sam 24 janvier 2015

Luttes des femmes de chambre : la vraie saleté c’est la précarité !

CGA

 



En ces temps de résignation sociale, les luttes et les victoires dans le nettoyage et dans les hôtels révèlent que lorsque le rapport de force est là, la lutte paie !

Dernièrement dans l’hôtellerie, après 35 jours de grève à l’hôtel de luxe Royal Monceau, les femmes de chambre, gouvernantes, valets, équipièr·e·s, cuisinièr·e·s, serveur·euse·s, barmans et plongeur·euse·s ont obtenu une augmentation de 3 à 6 % de leurs salaires. Cela représente une augmentation moyenne de 60 à 103 euros par mois. La grève a également permis que la mutuelle soit prise en charge à 60 % par l’employeur, alors qu’elle ne l'est aujourd’hui qu'à 50 %. Une prime de 150 euros sera également accordée aux équipièr·e·s tandis que femmes de chambre et valets obtiennent une prime de 6,5 euros par lit supplémentaire. Leurs revendications étaient une augmentation de leur taux horaire de deux euros, la diminution de la cadence, une amélioration de leurs conditions de travail et la prise en charge de la mutuelle à 70 % par l’employeur.



De la grève d’un an des femmes de chambre de la société Arcade démarrée en mars 2002, à celles des femmes dans les hôtels de grands groupes, les mêmes mots d’ordre et revendications sont réapparus : sous-traitance = maltraitance, baisse des cadences, paiement intégral des heures effectuées, égalité de statut entre tout·e·s les salarié·e·s, intégration chez le donneur d’ordre des salarié·e·s de la sous-traitance, le respect de leur dignité, l’arrêt de la répression anti-syndicale, le retour à la pointeuse pour en finir avec les heures non payées.



Le but de la sous-traitance est stratégique, dans l’hôtellerie et dans le nettoyage en général. Il s'agit de faire éclater la communauté de travail et de réaliser plus de profits en sous-payant les femmes de chambre, gouvernantes et équipièr·e·s (en général de – 15 à – 40 %) qui ne bénéficient pas de la convention collective de l’hôtel, briser toute tentative de révolte et de lutte syndicale et de diviser encore plus le travail, les salarié·e·s en rendant difficile toute action collective. Les employé·e·s et plus principalement les ouvrièr·e·s ne peuvent plus être ignoré·e·s. La lutte leur redonne une existence dans la société.



En mars 2002, des femmes de chambre employées par Arcade, entreprise sous-traitante du groupe Accor, cessent le travail pour faire valoir leurs droits. C’est un mouvement de contestation inédit, qui prend forme là où on ne l’attend pas. Une trentaine de femmes, la plupart mères de famille, africaines, peu scolarisées, invisibilisées, s’affranchissent de leur peur, pour parler, se montrer et crier leur engagement. Elles étaient payées à la chambre par l’entreprise sous-traitante : 2 euros par chambre, et à la chaîne : 4 chambres par heure. Une organisation du travail entraînant des cadences infernales et des heures supplémentaires non payées. Suite à la très longue grève qui dure de mars 2002 à mars 2003, la direction du groupe Accor a accepté, en décembre 2002, de signer une charte dans laquelle elle s’engageait à veiller à l’amélioration des conditions de travail des salarié·e·s des sociétés de sous-traitance. Mais après quelques efforts, ces résolutions ont été oubliées.



La lutte a inspiré l’envie et l’idée pour les employées des autres hôtels que la lutte paie et qu’elle est possible et gagnable. Depuis, les luttes et grèves n’arrêtent plus dans les hôtels parisiens, mais aussi à Marseille, dans des hôtels de luxe tel que Novotel, Intercontinental, Royal Monceau, Park Hyatt Paris-Vendôme.



Du 6 octobre au 8 novembre 2011, les femmes de chambre du Novotel Les Halles à Paris (groupe Accor) ont mené un conflit qui leur a permis d’obtenir le passage de CDD en CDI – avec des horaires de 130 heures mensuelles – pour huit femmes de chambre, plus une gouvernante passée en CDI à temps complet.



En 2012, 100 % des salarié·e·s (femmes de chambre et gouvernantes) de la société de nettoyage DECA France IDF, sous-traitant des hôtels Campanile et Première Classe du Pont de Suresnes (Hauts-de-Seine), ont fait grève pendant 28 jours, du 20 mars au 16 avril 2012, en même temps qu’une partie du personnel interne des hôtels. Épaulées par leurs syndicats CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques) et CNT-SO-Nettoyage), elles ont fait céder la société Louvre Hôtels, deuxième groupe hôtelier en France, qui exploite les hôtels-restaurants sous enseigne Campanile, Première Classe, Kyriad et Golden Tulip.

Elles ont obtenu leur intégration au sein du groupe Louvre Hôtels à compter du 1er août 2013, soit dix-neuf salariées en CDI (dont trois gouvernantes), et trois en CDD.



Après avoir obtenu en mars-avril 2012 la fin du travail à la chambre avec la mise en place d’une pointeuse pour un paiement au temps de travail effectif, la diminution des cadences indicatives de 25 %, une augmentation de leur mensualisation, une revalorisation de près de 100 € de leur salaire mensuel, la suppression de leur clause de mobilité et le paiement de 50 % des jours de grève, les autres 50 % récupérés, les femmes de chambre et gouvernantes, suite aux difficultés économiques rencontrées par DECA France IDF mise en redressement judiciaire, viennent d’obtenir avec leur syndicat CGT-HPE, sous la menace d’une grève en cas d’arrivée d’un nouveau sous-traitant, leur intégration au sein de Louvre Hôtels à compter du 1er août 2013. Cette exploitation subie durant plusieurs années avec la sous-traitance prend donc fin.



Avec cette intégration, les femmes de chambre et gouvernantes se verront appliquer le statut social de la société des Hôtels du Pont de Suresnes et gagnent ainsi un 13ème mois, une prime d’habillage-déshabillage, la revalorisation des indemnités nourriture, la participation aux bénéfices et l’intéressement inexistant dans les entreprises de sous-traitance du nettoyage.

Un mois après, encouragé·e·s par ce résultat, femmes de chambre, valets et bagagistes du Park Hyatt Paris-Vendôme, seul palace parisien à encore faire travailler des salariés en sous-traitance, ont suivi le mouvement.

Le conflit est médiatisé. Les grévistes obtiennent une prime de fin d’année équivalente à un treizième mois. Un an plus tard, en septembre 2014, ces mêmes salarié·e·s entrent à nouveau en grève, entraînant dans leur sillage leurs collègues du Hyatt Paris-Madeleine. La majorité du personnel du palace s’était réunie pour lancer une grève surprise, à la durée indéterminée. Cette fois, ils/elles réclament avec succès l’alignement de leurs salaires sur ceux des palaces. Pour les employé·e·s grévistes, c’est environ une augmentation de 400 à 600 euros par mois.



À l’intersection des oppressions de genre, de race, de classe, ces luttes montrent le vrai tableau des hôtels de luxe, la sur-précarisation des employé·e·s, l’utilisation de la sous-traitance à outrance, l’emploi de femmes en situation de misère et de sur-dépendance vis-à-vis de leur travail. On cherche des personnes ayant des difficultés de lecture et d’écriture avec le français, choisies pour être les plus corvéables possible : c’est là le vrai visage des multinationales et du capitalisme. En menant leur grève, ces femmes souvent invisibles, s’affirment sur le terrain politique. On peut remarquer que la lutte sociale est un outil de transformation sociale, pas seulement économique, dans la mesure où il fait prendre conscience collectivement de notre force et de notre possibilité de renverser l’ordre établi.



Saluons le courage de toutes ces salarié·e·s ultra précarisé·e·s qui ont osé faire grève et défendre leurs droits et en gagner de nouveaux. La collaboration exemplaire entre organisations syndicales, la caisse de grève, le soutien financier de sections syndicales et d’habitant·e·s des environs, la pression judiciaire exercée sans relâche, la syndicalisation des salarié·e·s et le patient travail mené conjointement par les organisations syndicales CGT-HPE et CNT-SO-Nettoyage, en vue de construire une unité entre les personnels des hôtels et de la société de nettoyage ont permis une avancée qui pourrait s’avérer décisive pour les salarié·e·s du secteur. Les victoires obtenues peuvent remettre en question la convention collective et ainsi faire gagner de nouveaux droits au reste des travailleur·euse·s du même groupe.



En ces temps où la CGT oscille entre syndicalisme de transformation sociale et syndicalisme d’accompagnement, on peut remarquer une radicalisation de la base dans certaines sections et une CGT qui revient parfois vers un syndicalisme de lutte qui a fait tout sa force et tout son potentiel subversif, et nous ne pouvons que l’encourager en cette période où seule règne la résignation.



Ces luttes sont exemplaires en ce qu’elles donnent l’espoir en ces temps de sur-précarisation, d’absence de lutte sociale d’envergure. Elles montrent qu’il y a une réelle place pour les luttes combatives et un syndicalisme de lutte au côté des exploité·e·s, et que c’est parmi les classes exploité·e·s que les luttes sociales sont en mesure de s’épanouir. Nous devons jeter les graines de l’anarchisme sur le terrain le plus fertile, ce terrain est pour nous la lutte des classes qui a lieu dans les mobilisations populaires et dans les luttes sociales. Ce n’est que dans la lutte aux côtés des exploité·e·s que l’anarchisme et plus particulièrement l’anarchisme social prend tout son sens et peut s'épanouir pour une transformation radicale de la société.



Yanis, de Clermont et Pierre, de Lyon



http://www.alternativelibertaire.org/?Nettoyage-Coup-de-balai-contre-la

http://www.stop-precarite.fr/spip.php?article10

http://blogs.mediapart.fr/blog/carine-fouteau/280111/retour-sur-des-femm...

http://www.vacarme.org/article1115.html

http://www.vacarme.org/article1117.html

http://www.20minutes.fr/economie/1477474-20141108-monde-feutre-palaces-p...

http://www.lefigaro.fr/social/2014/10/08/09010-20141008ARTFIG00147-dans-...

http://www.autrefutur.net/Les-femmes-dans-le-nettoyage-et-l

http://www.autrefutur.net/Un-vent-de-libertes-souffle-au

http://www.autrefutur.net/Greve-et-defile-de-mode-a-l-Hotel

http://www.cnt-so.org/IMG/pdf/cnt-so-13.pdf

Filmon a grévé sur la lutte : http://www.zeugmafilms.fr/crbst_93.html