ven 6 décembre 2013

Abattez le régime, bâtissez votre système révolutionnaire

CGA

 

Ce texte du mouvement socialiste révolutionnaire date de la fin janvier 2013. Il nous semble cependant d'une criante actualité pour comprendre la dynamique contre-révolutionnaire en œuvre en Afrique du nord et au proche orient, où les fascistes religieux prennent le relais des fascistes laiques pour préserver les intérêts de la bourgeoisie face à la révolte populaire, aux luttes féministes et ouvrières.

Relations internationales de la

Coordination des Groupes Anarchistes



Dans un article intitulé : « Morsi déclare la guerre au peuple », que nous avons publié le mois de décembre dernier, à la suite des événements liés à la constitution et de la décision de la hausse des prix de quelques comestibles, nous avons accusé Morsi d’avoir dirigé les milices des frères musulmans contre les manifestant·e·s et d’avoir mené la guerre économique aux classes laborieuses égyptiennes. L'analyse que nous avons faite sur Morsi n’était pas erronée : à peine instalé, il a réprimé férocement les insurgé·e·s, en utilisant les Forces de la sécurité centrale renforcées par des civils issus des rangs des fascistes religieux. Cela a été le cas pour le massacre des proches des martyrs d’Alexandrie à la place Manchia. Un bon nombre a été emprisonné sous prétexte d’accusations mensongères, parmi eux, quatre sont des membres du mouvement.

L'intensité de l’oppression s’est accentuée et a atteint son apogée lors du carnage mené par les éléments de la sécurité en complicité avec les milices à l’encontre des habitant·e·s courageux·euses de Port Said et de Suez. On ne peut comparer une telle boucherie qu’à celle menée par Bashar Al Assad contre son peuple. Dans les rues des deux villes héroïques le sang ne s’est pas arrêté de couler, un massacre qui nous rappelle ceux commis par le colonialisme, il y a plusieurs années. Sur le plan économique, le régime, client de l’impérialisme, a lancé son projet fumeux, consistant à vendre les ressources et les terres de l’Egypte aux enchères.

Le régime de Morsi a dépassé toutes les lignes rouges en ayant assassiné des citoyen·ne·s pacifiques et en ayant continué à les massacrer, en ayant livré totalement l’Egypte aux forces capitalistes. Par ailleurs, ayant été conscient de l’insuffisance des forces de sécurité pour arrêter l’insurrection du peuple, Morsi a poussé à fond son comportement scélérat en ayant donné toutes les attributions de la police à l’armée.

La légitimité du régime de Morsi s’est éteinte à jamais, son pouvoir est actuellement maintenu par la poigne de fer et la complicité des appareils officiels de l’État.

Abattre le régime de Morsi, n’est plus un choix, c’est devenu l’objectif principal de tous les mouvements populaires de libération, et pour lequel ils ont sacrifié leur vie et leur liberté.

Par conséquent :

1- Nous présentons nos témoignages de sympathie aux habitant·e·s de Suez et Port Said, nous déclarons notre solidarité avec eux et nous encourageons leur sacrifice et leur fermeté.

2- Nous déplorons tout acte de compromission avec le régime de Morsi et toute reconnaissance de celui-ci. De telles actions ne peuvent être qualifiées que de comportement traitre, nous jugeons aussi déplorable la restriction des objectifs de la révolution à un simple redressement du gouvernement.

3- Nous considérons inacceptable toute plaidoirie pour des élections sous l’égide de ce régime.

4- Nous déplorons les agressions infligées par la police à l’encontre de citoyen·ne·s, nous incitons les révolutionnaires à continuer à combattre les criminels et les voyous qui se prennent pour des forces de l’ordre, jusqu’au démantèlement de cette poignée d’assassins, appelé ministère de l’intérieur.

5- En tant que camarades de lutte, nous incitons le peuple à entreprendre ce qui suit :

a- Structurer des organisations populaires dans les quartiers et les villes, élire des délégué·e·s populaires dans des structures visant à administrer les choses localement, de manière à servir l’intérêt des masses tout en garantissant que les forces révolutionnaires soient une alternative au régime pourri de Morsi. Par ailleurs, assurer une administration populaire pouvant saper le pouvoir du système meurtrier et ainsi amener les forces populaires hésitantes du côté de la révolution.

b- S’apprêter à mettre en œuvre des réseaux, sous le contrôle des organismes populaires démocratiques, pour la distribution des articles alimentaires, du carburant et des médicaments ; ceci, pour prévenir une éventuelle hausse des prix ou une spéculation pouvant accompagner la vague de violence.

6- Ne pas se laisser abuser par des organismes qui prônent la violence chaotique ou dont l’identité est inconnue. Nous préconisons une violence maitrisée et qui sert la révolution et ses structures une fois mises en place.

Pour abattre le régime de Morsi, héritier de Moubarak, et pour approfondir le processus révolutionnaire, nous croyons que la seule issue est d’élaborer une structure administrative démocratique et populaire directement élue par les habitant·e·s des quartiers, des villes et des campagnes.

Nous pensons aussi que les comités des quartiers, des villes, des usines et des campagnes, doivent récupérer les outils de production et les richesses, que c’est ainsi qu’on peut faire perdre aux forces capitalistes antagonistes les moyens de réprimer le mouvement de révolte populaire, et par ailleurs affaiblir la classe dominante.

Camarades révolutionnaires !

Nous misons sur la conscience révolutionnaire du peuple insurgé contre l’injustice, l’exploitation et les massacres. Nous pensons que l’heure du triomphe a sonné, pour y arriver, le chemin étant l’auto-organisation du peuple, et l’instauration d'institutions révolutionnaires qui marchent et répondent aux problèmes, ne se contentant pas de détruire.

Vive le militantisme du peuple égyptien, vive le combat des travailleurs et travailleuses, vive la révolution !

Le mouvement socialiste libertaire

(Traduction Cheikh Al Houria revue par

les Relations internationales de la CGA)