissance par le renforcement de la compétitivité des entreprises sont leurs seuls mots d'ordre. Le gouvernement Ayrault poursuit cette même logique en imposant d'un côté d'importantes restrictions budgétaires dans les dépenses publiques et en accordant de l'autre 20 milliards de crédits d'impôts aux entreprises. Au printemps dernier, l'inscription dans la loi de l'ANI a marqué un pas de plus vers la flexibilité au travail, et la réduction toujours plus importante de garantie en terme de salaire et de sécurité de l'emploi.

Avec ces mesures, il s'effectue à grande vitesse un transfert des richesses, dans tous les pays, des classes populaires et moyennes vers les plus riches et les détenteurs du capital et des entreprises. C'est bien là qu'il faut chercher les objectifs réels des politiques d'austérité. Ceux qui ont le pouvoir économique défendent férocement leurs intérêts, comme l'a montré le discours de Pierre Gattaz, le nouveau dirigeant du MEDEF, lors de leur université d'été. Car le but des actionnaires et des patrons reste de continuer à engranger des bénéfices, en captant à court terme la part la plus importante possible des richesses. Ils réclament ainsi toujours plus de mesures en leur faveur et en défaveur des salarié-es. Et c'est bien cette politique que suivent les États, en conséquence du rapport de force en faveur des dirigeants de l'économie dans la société capitaliste et des convergences d’intérêts de classe.

La réforme des retraites s'inscrit dans cette logique. L'objectif patronal est que le système de financement socialisé des retraites ne permette plus d'obtenir une pension décente, pour forcer les salarié-e-s à se tourner vers une épargne individuelle en achetant des actions pour compléter leurs futures pensions. C’est ainsi que, suite à la réforme de 2003, furent créés dès 2004 les PERP, « Plan épargne Retraite Populaire » détenues par les banques et les assurances privées. Ce champ d’accumulation est particulièrement juteux pour le capital, mais n’offre en revanche aucune garantie pour les salarié·e·s. Ce système, inégalitaire dans son principe même puisque l’on épargne en fonction de ses moyens, est de plus profondément risqué. Par exemple, au Royaume-Uni, les adhérent·e·s d’un fonds de pension ne retrouvent que 50 % des sommes qu’ils/elles ont versées. Les 50 % restants partent en frais de gestion et en dividendes pour les actionnaires. On peut également donner comme exemple les centaines de milliers de petit·e·s épargnant·e·s qui avaient confié leurs fonds de pension à Enron2 et qui ont perdu l'essentiel de leur capital-retraite lorsque l'entreprise étasunienne a fait faillite.

Répartition égalitaire des richesses et gestion directe de la production des biens et des services

Face aux régressions sociales imposées par le patronat et l’État, il est urgent de se mobiliser et de ne pas se laisser berner par les discours politiques et médiatiques invoquant des mesures justes et nécessaires. Pour la majorité, il devient de plus en plus insupportable de se faire licencier, d'enchaîner les contrats précaires, de voir ses conditions de travail et niveau de vie se dégrader, de galérer pour se loger et se nourrir convenablement. Et qui plus est de devoir accepter sans rien dire les mesures antisociales, alors que les cadeaux aux entreprises se multiplient au nom de la compétitivité.

Étant donné les divisions syndicales, les stratégies de journées isolées, et surtout la résignation due aux échec successifs des mobilisations, notamment celles de 2010, la construction d'un mouvement semble cependant difficile. Pourtant, la seule façon de faire reculer le pouvoir serait la mise en route d'un mouvement faisant converger différents secteurs de l'économie et rassemblant les retraité·e·s, chômeur·ses, étudiant·e·s... Lutter dès maintenant contre le recul social et pour un système égalitaire de répartition des richesses permettrait d'ouvrir des perspectives en rupture avec le capitalisme et l'étatisme, pour en finir avec la domination économique et politique de quelques un·e·s et l'exploitation du plus grand nombre.



1. http://www.lepoint.fr/economie/les-exonerations-de-cotisations-une-mesur...

2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Enron