dim 12 janvier 2014

Édito

IAL

Le jeudi 28 novembre, on nous a annoncé la baisse du chômage. La subtilité consiste à ne compter que les chômeur·se·s de catégorie A (sans activité), car le chômage globalement n'a pas baissé... On nous a fait une première fois le coup de la fameuse « inversion de la courbe du chômage » au mois d'août. Depuis on sait ce qu'il en était. Non, nous ne sommes pas sorti·e·s de la crise dont les capitalistes sont responsables…

Pour comprendre ses conséquences, nous aurons dans ce numéro un éclairage sur la situation en Grèce où là aussi, contrairement aux annonces, les choses ne vont pas vraiment mieux…

La régression sociale nourrit la montée du fascisme, l'exemple grec illustre parfaitement cela. Heureusement, face à ce péril, des résistances s'organisent. En France, les mêmes causes produisent évidemment les mêmes effets. Malgré la saine mais trop fugace et isolée réaction des lycéen·n·es pour s'opposer aux expulsions de leurs camarades étranger·e·s, le discours désignant les immigré·e·s comme responsables des difficultés sociales, gagne du terrain. Il est urgent de ne pas nous laisser diviser entre exploité·e·s pour nous unir face aux tenants du système. L'article sur la lutte des personnes sans-papiers de Clermont-Ferrand montre la voie à suivre… et les obstacles à éviter. Pour cela, il est nécessaire de donner une dimension libertaire, anti-capitaliste et anti-étatique à la lutte antifasciste. C'est la démarche de la campagne libertaire antifasciste dont sont pour l'instant parties prenantes notre organisation et Alternative Libertaire.

Toujours en Grèce, la situation des universités est catastrophique, elle fait complètement écho à la situation en France où l'application de la loi Fioraso (qui reprend et aggrave les régressions subies par la LRU sous Sarkozy) fait sentir ses effets : des facs sans moyens financiers qui ont recours aux investissements privés, des filières « non rentables » sacrifiées, bref une université taillée sur-mesure pour les intérêts patronaux à mille lieues des conceptions émancipatrices de l'éducation. Les tenants du système veulent former des individus sans esprit critique pour faire tenir ce système inique et absurde. Mais des résistances émergent, comme nous le verrons dans l'article sur ce sujet.

De décervelage, il en sera encore question dans l'article consacré au publisexisme. Celui-ci décrit un phénomène où sont totalement imbriquées dominations capitalistes et patriarcales. Phénomène révélateur de la position de domination dans laquelle sont mises les femmes, les personnes LGBT (lesbiennes, gays, bi·e·s, trans) et toutes les personnes qui ne correspondent pas aux morpho-types véhiculés par la publicité. En triste résonance à cet article, les chiffres des violences faites aux femmes en France pour 2013 ont été divulgués et l'augmentation est d'environ 30 % pour 2013… Et dire que les médias répercutent les discours masculinistes qui prétendent que les conquêtes féministes sont allées trop loin...

Consommer sans savoir pourquoi, sans évaluer et questionner nos besoins, voilà bien des aliénations avec lesquelles il faudra également rompre pour changer radicalement de système social. De plus, si les questions environnementales ne sont plus à la mode chez les politicien·ne·s, crise oblige, les problèmes restent. A Varsovie, la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques n'a abouti sur rien, les organisations non gouvernementales ont même quitté cette réunion pour ne pas cautionner la mascarade. Comment pourrait-il en être autrement, comment peut-on penser que les représentant·e·s des Etats garant·e·s des intérêts de la bourgeoisie peuvent s’attaquer réellement aux questions écologiques ? Le capitalisme a besoin d'une croissance continue et infinie ce qui est inconciliable avec les préoccupations écologiques. L'irrationalité du capitalisme s'illustre parfaitement à travers la question du nucléaire dont il sera question dans notre journal.

Misère, inégalités, fascisme, menaces environnementales, oppressions en tout genre, voilà une liste loin d'être exhaustive montrant la nécessité de changer radicalement les bases de notre société. Force est de constater que les élections en général et les municipales en particulier paraissent bien dérisoires face à ces maux. Et pourtant l'attention médiatique sera braquée sur elles dans les mois à venir. Pire, des personnes sincèrement excédées mettront de l'énergie dans la cause électoraliste… en pure perte. Énergie qu'il faudrait mettre dans la construction d'un mouvement massif sur des bases émancipatrices, car à l'heure actuelle les mobilisations avec bonnets rouges aux relents poujadistes où patrons et exploité·e·s manifestent ensemble émergent.

Énergie qu'il faut mettre pour convaincre le plus grand nombre d'agir pour un changement révolutionnaire. Car c'est sur des bases autogestionnaires, de contrôle direct de l'économie et des décisions politiques, que nous pourrons construire ensemble notre émancipation, une société débarrassée des dominations économiques, patriarcales et racistes. C'est à la construction et à la popularisation du projet économique communiste libertaire que nous devons nous atteler. Car pour se battre encore faut-il savoir pourquoi, quelle direction prendre. Dans cet état d'esprit, une réflexion sur la place que pourrait (ou non) prendre l'argent en société libertaire est amorcée dans ce numéro.