lun 10 octobre 2011

Risque industriel : dix ans après, plus ça change, plus c'est pareil

CGA

21 septembre 2001, peu après 10 heures, une énorme explosion mettait Toulouse sens dessus dessous. Une trentaine de morts, près d’un millier de blessés graves, des milliers de blessés, des dizaines de milliers de personnes qui ont échappé de peu aux projections de débris en tous genres, l’explosion d’un hangar de stockage du complexe chimique d’AZF venait de ravager la ville rose.

Les dégâts matériels se chiffreront en milliards d’Euros, les dégâts humains eux ne seront pas comptabilisés. La proximité avec les attentats du 11 septembre aux États-Unis, alimentera les rumeurs les plus folles quant à l’origine de l’explosion. Le procès hors norme qui s’est déroulé quelques années plus tard a évidemment accouché d’une souris :Total, exploitant du site, s’en est sorti sans grand dommage, comme on pouvait s’en douter.

Reconnaître la responsabilité du puissant groupe industriel aurait également entraîné la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat. Les pouvoirs publics sont en effet responsables de la gestion des risques industriels via des organismes tel que la DRIRE, et aussi responsables de l’urbanisation des zones périphériques du site pourtant classé « SEVESO ».

10 ans plus tard, on n'est pas sûr de savoir ce qui est produit juste à coté de l'ancienne usine AZF, probablement de quoi tuer pas mal de monde en cas d'accident majeur. Les leçons de la catastrophe toulousaine n'ont évidemment donné lieu à aucun changement. Dans tout le pays le même type d'accident pourrait produire les mêmes effets... dans le meilleur des cas.

 

Tchernobyl, AZF, Fukushima, ça n'existe pas !

25 ans après l’explosion de la centrale de Tchernobyl, le responsable du SCPRI (Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants), celui qui nous avait expliqué que le nuage radioactif avait contourné le territoire français sans y pénétrer, vient de bénéficier d’un non-lieu : circulez, le nuage n’est pas passé et il n’y a donc eu aucune conséquence sur la santé publique. L’Autorité de Sureté Nucléaire fait état des désordres dans le gros œuvre du futur réacteur EPR de Flamanville : Bouygues, le constructeur, dit qu'elle se trompe. On vous l’a dit et répété : la France est le pays le plus sûr du monde, c’est bien simple les pouvoirs publics et les industriels maîtrisent tellement les risques qu’il n’y pas de risque… Fukushima c’est loin, c’est au Japon un pays connu pour son amateurisme et sa méconnaissance totale de la gestion du risque…

Plus c’est gros, plus ça passe ! Les catastrophes et les scandales ont beau se répéter, rien n’y fait : sang contaminé, vache folle, AZF, médiator, etc, toutes ces affaires montrent bien que la recherche de la rentabilité maximale par les industriels a comme résultat la mise en danger de la vie des citoyens. La maladie, la mort et le paiement des dégâts, c’est pour nous. Les bénéfices, l’impunité c’est pour les patrons et les responsables politiques.

Il y a urgence à passer de l’indignation à la lutte contre un système qui met notre vie à la merci de profiteurs sans scrupules et d’apprentis sorciers échappant tout contrôle. Ce n’est pas en rendant le capitalisme plus vert que l’on y arrivera. L’industrie et la technique doivent servir le genre humain, aujourd’hui force est de constater qu’elles l’asservissent pour mieux servir les profiteurs de tous poils. Quand le moteur de la société est l’accumulation de richesses par une minorité au détriment du plus grand nombre, il n’y a aucun espoir de changer quoique ce soit : les catastrophes se reproduiront. Dans un pays aussi nucléarisé, industrialisé et densément peuplé que la France, il y a tout lieu de penser que nous vivrons un jour ou l’autre une ou des catastrophes majeures.

Avant le 21 septembre 2001, les toulousains disaient en parlant du site d’AZF : « un jour ça va péter ! ». Les quelques personnes qui dénonçaient le danger n’ont pas été entendues et un jour « ça a pété ». La politique de l’autruche ou la lutte : il faut choisir…

 

JV, Toulouse septembre 2011