dim 12 janvier 2014

Le cirque près de chez vous

IAL

Ça n'aura échappé à personne, les élections municipales sont de retour. Elles auront lieu fin mars 2014 et comme un malheur électoral n'arrive jamais seul, les élections au parlement européen se tiendront fin mai de la même année. L'affaire est entendue : nous allons subir une campagne électorale permanente jusqu'à l'été prochain, ça promet. De fait, ça ne vous aura pas échappé non plus, la campagne a démarré depuis un bon moment, les équipes en place y vont toutes de leur bilan… positif évidemment. Les élus et les partis de tous bords ne pensent qu'à ça : être réélus, ne pas perdre un pouce de terrain, prendre des mairies, faire un meilleur score que la fois d'avant,... Les discours, les projets sont suspendus aux prochaines échéances électorales. Il est urgent de ne rien faire si on n'a pas commencé et de finir si on n'a que trop traîné.

Le système est ainsi fait qu'à peine terminée une joute électorale, une autre se profile à l'horizon, plongeant les citoyens dans un cirque permanent où la recherche de sièges ou de strapontins conduit à toutes les pitreries et à toutes les bassesses imaginables.

Campagnes électorales, tromperie assurée

Pour ceux qui se présentent les enjeux sont énormes. Se maintenir au pouvoir ou le reconquérir est pour les partis qui alternent aux commandes du pays un enjeu majeur. L'alternance qu'on dit démocratique est le fruit des échecs ou des succès stratégiques des état-majors de campagne. Pour les autres il s'agit de se placer en position de faire un jour partie du jeu des premiers ou d'acquérir une notoriété qui donne le sentiment d'exister et de compter.

Pour arriver à leurs fins, les uns et les autres vendent leur soupe. Beaux discours, slogans tonitruants, enfumage, démagogie, tout est bon pour s'attirer les faveurs d'un électorat qui se complaît dans la délégation totale de l'action politique. Ceux et celles qui sous-traitent la gestion de la chose publique (la Res Publica) en ont pour leur implication. Pas de mandat clair, donc pas de contrôle, toutes les conditions sont réunies pour se faire arnaquer : c'est la tromperie assurée.

Les élections, étouffoir du mouvement social

Lorsque le gouvernement Fillon a mis en place sa dernière réforme des retraites, des millions de salarié·e·s ont exprimé leur rejet massif de ce recul social majeur dont on n'a pas fini de mesurer les conséquences. Toutes et tous rejetaient une réforme profondément injuste et antisociale. Le gouvernement refusant de céder à la pression populaire, on était en droit de s'attendre à ce que le mouvement se durcisse. La suite a montré rapidement qu'il n'en serait rien.

Une grande majorité de ceux et celles qui sont partie prenante de ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement social, a choisit une fois de plus de s'en remettre à la prochaine échéance électorale. On allait « dégager Sarkozy », ils allaient voir ce qu'ils allaient voir aux élections présidentielles. Ce mouvement là s'est donc arrêté en attendant le prochain Président. On connaît la suite, une nouvelle réforme a entériné les précédentes, le patronat a obtenu des cadeaux comme il n'en avait pas eu depuis les précédents passages de la gauche au pouvoir. Le mouvement social n'a pas bronché, comme étouffé par les promesses électorales qu'il s'était fait tout seul.

L’électoralisme, cercueil des illusions démocratiques

Le système représentatif est présenté par ses partisans comme la forme achevée de la démocratie. Des générations de sociaux-démocrates se succèdent pour marteler sans cesse le même dogme : il n’y a pas de progrès possible sans recours à la représentation parlementaire. Depuis plus d’un siècle les partis communistes et socialistes de tous les pays ont conduit le mouvement ouvrier dans l’impasse du parlementarisme. Le résultat, on le connaît : désillusions, déprime, résignation, désespoir, montée de l’extrême droite et des intégrismes religieux. Les tragiques expériences communistes autoritaires ont fait le lit du capitalisme triomphant. Les pitoyables bilans de l’ex-URSS et de la Chine de Mao sont là : l’idée même de Révolution sociale a été discréditée pour longtemps. Exit les communistes, il nous reste les partis de gauche qui ont tous enterré tout espoir de transformation radicale de la société : la stratégie de conquête du pouvoir par les élections implique en effet de renoncer à tout ce qui peut fâcher ou effrayer l’électorat. L’alternance crée une connivence qui enterre définitivement toute possibilité de changement en profondeur. L’électoralisme est véritablement le cercueil des illusions démocratiques...

Agir au lieu d'élire

Pour nous, anarchistes, il est clair que tant que le mouvement social continuera à s’en remettre au système électoral, la porte vers la construction d’un autre futur restera fermée. Pour autant il y a bien des raisons d’espérer des jours meilleurs. Face à l’adversité, face à l’austérité, nombreux sont celles et ceux qui s’organisent autrement qu’en se soumettant à la loi du marché.

Plus que jamais la nécessité de la révolution sociale reste d’actualité pour en finir avec la barbarie capitaliste, l’État et ses serviteurs ne peuvent pas et ne veulent pas être les instruments de l’émancipation individuelle et sociale.

Partout des luttes émergent et se développent pour se loger, se nourrir, s’habiller, se déplacer, défendre les libertés individuelles et collectives, se cultiver, s’aimer librement… C’est sur leur base que pourront se développer des luttes populaires et autonomes contre le pouvoir de l’État organisateur, serviteur d’une minorité de nantis qui nous tondent la laine sur le dos.

Ce sont ces luttes quotidiennes qui peuvent permettre de construire des résistances solides et durables face à la domination sans limites des exploiteurs de tous poils et de toutes nationalités.

Pour satisfaire les besoins de la population et répondre à la crise économique et sociale, nous proposons une société sans classes et sans État, en mettant fin à la propriété individuelle des moyens de production et d'échange, afin de se débarrasser des inégalités et de l'exploitation. Nous proposons une organisation sociale basée sur l'autogestion généralisée de la société et le fédéralisme libertaire pour répondre aux crises politiques et écologiques.

Il s'agit ainsi de garantir l'égalité politique effective et de mettre fin définitivement aux inégalités économiques et sociales ainsi qu’à tous les systèmes de domination.

 

 

JV, groupe Albert Camus, Toulouse novembre 2013