mar 7 avril 2015

Grands projets inutiles et imposés : le barrage de Sivens

CGA

Un peu partout en France, les grandes entreprises tentent de bétonner chaque jour un peu plus notre environnement, dans la simple perspective d’intérêts privés. Pourtant quelque un·e·s se dressent contre leurs profits destructeurs, subissant les violences de l’État policier et répressif.


Le projet du barrage de Sivens


Depuis 1989 le projet d’un barrage dans la forêt de Sivens fait débat. Rangé dans les cartons, puis ressorti en 2007 devant la nécessité d’irrigation des  cultures intensives, l’eau de ce barrage est  en effet destinée à 70 % pour l'irrigation  du maïs d’une vingtaine de fermes   aux pratiques agricoles peu respectueuses de l’environnement, et à 30 % pour le soutien d’étiage, c'est-à-dire la dilution des polluants. Le projet rencontre de nombreuses contestations car il faut dire que le site choisi n’est pas non plus anodin : une zone humide, la dernière d’importance du Tarn. C’est (c’était) 12 hectares d’une magnifique forêt, traversé par le Tescou, abritant 94 espèces protégées.


Mais quels sont les intérêts de la sauvegarde d’une zone humide ? Elles ont la capacité de stocker et de restituer d’importantes quantités d’eau. Elles contribuent aussi à l’atténuation des crues, préviennent des inondations et participent au ralentissement du changement climatique. Mais se sont aussi les zones les plus riches en espèces terrestres et marines. Représentant 3 % du territoire Français, elles contiennent un tiers des espèces végétales menacées ainsi que la moitié des oiseaux dans le même cas. Au cours du XXème siècle c’est 67 % d’entre elles qui ont disparues.


Pour la destruction de celle de Sivens on peut désormais remercier la Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG), entreprise semi-publique gérée par des élus, qui se vantent de ses « dispositifs de protection » des milieux humides. C’est cette dernière qui a participé à l'étude recommandant la construction du barrage, puis voté en sa faveur, accordé son  financement, et enfin dirige la réalisation du projet. Alors en difficulté économique, la CACG maintient son projet malgré les nouvelles normes écologiques plus strictes qui rendent le barrage inutile. Étant payé au pourcentage, plus les travaux coûtent cher, plus elle est gagnante. Avec un coût de 10 millions d’euros d’argent public, la CACG s’en met à coup sûr plein les poches. Le débat est inexistant entre les principaux promoteurs, comme Mr Carcenac, président du conseil général du Tarn et les opposant·e·s. C’est une réelle négation de la « démocratie ».


ZAD et résistance


L’entreprise n’avait que jusqu’au 31 mars 2014 pour commencer les travaux de déboisement, mais grâce à l’occupation de ceux que l’on appelle ZADistes, le début du chantier a pu être retardé. Les travaux ont commencés en septembre 2014. La forêt avait gagné 6 mois de vie supplémentaire. En attendant, la ZAD (Zone À Défendre) s’organise : constructions de cabanes, de barricades, de lieux de vies et plantation d’un potager. Mais le 16 mai, les CRS expulsent les habitant·e·s de la forêt. En quelques heures est détruit se qui avait mit des mois à être construit. Malgré cela, la détermination des résistant·e·s  n’est pas vaincue, et un appel à mobilisation est lancé en Août.
Alors que le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie demande un rapport d'évaluation du projet en septembre 2014, le 1er du même mois, les bulldozers débarquent dans la forêt de Sivens, accompagnés des gendarmes mobiles et autres CRS. Les résistant·e·s tentent malgré tout de s’opposer aux déboisements. Au fil des jours, la déforestation continue et la contestation est réprimée par la force. On ne compte plus les cas de violences policières : tirs de flash-ball dans le torse, gazage d’opposant·e·s pacifistes, matraquage de résistant·e·s en grève de la faim, lancers de grenades sur des militant·e·s, arrestations sans motif, destruction par le feu des affaires personnelles, vitres de voitures brisées, pneus crevés, provocations, insultes, humiliations…


Alors que la forêt est rasée, une manifestation est organisée sur la ZAD pour « enraciner la résistance » tout le long du week-end du 25 et 26 Octobre 2014. Mais alors que la mobilisation est pacifiste, la présence inutile des forces de l’ordre qui n’avaient rien à défendre hormis chiottes et compresseurs,  suscite des tensions entre manifestant·e·s et gendarmes mobiles. Vers le milieu d’après-midi les affrontements éclatent, et tournent aux lancers de pierres contre lancers de lacrymogènes et de grenades.


Après les arbres, ils abattent les Hommes.


L’affrontement se continue tard jusque dans la nuit, où les forces de l’ordre, apparemment avides d’en découdre ont lancé pas moins de 400 grenades. L’une d’elle tuera  un jeune manifestant : Rémy, 21 ans, étudiant en botanique. Les deux jours qui ont suivit ce drame ont été marqués par des manifestations à sa mémoire sur Gaillac et Albi, mais qui à cause de la présence volontairement provocatrice des CRS ont données lieu à de nouveaux affrontements. Mr Carcenac, dans son infinie sagesse a déclaré que « Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement stupide et bête. » Depuis la nuit du meurtre, il n’y a plus de présence policière sur le site.

 

Vie sur la ZAD


Le maître mot du campement est : autogestion. Chacun·e fait sa vaisselle, range ce dont il/elle s’est servi·e. Personne ne donne d’ordre ni ne passe derrière pour ranger, se qui nécessite une réelle organisation des habitant·e·s. La ZAD se décompose en plusieurs « campements » dont chacun s’occupe de sa propre gestion. Les stocks de nourritures se trouvent à la métairie en libre accès pour tou·te·s, régulièrement et généreusement alimentés par des dons aux alentours par des agriculteurs et agricultrices solidaires du mouvement, en attendant que le potager porte ses fruits et que la ZAD deviennent complètement autonome. Pour se qui est de l’hygiène, toilettes sèches et douches improvisées à l’aide de palettes et de bâches font l’affaire.


S’il est clair que tout est loin d’être parfait et que beaucoup de progrès sont encore à faire, cela reste malgré tout un lieu d’expérimentation et d’organisation d’une autre société, qui se place résolument contre le capitalisme et ses ravages.


Grands projets inutiles et imposés


Le projet du barrage de Sivens n’est pas le seul grand projet inutile et imposé. Si celui de l’aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes est bien connu, d’autres méritent d’être présentés. Ferme-usine aux milles vaches, stade, village de vacances, centre commercial, hyper incinérateur et ligne à moyenne vitesse sont les grands projets inutiles et imposés au peuple, aux conséquences écologiques, socio-économiques et humaines désastreuses. Partout, la motivation des investigateurs est la même : le profit ! On retrouve d’ailleurs souvent l’entreprise Vinci, derrière ces projets écocides. Pourtant la résistance s’organise, et un peu partout en France des ZAD fleurissent.

Damien (Groupe UAF Montpellier)

 

Texte en grande partie basé sur l'article « Pourquoi Lutter » de Théorie Anarchiste Communiste, merci à l’auteur [http://theorie.anarchiste-communiste.over-blog.com/article-pourquoi-lutter-57654232.html]

FARJ, Anarchisme social et organisation. Braséro Social, 2013, 306 pages.
[http://www.anarkismo.net/article/23573]

Malatesta, « L'organisation »
[http://kropot.free.fr/Malatesta-organisation.htm#II]
 
Coordination Lucien Collonges (collectif), Autogestion hier, aujourd’hui, demain. Editions Syllepse, 2010, 695 pages.
 
Gaetano Manfredonia, Histoire mondiale de l’anarchie. Coédition Textuel et Arte Éditions, 2014, 288 pages.
 
Textes « Qu’est-ce que la CGA » [http://c-g-a.org/content/quest-ce-que-la-cga-0] et « Les principes et fonctionnements de la CGA » [http://www.c-g-a.org/sites/default/files/positions_politiques_de_la_cga.pdf]