dim 15 novembre 2015

Défendons le syndicalisme et l'inspection du travail !

CGA
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Près de 1000 personnes ont répondu à l'appel au soutien en se rassemblant devant le tribunal d'Annecy le 16 octobre dernier. Pendant cette importante mobilisation, l'Inspection du travail et l'organisation syndicale sont passées à la casserole. Non à la justice de classe !

 

Une histoire de paperasse

 

En ce 16 octobre 2015 s'est tenue une audience dans le cadre de ce qu'on appelle « l'affaire Tefal ». Pour rappel, deux personnes sont poursuivies par l'entreprise Tefal de Rumilly (Haute-Savoie) : une inspectrice du travail et un lanceur d'alerte (salarié licencié de Tefal). Juridiquement il leur est reproché le vol et le recel de documents internes ainsi que la violation du secret professionnel. Des documents qui prouvent l'entente entre le patronat et la direction de l'inspection du travail visant à se débarrasser de cette inspectrice. Nous étions environ 1000 à apporter notre soutien et à revendiquer l'arrêt des poursuites.

Un rassemblement qui a la classe

Alors que les choses se mettent en place à l'intérieur du bâtiment censé rendre la « justice », un spectacle inhabituel commence dehors. Certes, il y a les stands des syndicats pour répondre aux besoins physiologiques (bouffe, boisson) et intellectuels (tracts, journaux, brochures) des personnes présentes. D'ailleurs nous avons pu présenter le matériel militant de la CGA grâce à la table de la CNT (Confédération Nationale du Travail), un syndicat avec qui nous coopérons bien. Certes, il y a de la sono pour se faire entendre. Certes, il y a un petit échafaudage servant d'estrade pour rendre visibles les prises de paroles. Mais l'échafaudage n'a pas servi qu'à ça.

Deux procès pour le prix d'un

L'esplanade située devant le tribunal est transformée en salle d'audience à ciel ouvert. Un groupe d'acteurs et actrices, le LACSE (Laboratoire d'Artistes Créateurs Sympathiques et Engagés), demande le silence. Les militant·e·s s'approchent, face à la scène. Les acteurs et actrices commencent alors leur représentation intitulée « L'Autre procès ». Les noms des protagonistes et le rappel des faits nous sont familiers. Ce faux procès ressemble étrangement au vrai, en beaucoup plus drôle. Les acteurs et actrices réalisent ici une belle prestation politique, qui réchauffe les cœurs et les corps en cette froide après-midi.

Le vrai procès pas drôle du tout

Par contre, le vrai procès qui se tient au vrai tribunal avec les vraies personnes concernées tourne au vinaigre. Au point qu'on en arrive à se demander lequel de ces deux procès a été la caricature de l'autre. Alors que les manifestant·e·s espèrent qu'une justice indépendante est encore possible et veulent croire que la relaxe des accusé·e·s ne peut être que la seule issue, dans la salle d'audience se déroule le jeu d'une caste contre le lanceur d'alerte et surtout contre l'inspectrice. Celle-ci est purement et simplement harcelée pendant plus d'1h30 sur sa manière de travailler, alors qu'elle n'a agi que dans le cadre légal de son travail. Le procureur l'accuse d'avoir eu de la compassion pour les salarié·e·s de l'entreprise Tefal, d'avoir transmis des documents « confidentiels » à des « syndicats anarchistes et à la terre entière ». Les témoins présent·e·s dans la salle ont aussi été pris à partie par la présidente de séance et le procureur qui, ne manquant pas de complicité et de sourires réciproques jusqu'au bout, tenteront d'affaiblir les témoignages en affirmant qu'un corps comme l'Inspection du travail n'a pas à être syndiqué et n'est là que pour faire appliquer le code du travail, sans état d'âme vis-à-vis des salarié·e·s… Étrangement on retient de l'audience que ce code du travail ne s'applique pas de la même façon pour tout le monde. Car selon le procureur, dans le contexte économique actuel, « nous ne vivons pas dans un monde de bisounours ». Selon lui, l'entreprise Tefal, fleuron de l'industrie française, ne mérite pas un tel battage médiatique, pas plus que l'entente flagrante dans laquelle est impliquée la direction de Tefal qui a directement pris contact avec les renseignements généraux et la direction de l'inspection du travail pour faire cesser le contrôle du respect du droit du travail. La présidente de l'audience n'a pas vu non plus où était le problème. Elle nous a juste démontré une nouvelle fois qu'une caste dirigeante existe et applique sa propre justice, une justice de classe permettant aux dominant·e·s, aux possédant·e·s de fixer les règles du jeu capitaliste. Une justice de classe qui encourage l'exploitation des plus vulnérables qui devraient se satisfaire d'avoir un emploi, quand c'est le cas, et ne surtout pas revendiquer plus.

Si nous avons décidé de rejoindre une organisation anarchiste, c'est bien parce que nous sommes contre le système inégalitaire et injuste dans lequel nous vivons actuellement. Et parce que nous pensons que s'organiser permet de mieux lutter pour améliorer nos conditions de vie et réaliser une révolution sociale et libertaire. Pour cela, de nombreuses batailles militantes sont à mener, comme le soutien au salarié lanceur d'alerte et à l'inspectrice du travail. Car cette affaire n'est pas terminée. Le procureur a requis 5000 euros d'amende contre notre camarade inspectrice, et une amende symbolique assortie d'un éventuel sursis apparemment contre le salarié-licencié-lanceur d'alerte ; c'est trop gentil... La décision du tribunal sera rendue le 4 décembre. Quelle que soit cette décision, nous n'oublierons pas que ce sont l'inspection du travail, les syndicats et les travailleuses et travailleurs qui auront été malmené·e·s dans cette histoire. D'ici là, soyons prêt·e·s à nous mobiliser de nouveau. Que ce soit à Annecy ou ailleurs, non au cirque judiciaire ! Non à la justice de classe, non à l'exploitation et au chantage économique, oui à la justice sociale et à l'égalité réelle entre toutes et tous sans aucun pouvoir ni aucune autorité !

CGA Haute-Savoie