ven 6 décembre 2013

Déclaration des anarchistes vénézuéliens sur la mort d’Hugo Chavez

CGA

 

 

Ni deuil, ni célébration !

L’heure de l’autonomie des luttes

sociales est arrivée !

Quand s’additionnent une très grave maladie, des soins médicaux conditionnés à des décisions politiques et un malade halluciné de pouvoir, on ne pouvait qu’attendre ce dénouement : le caudillo est mort et un changement important dans la scène politique vénézuélienne est en marche.

En un instant, ce qui était la plus grande force du régime est devenu sa plus grande faiblesse : Chavez était tout et, en disparaissant, il ne reste qu’à conjurer la fidélité absolue à son souvenir, avec l’obéissance à ses dispositions pour lui succéder. Ce qui met en évidence la fragilité d’un gouvernement qui a voulu renfoncer son supposé caractère « socialiste et populaire » avec la pratique d’un culte grotesque de la personnalité, maintenant réduit à une ridicule invocation aux âmes du purgatoire. Le disparu a été lui-même l’auteur principal de cette fin. Le « secrétisme » qui entoura sa maladie était motivé par les mêmes ressorts que la centralisation extrême du pouvoir. Ce qui, par manque de cohérence idéologique interne, laisse ses suiveurs s’affrontant entre eux-mêmes pour l’héritage du commandement, avec un clair avantage pour les hauts bureaucrates (rojo-rojitos) et la caste militaire, en pleine manœuvre de négociation pour assurer l’impunité de leur corruption.

En ce qui concerne les oppositions, la droite et la social-démocratie, la nouvelle situation les surprend sans qu’elles aient digéré leur déroute aux dernières élections présidentielles et régionales, élections où elles s’étaient compromises avec des illusions exagérées sur l’offre d’un « chavismo sifrino » (chavisme de riches), promettant aux électeurs de maintenir efficacement l’emploi des instruments clientélistes qui ont tant servi à Chavez. Maintenant, cette opposition accommodante veut croire qu’une fortuite métastase a enfin mis à sa portée l’accès à ce pouvoir politique duquel ses ambitions, erreurs, paresse et incompétence l’ont éloignée pendant de longues années. Un pouvoir qu’elle exercerait avec une sottise et une ardeur prédatrice similaires à celles de la « bolibourgeoisie » chaviste.

Face à ces calculs mesquins et opportunistes, qui mettent sur le même rang le Grand Pôle Patriotique (Gran Polo Patriótico) et à l’opposition de la Table d’Unité Démocratique (Mesa de Unidad Democrática), nous sommes face à la grave situation où se trouve ce pays : inflation qui s’emballe, chômage grandissant et précarité dans le travail, dévaluation monétaire, effrayante insécurité personnelle, grave crise dans les services d’eau et d’électricité, éducation et santé, manque de logements, travaux publics obsolètes ou en exécution brouillonne, attention démagogique des besoins extrêmes des plus nécessiteux, et cetera qui même lointain n’en est pas moins néfaste.

Mais ces problèmes ne sont pas la principale préoccupation des deux groupes en lutte pour la « Silla de Miraflores » (le fauteuil présidentiel) et le butin pétrolier. C’est pourquoi notre réponse collective doit mépriser leur permanent chantage de nous demander un appui électoral en échange de solutions qui n’arrivent jamais ou qui sont ridiculement incomplètes. C’est l’heure de déborder ces oligarchies politiques pourries et de construire, par le bas, une vraie démocratie, avec égalité, justice sociale et liberté. Il faut accroître l’indignation généralisée devant la situation dont nous pâtissons, et la convertir en luttes sociales autonomes, larges et autogestionnaires. Il faut dire aux politiques du pouvoir que nous nous n’en avons pas besoin comme intermédiaires ou comme donateurs gracieux de ce que, en bas et unis, nous pouvons obtenir, sans « mains blanches » ni « bérets rouges ».

Collectif éditeur d’EL LIBERTARIO // ellibertario@nodo50.org - @pelibertario www.nodo50.org/ellibertario - periodicoellibertario.blogspot.com

7 mars 2013