mar 7 avril 2015

Grèce, un seul vrai dilemme : capitalisme ou révolution sociale !

CGA

Alors que nous bouclons ce journal, la Grèce s’apprête à faire entrer le parti Syriza (à peu près l'équivalent du Front de Gauche en France) dans… le cercle infernal des autoritaires qui gouvernent. Pour nous, loin de résoudre les problèmes des travailleuses et travailleurs grec·que·s, l'élection de Syriza aux législatives ne fait que renforcer l'illusion qu'un changement est possible par les urnes.


Quand bien même Syriza parvenait à former une coalition lui permettant de gouverner le pays, ce parti se retrouvera dans tous les cas à jongler pour conserver les faveurs des franges les plus modérées de cette coalition, sera confronté à la dictature de la Troïka pour bloquera toute réforme pouvant aller dans un bon sens et n'osera jamais rompre avec les racines du problème grec : au-delà de la dette, le capitalisme et l'exploitation de la majorité par une minorité.


Le calme avant une nouvelle tempête ?


Depuis 2012 et la montée fulgurante de Syriza, le mouvement social est quasiment réduit au mutisme, tout le monde espérant voir quelque chose arriver quand ce parti sera au pouvoir. Un très fort attentisme se ressent dans les villes d'Athènes et de Thessalonique, alors même que nous nous étions habitué·e·s à les voir pleines de barricades, de manifestant·e·s harcelant les lignes policières, de joie et d'expérimentations.  Même certaines franges du mouvement anti-autoritaire grec s'étaient demandées en juin 2012 si une campagne contre le vote était judicieuse et quelques camarades sont allé·e·s donner leur voix à la gauche électoraliste. Mais il semble qu'ils/elles en soient revenu·e·s : il n'y a pas grand-chose à attendre de ce parti mais il y a beaucoup à construire pour rebondir une fois les promesses enterrées et l'illusion électorale passée. Tout le monde est sur le qui-vive et les langues sont bien pendues, non pas pour le 25 janvier et le champagne de gauche qui va couler mais pour l'alcool des cocktails Molotov dans les mois qui doivent suivre.


Non, nos espoirs en Grèce ne reposent définitivement pas sur les épaules des électoralistes de gauche qui détruiront comme toujours les aspirations au changement des classes populaires, mais sur les nombreux réseaux d'entraide, de solidarité et de résistance qui se sont formés un peu partout en Grèce depuis le début de la crise. Nous mettons nos espoirs sur le dynamisme et la force des groupements révolutionnaires et en particulier sur les actions de nos camarades anarchistes. La récente mobilisation pour soutenir les prisonniers anarchistes en grève de la faim (Nikos Romanos notamment) l'a montré : le mouvement anarchiste est en mesure de mettre les gens dans la rue et de faire plier les gouvernants. Ce n'est que par un sursaut populaire après l'élection à venir de Syriza, par des manifestations de rue comme celles de décembre 2008, qui uniront les forces anarchistes au reste des exploité·e·s, que nous pouvons voir venir le changement en Grèce et, par ricochets, dans le reste de l'Union Européenne.


Nous sommes et serons donc particulièrement attentives et attentifs à la situation politique et sociale de ce pays pour ces raisons. Nous relayons ici un tract de nos camarades de Patras, 3ème ville du pays, qui nous semble juste dans la situation sur place.

Guillaume (RP) et Giorgos (Montpellier)

 

 

Face au dilemme :
Capitalisme totalitaire ou capitalisme a visage humain…
JE NE VOTE PAS.



« Parce que je veux vivre libre maintenant. Et cette liberté qui est la mienne, il est impossible qu'elle me soit accordée par aucun de ces opportunistes rusés qui n'arrêtent pas de dire : "nous décidons et nous commandons". C'est pour cette raison que "je décide et commande" moi aussi, mais pour moi-même. Je leur impose la liberté à travers ma forme d'organisation, celle-ci étant dénuée de méchanceté et de vice. J'ai la conviction que si tous les ouvriers réfléchissent ainsi et aboutissent à la même conclusion que moi, nous ne tarderons pas à goûter aux bons plaisirs et aux résultats fructueux de nos formes d'organisations libres et débarrassées de toute la pourriture politicienne. »
Stavros Kouhtsoglou, journal "Défense", n° 210, le 2 Novembre 1920.


Les élections en tant qu'institution ont été créées justement pour servir le système bourgeois et ses propres intérêts. A travers un processus de participation soi-disant égalitaire entre les riches et les pauvres, on répond à la question de savoir qui sera l'honteuse minorité à qui reviendra la gestion politique de l’État, le privilège de diriger l'énorme majorité sociale et d'assurer par la même les intérêts d'Etat et ceux des exploiteurs légaux de la base sociale (les patrons) ? Pour le dire rapidement, la gestion de la production, du travail, de l'éducation, de la santé et de toutes les activités qui constituent ce que nous appelons la vie sociale, passe dans les mains d'une élite qui limite, façonne, légitime et délégitime à sa guise les conditions de fonctionnement de l'ensemble de la société, sans que celle-ci n'ait voix au chapitre.


Dans la situation sociale et politique actuelle, les élections sont comme une soupape de décompression pour un système politique et économique déjà en faillite, qui tente de prolonger sa fin de vie en s'attelant à l'élaboration de traités de paix sociale.
D'une part, c'est l'occasion de restructurer le bloc de droite-fasciste qui domine le pays depuis ces dernières années et qui a établi des conditions de véritable misère, de soumission et de répression pour la grande majorité de la société ; c'est l'occasion de la réapparition de ce bloc d'ici quelques années afin d'appliquer des méthodes de gestion encore plus totalitaires, anéantissant ainsi ce qui n'a pas encore été ruiné.


D'autre part, c'est l'occasion pour la gauche réformiste et institutionnelle de capitaliser sur les luttes des années précédentes. Celle-ci entrave le développement d'un mouvement social et de classe combatif, en élaborant les conditions de la paix sociale et de classe, en retirant tout le sens du mot auto-organisation et en faisant la promotion de l'interclassisme. En réalité, à travers une proposition de gestion alternative de la crise capitaliste, on tente de trouver une nouvelle façon de poursuivre l'attaque capitaliste, avec le moins de chocs possible. Cependant, il s'agit d'une proposition qui, tôt ou tard, est vouée à l'échec. Car, de nos jours, la crise est si profonde que ni le retour au modèle de l'État-providence des décennies précédentes, ni l'aménagement de l'attaque globale capitaliste est possible.


Dans ce contexte, en ce qui concerne la société et ses propres résistances, il n'y a que deux options :
- d'abord, il y a l'option de l'attente face au nouvel environnement politique qui est en train de se construire. Cela se traduirait par la désorganisation, le repli et le recul du mouvement social et de classe, et aurait des conséquences imprévisibles quant à sa capacité de restructuration et d'offensive ;
- deuxièmement, il y a la possibilité de poursuivre l'intensification et l'élargissement des luttes sociales et de classe, sans illusions sur l'humanisation de ce système qui génère la pauvreté et la mort, loin des "sauveteurs" et des gestionnaires de la rage sociale. Il y a le choix de l'auto-organisation sociale, de la prise de conscience du fait que, à part nous mêmes, personne ne peut lutter pour défendre nos intérêts. Il y a la tentative de connexion et de radicalisation des luttes "d'en bas" en vue de construire un projet plus cohérent qui viserait au renversement total du système existant et qui chercherait à mettre en œuvre le processus complexe et permanent de la transformation sociale et de la révolution sociale.
Alors que ce processus est stigmatisé par ses ennemis comme utopique, en vérité il s'agit de la seule proposition réaliste quant à l'organisation et gestion de la ville, de la commune, du travail et de la vie publique par la société même et par ses propres institutions. Ceci à travers la création de structures horizontales, collectives et anti-hiérarchiques, comme des conseils ouvriers, des assemblées populaires et des communes libertaires qui promeuvent sans cesse l’émancipation sociale, la création de rapports de solidarité et d'entraide, la vie en collectivité et qui seront nourris par la révolution autant qu'ils la nourriront en la renforçant et en la faisant évoluer.


Contre la barbarie du capitalisme et de l’État qui ne peuvent promettre que la perpétuation de l'exploitation et de l'oppression. Contre la soumission, la misère, le cannibalisme et la fascisation sociale imposés par les dirigeants, le seul espoir aujourd'hui est de suivre le chemin de la lutte, de l'auto-organisation et de la solidarité, sans illusions sur l'aménagement du système actuel. La seule issue est l'organisation sociale, politique et de classe, le renforcement et l'amélioration des luttes horizontales, radicales et collectives dans les quartiers, dans les lieux de travail, dans les écoles et les facultés, dans la rue. L'unique perspective d'émancipation est la lutte pour la révolution sociale, afin de créer une société d'égalité, de solidarité, de justice et de liberté.

 



NOUS VOTONS LA COLLECTIVISATION, LA RESISTANCE, L'AUTO-ORGANISATION !
POUR LA REVOLUTION SOCIALE, LE COMMUNISME ET L'ANARCHIE !

 

 



AG d'anarchistes pour la riposte sociale et de classe.
Patras, janvier 2015 | saktapatra.wordpress.com