dim 1 mars 2009

Retirada : révolution sociale en exil

Lorsqu’elles et ils passèrent la frontière, au début 39, les femmes et les hommes qui fuyaient la barbarie franquiste étaient à l’identique issu-e-s d’un même pays et d’un même peuple.

Pour autant, leurs histoires personnelles et leurs engagements militants étaient loin de recouvrir les mêmes réalités sociales et le même but

En ces temps de commémoration officielle, il convient de préciser que, lorsque nous parlons de l’exil espagnol de 1939, ce n’est pas d’un exil « républicain » dont nous parlons.

Nos camarades espagnol-e-s, celles et ceux de la CNT, de la FAI, des Jeunesses libertaires , des Mujeres libres et des athénées ont eu fort à faire avec la dite « République », laquelle, il est utile d’insister, n’était qu’une république bourgeoise.

De 1931 à 1936, avant la parenthèse révolutionnaire espagnole1, puis à partir de juillet 1936 et jusqu’à la « retirada » la république ne fit aucun cadeau au prolétariat espagnol et encore moins à la révolution sociale qui s’étendit dans les zones gagnées par la lutte contre le soulèvement franquiste du 18 juillet ou dans les zones d’où les fascistes furent chassés…

A la révolution sociale et au communisme libertaire naissants, la « République » opposa le rétablissement d’un Etat fort dans tous les domaines : Police, Armée, Ravitaillement, Transport, Education, Santé etc. … La République mit tout en œuvre pour le rétablissement de la sacro sainte « propriété privée ». Tous ces retours en arrière se firent contre la volonté de la majorité d’un peuple avide de révolution sociale… et au détriment de l’émancipation ouvrière et paysanne qui ne demandait qu’à exister au sein d’une fédération de régions autogérées…

La République espagnole s’employa à détruire toutes les conquêtes prolétariennes et toutes les institutions révolutionnaires sensées faire fonctionner librement le pays.

Tout le secteur industriel et la campagne, un temps collectivisés, eurent à subir l’assaut de lois liberticides et firent l’objet d’attaques menées militairement par des généraux  « communistes » (Lister et consorts).

La réaction républicaine et étatiste se fit avec l’assentiment et l’aide des sbires moscovites et d’un Parti communiste espagnol entièrement voué à la renaissance d’une nation et débarrassé de toute velléité révolutionnaire…

Les communistes tenaient leur légitimité de la présence d’une armée pléthorique de policiers et militaires staliniens et de la République qui s’était offerte corps et âme aux envoyés de Staline.

Negrin fut plus prompt à faire flinguer du « cénétiste » ou du « poumiste » qu’à s’occuper réellement d’abattre le fascisme au moyen de la seule voie possible : l’accomplissement de la révolution sociale simultanément à la guerre menée contre la barbarie !

Voilà restituée une partie de la réalité, voilà rétablie une partie de l’Histoire …

Certains nous diront que 70 ans après la « Retirada » il serait bon d’oublier ces vieilles querelles et de rassembler dans un même souvenir les « républicains » d’hier , les vrais, et les militante-s révolutionnaires (anarcho-syndicalistes, anarchistes, poumistes…).

Le consensus des anniversaires à répétition n’est pas notre tasse de thé. Il n’est en rien porteur d’avenir. Il ne peut nous faire oublier que lors des deux périodes républicaines que l’Espagne a connues, les prolétaires favorables à l’avènement de « la Sociale » eurent à pâtir des politiques autoritaires suivies entre 1872 et 1874, puis entre 1931 et 1939…

Lorsque 500 000 espagnols passèrent les Pyrénées, fuyant la barbarie franquiste, la réception toute « républicaine » qui leur fut faite ne les engagèrent certainement pas à apprécier beaucoup plus ce système de gouvernance et de gestion des affaires, lequel une fois de plus, les désignait comme des gêneurs, des êtres sans foi ni loi… la lie de la terre en quelque sorte…

Les révolutionnaires d’outre- Pyrénées participèrent à la lutte antifasciste, ici en France, au sein des maquis. Une fois de plus ce n’est certainement pas au nom des idéaux républicains qu’elles et ils s’engagèrent dans la résistance au fascisme mais c’est avant tout dans l’espoir de voir au bout de cette lutte, l’avènement d’une société sans exploitation ni aliénation.

Elles et ils appelaient ça le communisme libertaire.

Lorsqu’en 1944, certains des exilés du franquisme eurent à subir les violences et les agissement assassins des soldats de « Staline »…ce n’était que la suite du travail commencé à Barcelone en Mai 1937, lors de la tentative de putsch communiste orchestrée par la police politique du PSUC, du PCE et des agents de Moscou, sous couvert de rétablissement de l’ordre républicain, putsch lancé contre la CNT, la FAI et le POUM…

En 1944, en France, des meetings furent interdits, d’authentiques révolutionnaires furent détenus, certains même furent assassinés par des hommes téléguidés par le communisme autoritaire, dans une relative complicité toute « républicaine ».

Alors, en 2009, nous préférons parler d’un exil « révolutionnaire et libertaire », afin de garder intacte la mémoire de celles et ceux qui un jour se sont levés contre l’oppression étatique et contre l’exploitation capitaliste et qui rêvaient d’une société sans classe et sans Etat.

Des dizaines de milliers d’entre eux sont mort-e-s pour cet idéal et ce n’est que leur rendre justice que d’affirmer que jamais, elles et ils défendirent la République bourgeoise.

En passant la frontière, ils ne laissèrent pas cet idéal dans le pays qu’ils quittaient.

Révolutionnaires ils étaient en 1936, révolutionnaires ils restèrent au début de l’année 39.

 

1 Période que certains s’entêtent à ne qualifier que de « guerre  d’Espagne »,