jeu 8 octobre 2015

L'affaire Tefal : une illustration de la lutte des classes

RL
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Des droits rognés, du service public au rabais, quelques pressions hiérarchiques, quelques pressions patronales, une bonne dose de justice de classe... On mélange le tout et on obtient la petite tambouille locale de Tefal. Le 16 octobre 2015 à Annecy, un salarié et une inspectrice du travail seront jugé·e·s au tribunal correctionnel pour vol et recel de documents appartenant à l'entreprise Tefal. Un sale coup vu le fonctionnement de cette entreprise et la collusion d'acteurs locaux au détriment de l'intérêt des travailleur·se·s. Immersion dans le monde capitaliste...

Origine de l'affaire

Au départ, les syndicats de salarié·e·s de l'entreprise Tefal, située à Rumilly (74), contactent l'inspection du travail. Plusieurs faits sont en cause, comme des accidents du travail, l'aménagement de la durée du travail, ou encore le non-respect des règles relatives à l'arrêt maladie. Du coup, une inspectrice du travail effectue un contrôle dans cette entreprise.
Mais la direction de la boîte n'apprécie pas qu'on fourre son nez dans ses affaires fumeuses, et va donc avoir recours à la pression.


Des pressions exercées...


La direction de Tefal va prendre conseil auprès du Medef, syndicat patronal. Elle va rencontrer un membre de la direction de la DIRECCTE❶. Le patronat ne demande pas moins qu'un changement d'affectation de l'agente. En parallèle, il tente d'obtenir le soutien de la préfecture. Après une rencontre entre une autre huile de la DIRECCTE et la direction de Tefal, l'inspectrice est sèchement désavouée par sa hiérarchie. Il lui est reproché, en gros, de faire correctement son boulot et, par conséquent, de défendre l'intérêt des travailleurs et travailleuses. À la suite de cette violence psychologique, l'inspectrice du travail est placée en arrêt maladie.


… et dévoilées


Cependant, un salarié de Tefal transmet à l'inspectrice des documents démontrant les pressions qu'elle a subies. Face au blocage et à l'inertie que lui oppose sa hiérarchie, l'inspectrice du travail saisit alors le Conseil national de l'inspection du travail (CNIT). Ce dernier lui donne raison. Il reconnaît une atteinte à l'indépendance de cette personne et tacle au passage sa hiérarchie. L'affaire reprend son cours.


Justice de classe...


L'inspectrice dresse un procès-verbal, peut enfin mener ses enquêtes, et transmet les éléments en sa possession au procureur de la république du tribunal d'Annecy. Mais la direction de Tefal n'entend pas se laisser condamner pour non-respect du droit du travail. Elle dépose plainte contre le salarié et l'inspectrice qui ont osé mettre la main sur ses documents internes et les retourner contre elle. Et que fait le proc' ? Il décide de poursuivre le lanceur d'alerte et l'inspectrice, mais pas Tefal, bien sûr !


… en société capitaliste


Ce magistrat ne s'arrête pas là : il démontre qu'il est complètement acquis aux idées libérales et antisyndicales. Il a notamment cautionné les pressions de la direction de Tefal en affirmant que l' « on vit dans un monde d'influence et de communication ». Il s'en prend à l'inspection du travail, une institution où selon lui il faudrait « faire le ménage », parmi les agent·e·s. D'ailleurs, il estime que le problème vient des syndicats : les inspecteurs et inspectrices « ne devraient pas pouvoir se syndiquer »❷ ! Classe contre classe !
Mais la résistance s'organise, plusieurs organisations syndicales (CNT, CGT, Solidaires...) organisent la riposte depuis plusieurs mois. Avec par exemple une première mobilisation très réussie, où plus de 500 personnes se sont rassemblées devant le tribunal d'Annecy le 5 juin pour une première audience, démontrant au patronat qu'on ne lâchera rien et que sa volonté d'étouffer l'affaire n'a pas fonctionné. La suite reste à écrire, une nouvelle mobilisation est prévue le vendredi 16 octobre à Annecy, toujours devant le tribunal, à l'occasion du report de l'audience. Nous avons l'intime conviction que cette mobilisation doit porter ses fruits, que l'inspectrice n'a fait que son travail en acceptant les documents que le salarié lanceur d'alerte lui a fournis. Nous vivons dans un système où ce sont les lanceuses et lanceurs d'alertes et ceux et celles qui les amplifient qui sont poursuivi·e·s par le patronat alors que c'est lui-même qui impose son ordre, sa division et sa justice de classe. Contre cela nous opposons la lutte des classes, la solidarité entre tous et toutes les opprimé·e·s, qu'ils ou elles soient salarié·e·s, privé·e·s d'emploi ou précaires, et exigeons que la direction de Tefal soit sanctionnée lourdement pour ses manœuvres d’intimidations et pour le non-respect des droits élémentaires des travailleuses et travailleurs.

Groupe de Haute-Savoie

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❶ Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.
❷ Propos qu'on peut retrouver dans l'Humanité du 2/06/15.