dim 12 janvier 2014

Éducation, soumission... Émancipation !

IAL

Sept heures du matin, le réveil sonne... Préparation rapide, et nous voilà déjà au lycée, au collège, pour suivre les leçons de la journée... Mais quelles leçons ?

Car l'éducation, au-delà de l'avancée considérable qu'elle représente par rapport au siècle dernier, est aussi l'outil utilisé par l'Etat pour inculquer aux jeunes les valeurs du système capitaliste. Apprentissage de la soumission, déformation de l'histoire... Tout est fait pour que les jeunes ne développent pas un esprit critique en dehors des marges accordées et apportées par ce qu'est le système scolaire aujourd'hui. Il ne s'agit pas ici de critiquer le travail du personnel d'éducation qui, souvent, fait de son mieux avec ce qui est imposé par le ministère. Mais c'est un fait incontestable, l'éducation française est au service du capitalisme. 

D'abord, parce que dès l'enfance on nous apprend la soumission : la soumission à l'individu, aux règles, aux normes... Le/la professeur·e, d'abord appelé·e « Maître » ou « Maîtresse » incarne la hiérarchie toute puissante. Enfant, l'élève tremble devant le Maître ou la Maîtresse aux pouvoirs démesurés et indiscutables. Sa soumission se fait à tous les niveaux : d'abord, il/elle doit et devra jusqu'à la fin de scolarité vouvoyer le ou la professeur·e qui pourra, en retour, le tutoyer. Il/elle devra rester debout tant que le/la professeur·e ne donne pas l'ordre de s'asseoir,  devra se lever à l'entrée du ou de la directeur·rice, principal·e, proviseur·e... L'apprentissage selon le système éducatif prend aussi la forme de la punition. Plutôt que de chercher, dès l'enfance, à responsabiliser l'élève, on lui apprend à obéir selon la carotte et le bâton. Le bâton pour les punitions, les colles... Et la carotte pour la notation. Nous y reviendrons plus tard. À l'école, c'est donc la peur du Maître ou de la Maîtresse. Au collège, la peur des pion·ne·s, des CPE et de toute la hiérarchie scolaire qui donne l'impression à l'élève de n'être qu'une pièce à assembler dans une immense machine, de n'être que quelqu'un·e qui doit « rentrer dans le moule ». Au lycée, c'est la crainte d'échouer au bac et de « rater sa vie » comme on aime le répéter à l'élève.  

Parce que c'est là que réside le fond même de la soumission scolaire. L'éducation n'a pas pour objectif d'aider l'élève à s'épanouir dans son individualité, mais bien à le faire s'insérer dans la société capitaliste. Dès son plus jeune âge, on lui apprend à voir le travail comme le but ultime de sa scolarité. « Tu veux faire quoi quand tu seras plus grand ? » est la question qui revient le plus souvent. D'abord, de l'adulte à l'enfant, mais plus pernicieux, et c'est la qu'on se rend compte que les valeurs du système trouvent dans l'esprit des marmots un bon terrain où s'installer, d'enfant à enfant. Le travail est mis comme objectif, comme fin de notre vie. Trouver un emploi, une place dans les rouages de la société capitaliste est alors le but de la toute la scolarité. On nous apprend dès l'enfance à voir notre vie entière uniquement centrée autour du travail. L'enfant n'est plus un individu qui se construit dans toute sa complexité, c'est un·e futur·e travailleur·se. Les loisirs, les relations sociales sont reléguées au second plan, comme si il ne s'agissait que de vagues bonus au travail régissant toute notre vie. On nous apprend même que la recherche du bonheur passe par le travail, que c'est lui qui nous rendra heureux, nous permettra de nous « émanciper », de nous rendre « autonome ». La bonne blague. Il n'est pas de vie possible sans accepter de se vendre à un patron ou à l'Etat. Il faut se soumettre à cette réalité, dans l'espoir de monter un jour en écrasant les autres. L'apprentissage de la concurrence commence dès l'école. Ne nous y trompons pas, l'éducation n'est rien d'autre que l'instruction des valeurs du système capitalistes aux jeunes générations : par la notation, on apprend aux jeunes à être évalué·e·s. Par les concours, qu'ils/elles ne peuvent rien sans être conformes à la norme... 

Quant au programme en lui-même, il ne vaut guère mieux. Toute période de l'Histoire un tant soit peu subversive est rayée ou caricaturée.. On aura beau chercher, on ne trouvera pas la moindre trace de la commune de Paris, de la révolte des Canuts... La page unique concernant la Guerre d'Espagne n'évoque ni anarchistes ni syndicats. D'ailleurs, les anarchistes ne sont évoqué·e·s qu'à une seule occasion : l'assassinat de Sadi Carnot. En une phrase de « définition », l'anarchisme devient un « courant révolutionnaire prônant le renversement du pouvoir de la bourgeoisie par la violence ». Mais les communistes, s'ils/elles ne sont pas oublié·e·s (loin de là), ne connaissent guère un sort plus enviable. Le communisme est résumé à l'URSS et à la dictature du prolétariat, confortant la société capitaliste dans un rôle de « gentils » de l'Histoire. 

Sans parler de la prétendue « démocratie » que l'on nous vend au lycée. À travers quelques institutions telles que le Conseil de Vie Lycéen et ses niveaux supérieurs (CAVL, CNVL...), on donne l'impression de se soucier de la parole des lycéens et lycéennes dans leur établissement. Mais honnêtement, tous ces postes ne servent à rien d'autre qu'à donner bonne conscience au système et à étouffer dans l'oeuf les possibles revendications des lycéens et lycéennes. 

Mais il n'y a au final rien d'étonnant ou de choquant à ce que la société capitaliste cherche à se préserver à travers son système pédagogique. Il nous appartient donc à nous, lycéens, lycéennes, et toute personne consciente de réinventer l'éducation. Plutôt que d'être une sorte d'« usine à adultes » créant de futur·e·s travailleur·se·s, les établissements scolaires pourraient être des lieux de partage de savoir, de recherche... L'éducation n'aurait plus alors pour but d'apprendre, mais de donner le goût de l'apprentissage à tou·te·s. Chacun·e pourrait alors se concentrer sur ce qui lui plaît, et s'émanciper réellement par la culture et la connaissance. L'établissement scolaire, alors, serait géré par toutes et tous sans distinction entre ceux/celles venu·e·s apprendre et ceux/celles venu·e·s pour diffuser leurs savoirs. Alors, l'école ne serait plus l'école, le collège le collège et le lycée le lycée, mais notre école, notre collège, notre lycée. Mais ne soyons pas dupes, si ce genre d'expériences est toléré dans quelques établissements, à l'image du Lycée Autogéré de Paris ou du Lycée Expérimental de Saint Nazaire, un tel système éducatif ne sera pas possible à grande échelle sous le capitalisme. Pour mettre en place cette éducation, basée non sur la productivité future de l'être humain mais sur l'individualité propre à chacun et chacune, il faudra une révolution sociale d'ampleur dans tous les secteurs de la société. Remettre l'individu au centre, faire de la liberté autre chose qu'un vain mot... Organiser l'Anarchie.

 

 

Groupe de Mâcon