mer 20 août 2014

Quand élections riment avec usurpations !

IAL

Aborder dans un article d’IAL la question des dernières élections municipales et européennes nous conduit, dans un premier temps, à donner les raisons fondamentales qui nous éloignent de pratiques politiciennes. En effet, ces dernières n’ont jamais permis les moindre changements quand il s’est agi d’envisager des alternatives aux systèmes d’exploitation, d’aliénation, de domination, d’exclusion, etc.

Élections et abandon de souveraineté…

Nous refusons les élections car la « représentation politique » entraîne la confiscation et la déformation de la parole et de la volonté des individus. C’est un système qui, sous couvert de démocratie, interdit dans les faits aux  opprimé·e·s la possibilité de se représenter elles et eux-mêmes, sans intermédiaire.
Nous refusons de participer à un système pernicieux, car ne pas le rejeter implique automatiquement un renforcement de la légitimité de toutes les entités qui pérennisent  toutes les dominations.
Nous considérons que la société détient en elle toutes les capacités et tous les moyens lui permettant de s’auto-organiser. Elle est ainsi légitime dans l’exercice de la gestion sociale, économique, culturelle de la société, sans pour autant entrevoir la nécessité d’imposer un quelconque pouvoir des un·e-s sur les autres…
Les États et les gouvernements sont des appareils d’oppression mis en place par les classes dominantes – noblesse, bourgeoisie, bureaucratie – classes qui s’appuient sur le travail et l’intelligence collective, dans le seul but de servir leurs intérêts propres, loin des préoccupations et nécessités de la collectivité.

Alternatives en marche…

Nous envisageons le changement à partir de la base et de la capacité de la société à s’organiser pour résister et administrer la vie sociale.
Nous sommes pour l’Administration des choses en lieu et place du Gouvernement des Hommes.
L’Histoire nous a enseigné que les États, loin de se réduire à de simples appareils répressifs, ce qu’ils sont sans conteste, incarnent également divers strates d’appareils idéologiques, dont la finalité consiste dans la production du consentement des opprimé·e·s à leur propre oppression.
La lutte contre l’état capitaliste nous impose de produire des alternatives libertaires au sein de la société, lesquelles, à l’aboutissement du processus révolutionnaire, remplaceront le Pouvoir et l’État.
Cette conception suffit largement pour comprendre pourquoi nous récusons le système politique institutionnel, et refusons de participer  aux élections, quand d’autres courants se réclamant de l’anticapitalisme et de la « révolution » leur accordent tant d’importance, au point d’y participer sans même y apporter la moindre critique systémique…

Retour sur les élections municipales de mars…

Celles-ci ont donné des résultats logiquement attendus. Le Parti Socialiste au pouvoir, qui a fait de l’austérité son miel et qui n’a eu de cesse que de faire des cadeaux au patronat, a reçu une claque magistrale. De déroute au premier tour, le scrutin s’est transformé au second en cataclysme. Perte de 151 villes de plus de 10 000 habitant·e·s  alors qu'à l’inverse, la droite en gagnait 142. Quant à l’extrême droite, ce n’est pas moins de 11 villes qu’elle a conquises.
Succès inespéré pour une droite en pleine déconfiture. La suite des événements nous en fournira la preuve…
Toulouse, Limoges, Argenteuil, Amiens, autant de bastions qui sont passés à droite. Un autre exemple tout aussi significatif : dans le Puy-de-Dôme, la gauche détenait 14 des 17 communes de plus de 5 000 habitant·e·s. Aujourd’hui elle n'en contrôle plus que 5 !
Car, c’est aussi un enseignement de ce scrutin, la gauche « non gouvernementale » a subi un échec tout aussi retentissant.
Il est vrai que la gauche n'a pas réussi à éviter les règlements de comptes internes entre les deux tours. Ce fut le cas, entre autres, à La Rochelle, à Grenoble ou à Montpellier.
Le Front de gauche, par la voix de Mélenchon, a laissé croire que son succès était plus important que celui du Front national. Et pourtant une simple arithmétique lui attribue 15,05% en moyenne dans les villes de plus de 1 000 habitants où ses listes étaient présentes quand le FN y a recueilli 16,71%
Le pari du FN a été en grande partie réussi. Il a emporté 10 villes – Hénin-Beaumont, Beaucaire, Fréjus, Le Pontet, Cogolin, Hayange, Mantes-la-Ville, Villers-Cotterêts, Le Luc ainsi que Béziers, remportée par Robert Ménard avec le soutien du FN. À ces villes s’ajoute le 7ème secteur de Marseille qui est revenu à S. Ravier, candidat lepéniste…
Il a obtenu plusieurs centaines de conseillères et conseillers (environ 1600), et malgré quelques  revers, à Forbach, Perpignan, Saint-Gilles, Avignon et Carpentras, les municipales  ont constitué pour le Rassemblement Bleu Marine une avancée incontestable dans son implantation territoriale.
Une des conséquences de ces résultats c’est, à terme, le basculement de la fragile majorité de gauche au Sénat en septembre 2014.

Et les européennes ?

Pour ces élections, à la proportionnelle, elles se sont traduites par une montée généralisée de l’extrême-droite et notamment en France où le FN est ressorti en tête avec 25% des voix…
L’arrivée au Parlement européen d’une importante vague de nouveaux députés euro sceptiques, ultra-droitiers, fascistes, néo-nazis, quel que soit le vocable, est le véritable enseignement de ce scrutin.
En France, l’effondrement du PS n’a pas permis aux autres formations de « gauche » de se renforcer, bien au contraire. Le FG, les Écologistes, sans parler des diverses officines se réclamant du trotskisme, tous ont obtenu des scores en retrait si on se réfère aux européennes de 2009…
Le désastre social qui constitue le décor de l’Europe ainsi que la crise liée au système de la démocratie représentative, ont grandement renforcé la  méfiance des électeurs et électrices. À cela s’ajoute l’éloignement des centres décisionnels, la complexité des textes européens et l’ignorance des fonctionnements des diverses instances de Strasbourg, Bruxelles etc…
De plus, la  crise sociale  a été aggravée avec le Pacte de stabilité européen et les politiques cruelles d’austérité imposées à celles et ceux qui, déjà, subissaient les plus grandes difficultés économiques et sociales. Il y a, rappelons-le, 26 millions de chômeur·se·s, et le pourcentage de jeunes de moins de 25 ans sans emploi atteint des taux effrayants (52% au Portugal, 56% en Espagne, 61,5% en Grèce...).
En Europe nous assistons donc à une résurgence des forces extrémistes. UKIP au Royaume Uni ; le Parti de la liberté, FPÖ en Autriche ; Jobbik en Hongrie ; Aube dorée en Grèce ; la Ligue du nord en Italie ; les Vrais Finlandais ; le Vlaams Belang en Belgique ; le Parti de la liberté, PVV aux Pays Bas ; le Parti du peuple danois, DF ; les Democrates de Suède, DS ; le Parti national slovaque, SNS ; le Parti de l’ordre et de la justice, TT en Lithuanie ; Ataka  en Bulgarie ; le Parti de la grande Roumanie, PRM ; et le Parti national-démocrate, NPD en Allemagne…
L’extrême droite s’est relookée en gommant les aspects extérieurs les plus encombrants, même s’ils  persistent chez les militants hongrois du Jobbik ou ceux de l’Aube dorée en Grèce.
Afin de « dé-diaboliser » leur image, ces nouveaux ultras modèrent aussi (en surface) leur idéologie de haine et adoptent un discours chaotique mais radical de refus du système, de stigmatisation des migrant·e·s, des Rroms et des musulman·e·s, et de défense des « Blancs pauvres ».
En France, le FN attaque dans ses discours, plus radicalement que tout dirigeant politique de gauche, le « capitalisme sauvage », l’« Europe ultralibérale », les « dégâts de la mondialisation » et l’« impérialisme économique des Etats-Unis »…
Des arguments qui rencontrent un total soutien au sein des franges sociales les plus gravement frappées par le désastre industriel, là où pendant des décennies, le vote à « gauche » était la norme.
Le système électoraliste n’a pas permis et ne peut permettre à la droite libérale ou à la gauche de répondre aux attentes des peuples en déshérence. L’extrême-droite en profite, même si nous savons que les solutions qu’elle avance sont pires encore que les maux auxquels elle dit vouloir s’attaquer.

Quelles critiques et quelles perspectives ?

Aujourd’hui, critiquer l’électoralisme doit nous conduire à dénoncer un mode de gestion de l’économie et un mode de la gestion sociale, tout entier dévoué aux nanti·e·s et aux gens de Pouvoir.
Il faut ajouter à cela qu’ignorer le fait que plusieurs millions de Français·e·s sont « politisé·e·s » de manière autoritaire, nationaliste et xénophobe, sexiste et homophobe, n’est pas simple banalité.
C’est une réalité à laquelle nous devons réagir par un sursaut militant, égalitaire, libertaire et révolutionnaire.
Les résultats électoraux ont démontré l’incapacité et le désintérêt des États et des partis de gouvernement vis-à-vis des réponses concrètes à apporter face à la crise sociale et à la désespérance des peuples…
Dans ce contexte, l’antifascisme est appelé à prendre place au centre des discours et des pratiques militantes.
Face à la crise du capitalisme et des États, face à la crise qui secoue tous les modes d’organisation politique hiérarchisés et centralisés, la solution idoine est la reprise en main par les populations, les travailleur·se·s, celles et ceux qui sont privé·e·s d’emploi, de leurs affaires. Directement, sans intermédiaires et en rejetant toutes les politiques bouc-émissariales.
Ce qui s’impose à nous toutes et tous, c’est de défendre nos idées au quotidien, et d’agir directement pour elles.
Pour nous anarchistes, il devient capital de développer des réponses concrètes sur le mode de l’auto-organisation en critiquant, dans le même temps, la nocivité des réponses étatiques.
Aujourd’hui la CLAF propose  cet espace, même si nous considérons  qu’il y a nécessité à développer des projets sur des bases autogérées, à mettre en œuvre des expérimentations sociales libertaires, qui remettent en cause la nécessité du salariat et de l’État et combattent activement les idéologies et dominations de toutes sortes…
Fédérer nos luttes au niveau continental est devenue nécessité avec en ligne de mire, un projet anarchiste qui ne saurait être, par définition, une ligne directrice pour tou·te·s et chacun·e.
L’autonomie des groupes reste un facteur décisif au sein de la dynamique à construire.
La perspective peut sembler lointaine, mais l’urgence est bel et bien là. Un spectre revient hanter la vieille Europe, et ce n’est pas celui du communisme.

 

Groupe Puig Antich (Perpignan)