dim 12 janvier 2014

Loi Fioraso : casse sociale dans les facs

IAL

Ce n'est un secret pour personne, depuis plusieurs décennies, l'État, qu'il se revendique socialiste ou ouvertement libéral, ne s'est jamais privé pour taper sur tout ce qui s'avère toucher de près ou de loin au social, et dans cette logique, les universités, lieu d'éducation théoriquement accessible au plus grand nombre, ne dérogent pas à la règle.

Dans la continuité d'une volonté politique d'appliquer l'austérité au niveau de l'Europe, les capitalistes ont décidé d'unifier l'enseignement dans toutes les facultés européenne en nivelant par le bas, avec l'application de ce que l'on appelle le processus de Bologne. Les conséquences directes de ce processus sont l'adoption de plusieurs réformes depuis une décennie, à savoir la réforme LMD (Licence Master Doctorat), LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités, ou loi Pécresse) et, dans la continuité du précédent gouvernement (au même titre que la réforme des retraites 2013) la loi ESR (pour Enseignement Supérieur et de la Recherche1) dite loi Fioraso2, du nom de la ministre responsable de cette nouvelle trouvaille.

En substance, rien de nouveau sous le soleil, il s'agit de poursuivre une volonté d'appliquer l'austérité là où il est encore possible de le faire, il s'agit déjà dans un premier temps de ne surtout pas toucher à un cheveu de la précédente réforme, la LRU, tout en ajoutant des nouveautés que le gouvernement Sarkozy n'avait pas osé mettre en avant à l'époque, pèle-mêle, la suppression d'intitulés de licences et de masters, la volonté de regrouper les universités en « pôles d'excellence » (ce qui a pour effet de supprimer les petites antennes universitaires, et donc d'empêcher les plus précaires d'accéder à des études dans le supérieur), la possibilité aux personnalités extérieures aux conseils d'administration (à savoir patronat, MEDEF, collectivités) de voter pour les futur·e·s président·e·s de facultés, la volonté de la part du ministère de créer un statut d'étudiant·e·s entrepreneur·se·s (entre autres par le biais de, je cite « la généralisation des formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation dans toutes les filières, dès la licence », là, excusez-moi du peu, mais ça va finir par se voir). Bref, construire un idéal d'université prêt à dégueuler de la chair à patrons sans contrepartie.

A Montpellier, la situation est un peu particulière. Depuis l’avènement de la loi LRU, la présidente de l'université Paul Valéry (université de sciences sociales et de lettres) fait le forcing pour ne pas mettre en application les mesures imposées par le gouvernement.

Premier rebondissement de ce début d'année, une lettre ouverte de la présidente faisant un peu l'effet d'une bombe, où elle annonce officiellement la mise en place de mesures drastiques, comme par exemple la limitation d'accueil d'étudiant·e·s pour l'année 2013/2014 avec sélection de ces dernier·e·s, pour certaines filières, par tirage au sort, suppression du site de Du Guesclin (antenne de l'université de Béziers, comptant 68 % de boursier·e·s), suppression des contrats doctorants, non remplacement des contractuel·le·s et gel de la campagne de titularisation, entre autres chose. Tout cela afin de faire survivre l'université sans avoir à passer en déficit budgétaire (ce qui signifie passer sous la tutelle du rectorat).

La réponse ne se fit pas attendre de la part des étudiant·e·s (déjà mobilisé·e·s depuis avril 2013) pour lancer une première assemblée générale qui réunit pas moins de 400 étudiant·e·s venu·e·s se renseigner, entre autres, sur les conséquences concrètes de la mise en place de l'austérité sur la faculté de Paul Valéry. Suite à cela, plusieurs assemblées générales furent convoquées, permettant à la mobilisation de construire ses propres revendications. Si dans un premier temps, l'objectif du travail de diffusion effectué auprès des étudiant·e·s et des personnels de la faculté et des assemblées générales était d'informer les étudiant·e·s (sur la base d'une revendication simple, la restitution des 3,6 millions d'euros manquant pour ramener le budget à l'équilibre), il s'agissait aussi pour les militant·e·s sur place d'ouvrir à des revendications plus large, notamment sur l'abrogation de la loi LRU et de la loi Fioraso. Il était aussi important pour les camarades sur place d'investir l'outil de l'assemblée générale et du comité de mobilisation, afin de promouvoir au maximum des outils de démocratie directe et d'autogestion dans les luttes. Ces assemblées générales étaient majoritairement suivies de manifestations (en moyenne réunissant 400 personnes), où étaient scandés des slogans tels que « étudiants, chômeurs, précaires et salariés, c'est tous ensemble, qu'il faut lutter », « à Paul Va comme ailleurs, stoppons la rigueur » ou encore l'indémodable « tout est à nous » et d'autres slogans plus spécifiques au milieu étudiant (« partage des richesses, partage des savoirs, universités, gratuites et populaires »), avec notamment une manifestation qui partit de la faculté pour rejoindre le cortège de la manifestation contre la réforme des retraites, et une autre rejoignant les instituteur·rice·s en grève, les invitant à défiler avec nous.

C'est aussi dans cette optique de convergence des luttes que tente de se construire le mouvement, où nous avons pu voir entre autres choses des salarié·e·s de Sanofi appeler à la solidarité concrète entre salarié·e·s en luttes et étudiant·e·s, ou des personnes de l'association « Justice pour le Petit Bard » (association du quartier du Petit Bard à Montpellier, luttant dans un des quartier regroupant parmi les personnes les plus précarisées de la ville), venues en assemblée générale pour exposer le cas de familles expulsées par la municipalité. Bien que cette convergence des luttes est toujours compliquée à mettre en application, il est certain que vis-à-vis de l'attaque généralisée des capitalistes à l'encontre de nos conditions de vies, nous n'avons pas d'autre solution si nous souhaitons organiser une riposte concrète et massive vis-à-vis de l'austérité. Notamment, à la dernière assemblée générale du mercredi 27 novembre fut acté un soutien aux sans papiers expulsé·e·s, aux étudiant·e·s des IRTS (Institut Régional du Travail Social) en lutte et de manière globale, à rejoindre les travailleurs et travailleuses en lutte.

Mais Montpellier n'est pas la seule à être dans cette situation, suite au mouvement initié voilà plusieurs mois maintenant, d'autres facultés, subissant de la même manière ces questions d'austérité, ont décidé d'entrer dans la lutte. Suite à un appel de l'AG de Montpellier, une coordination nationale fut tenue à Montpellier, réunissant les villes de Bordeaux, Paris, Toulouse, Clermont-Ferrand, Caen, à la suite de laquelle fut décidé d'initier un mouvement s'inscrivant dans la durée, appelant notamment à une première journée d'action nationale le 10 Décembre et à une prochaine coordination nationale pour le 26 Janvier. Pour nous, on ne va pas se le cacher, après trois mois de mouvement fatiguant, c'est un nouveau souffle, la lutte commençant à prendre un peu partout en France, cela permet aux militant·e·s de l'université Paul Valéry de sortir un peu d'un objectif immédiat, à savoir maintenir la pression sur le conseil d'administration de décembre, censé voter les mesures d'austérité sur la faculté, d'ouvrir sur la perspective d'une lutte longue amenant au retrait des différentes lois antisociales touchant l'université, et à construire de manière plus large un cadre d'action commun contre les politiques que nous imposent les capitalistes de tout poil.

Pour les étudiant·e·s anarchistes de la CGA impliqué·e·s dans la mobilisation, que ce soit en tant que syndiqué·e·s ou non, il s'agit pour nous de développer des pratiques et des discours allant au delà de la simple question universitaire. Que ce soit par le soutien aux précaires embauché·e·s par l'université, par la critique d'une volonté politique à propos de l'austérité qu'on nous impose, par la volonté d'aller au delà des des revendications corporatistes ne touchant que les étudiant·e·s et en règle général de développer des pratiques autogestionnaires au sein des luttes, il s'agit pour nous aussi d’émettre un avis critique vis-à-vis de l'université qu'on nous impose, celle des patrons, du capitalisme et de cette soumission à une hiérarchie, qu'elle soit celle du ou de la professeur·e vis-à-vis de son élève ou de l'étudiant·e vis à vis de l'administration, et de faire vivre cette idée d'une université gratuite, populaire, et dans un futur libertaire, élargie à l'ensemble de la société.

 

 

Valer, pour le groupe UAF de Montpellier.



1. Un bref résumé de ce qu'impliquent ces différentes réformes mobilisationum3.wordpress.com/les-loi-lru-2007-et-fioraso-2013/

2. Pour en savoir plus sur cette folle de transhumanisme et PDG d'une boite de nanotech, je vous invite à lire l'article des camarades d'Article 11 : http://www.article11.info/?Genevieve-Fioraso-TM-l-elue-et