mar 1 janvier 2008

Un premier bilan du mouvement anti-LRU

Mouvement autonome et mise à l’écart de l’UNEF

Démarré fin octobre 2007, le mouvement étudiant contre la LRU (loi Pécresse) a duré, sur certaines facs, jusqu’aux vacances de fin d’année.

Ce mouvement, bien que n’ayant pas obtenu le retrait de la loi, recouvre plusieurs caractéristiques qui témoignent d’un renouveau réel au sein des luttes sociales dans les universités.

D’emblée, le mouvement débuté à l’université de Rouen (en octobre) a affiché son autonomie. L’UNEF, principal syndicat étudiant et « partenaire social » privilégié du gouvernement, s’était vanté, au sortir de l’été, d’avoir négocié la loi au mieux. Une nouvelle loi libérale, une de plus, qui livrait les facs aux patrons.

En fait, l’UNEF s’est retrouvée mise à l’écart, ou encore, complètement décrédibilisée au cours de ses premières apparitions.

Par la suite, une vingtaine de facs sont entrées dans la grève en dix jours. Cela coupe court à la vieille idée selon laquelle un mouvement étudiant a besoin de l’UNEF pour démarrer.

Les campus comptent aujourd’hui de nombreux étudiants pour lesquels seule une lutte radicale, autonome et déterminée peut permettre une issue favorable : obtenir ce que nous voulons.

D’ailleurs la Coordination étudiante de Rennes des 17 et 18 novembre a accentué l’affirmation d’autonomie du mouvement et sa volonté de ne pas négocier. En votant le principe de ne pas reconnaître, et même de condamner, toute organisation qui irait négocier quoi que ce soit au nom du mouvement, cela équivalait à perdre mais par ailleurs cela assurait au mouvement son total affranchissement vis à vis d’une organisation toujours prête à s’asseoir à la table des renoncements.

Une fois lancé sur ces bases autonomes d’autogestion et de souveraineté des AG, le mouvement, devenait difficile à subvertir, encore moins à détourner. Un mouvement qui a vaillamment défendu son autonomie, y compris vis à vis des administrations (quasiment toutes favorables à la loi), rejetant le principe des votes à bulletins secrets.

 

Les médias en soutien aux anti-grèves

L’UNEF, remise un temps sur le devant de la scène par les Présidents d’universités et par les médias, se décidera à appeler à « l’amplification   de la mobilisation », appel vague et sans consistance, circonstanciel et opportuniste. Aussi, une fois la rallonge budgétaire souhaitée obtenue, l’UNEF, pour une énième fois, trahira les étudiants en appelant au déblocage des facs.

Ce faisant, elle ne faisait que rejoindre de fait le « front unique pour la reprise » des cours dont les médias au service du Pouvoir se sont faits les porte parole.

Cette attitude constante des médias n’a fait qu’amplifier , au sein des Comités de grève et de la Coordination nationale, la critique à leur égard et a rendu plus forte encore la critique globale de la société et des ravages qu’ils organisent.

Les médias ont joué un rôle évident de défenseurs d’un certain ordre (libéral et bourgeois) en passant sous silence un mouvement qui a, en grande partie, échappé au contrôle des diverses bureaucraties politiques ou syndicales.

Les médias l’ont même fait chèrement payé au mouvement anti-LRU, donnant plus souvent la parole aux « anti-grèves » dont les collectifs se sont multipliés.

 

L’apparition d’un front anti-grève

Un phénomène nouveau s’est fait jour dans le champ des luttes « universitaires » avec l’apparition publique et simultanée d’une multitude de « collectifs », « comités », « pôles » etc… tous se rejoignant dans une opposition labellisée avec comme corollaire une organisation, une communication …, des manifestations locales, y compris au niveau national avec une manifestation parisienne en faveur de la reprise des cours.

Au-delà d’une propagande agressive et soutenue contre les grévistes, ces diverses structures et comités « anti-blocage » se virent épauler par tout ce que peut contenir la galaxie d’extrême droite : FNJ, UNI, Jeunesse Identitaire etc.

Le but avoué de tous ces agitateurs était la « libération manu militari » des amphis occupés !

Ce mouvement , répétons le, trouva auprès de la plupart des médias, une écoute complaisante.

 

Directions et « personnels » en défense de la Loi…

Plus grave encore fut l’attitude de la plupart des « Directions universitaires », lesquelles relayées ici ou là par des personnels et des professeurs anti-grève, voulurent en découdre avec le mouvement anti-LRU. Totalement opposés au blocage des cours, ils allèrent même jusqu’à « négocier » avec les représentants des mouvements anti-grève, favorables à la reprise des cours coûte que coûte, au détriment des représentants des Assemblées Générales de grévistes, (représentants légitimés au cours des scrutins qui se succédèrent à un rythme hebdomadaire).

Rappelons que si le mouvement anti LRU était minoritaire, comparé à la masse globale des étudiants inscrits dans les université françaises, il l’était en réalité bien moins que ne pouvait l’être le mouvement anti-grève.

 

Contenu des revendications et lutte sociale

Souvent le mouvement anti-LRU a été minoré localement mais cela ne l’a jamais affaibli au plan national.

Localement, les comité de grève souvent animés par des militants « révolutionnaires » ont donné au mouvement un contenu et un caractère contestataire clairement défini.

Il ne s’est pas agi d’un mouvement  politique  - politicien - mais d’un mouvement social mené par des étudiants affichant une volonté d’un changement radical de l’Université. Ils revendiquaient par ailleurs souvent la gratuité des études, voire l’abolition des Conseils d’administration et leur remplacement par des AG souveraines.

C’est dans ce cadre que les étudiants eurent, dans la plupart des cas, à assumer la responsabilité de la grève. Les enseignants, quand ils ne la critiquaient pas ou même s’ils ne la combattaient pas physiquement, ne la soutenaient que du bout des lèvres…


La criminalisation du mouvement

Déjà entreprise pendant le mouvement de grève, la criminalisation du mouvement s’est amplifiée à partir de la mi décembre.

Les porte parole du mouvement se sont retrouvés devant les cours de « justice » plus promptes à punir sévèrement des éléments considérés comme de « dangereux terroristes », « éléments » qui ont eu l’outrecuidance de ne pas accepter les règles du jeu libéral.

Accusés de tous les maux (outrages, menaces, dégradations, etc.) par des Présidents trop longtemps débordés par le mouvement anti-LRU et par des Professeurs en mal « d’autorité », les «représentants des grévistes » se voient aujourd’hui voués aux gémonies, en même temps qu’ils encourent des sanctions pénales, eux qui n’ont fait que leur devoir de lutteurs sociaux.

Cette criminalisation, si elle traduit dans les faits la direction prise par les tenants d’un durcissement de la politique d’Etat et d’amplification de la politique libérale, s’explique aussi par la volonté affichée de punir avec la plus grande sévérité un mouvement qui s’est, dès l’origine, affranchi de toutes tutelles hiérarchiques, politiciennes ou bureaucratiques.

Un mouvement radical avec des porte parole issus des AG, vivant en autogestion et se refusant de négocier une Loi « non négociable » : voilà les raisons essentielles qui expliquent cette politique du prétoire et du «bâton».

 

Le futur des luttes…

L’analyse qui figure plus haut nous conduit à déclarer que la solidarité autour de tous les militants poursuivis doit être sans faille.

Nous nous devons de passer à l’offensive afin de dénoncer la collusion entre les divers Pouvoirs -universitaire, médiatique, judiciaires etc. - qui n’a qu’un but : mettre la pression sur les militants et les organisations, faire peur et, peu à peu, tenter d’isoler les « meneurs », comme ils disent.

Les luttes de demain, à l’Université et ailleurs, devront s’inscrire, comme la récente grève anti-LRU l’a fait, dans le champ de l’autonomie, de l’autogestion et de la démocratie directe, des valeurs sociales garantes de la nécessaire rupture avec toutes les attitudes de compromission, de trahison et de laisser faire.

 

GPA – PY