mer 1 septembre 2010

Rentrée sociale La fin de la déprime ?

CGA

L'année 2009-2010 aura été d'une grande morosité sociale. Après l'absence de perspectives données aux fortes mobilisations interprofessionnelles de janvier et mars 2009, une grande apathie s'est installée. Aucune mesure gouvernementale ou patronale, à l'exception des liquidations d'entreprises, n'a eu de réponse significative. Le début des mobilisations contre la réforme des retraites était bien timide face à l'enjeu. Pourtant, contre toute attente, la journée de grève et de manifestation du 24 juin a connu un succès important dans une période d'ordinaire peu propice à la mobilisation. On peut penser que toutes les frustrations sociales accumulées durant cette année finissent d'être intérioriser, pour enfin trouver une expression sur le terrain des luttes. C'est peut être une nouvelle période qui s'ouvre.

 

Des raisons pour un mouvement social important

La rentrée sera donc placée sous le signe de la mobilisation. S'il y a quelques mois on pouvait penser que la lutte contre la réforme des retraites était malheureusement pliée, il n'en est plus tout à fait de même aujourd'hui. D'abord, le succès de la fin d'année donne une autre importance à la date suivante de mobilisation interprofessionnelle programmé le 7 septembre. Elle n'est plus tout à fait une date de plus, mais une échéance cruciale qui donnera la vrai température de la rentrée, ouvrant ou fermant des perspectives de conflit social important sur le dossier des retraites, mais plus largement sur la capacité de réaction pour l'année à venir sur l'ensemble des mauvais coups du gouvernement et du patronat. Si les vacances d'été n'ont pas trop fait retomber le soufflet de la fin d'année, la journée du 7 septembre pourrait être bien plus massive encore que celle du 24 juin. Ensuite en plus des retraites, les fonctionnaires sont très fortement attaqués. La baisse programmée du salaire net et le non remplacement des départs en retraite pourraient créer une tension forte dans la fonction publique. Dans l'éducation nationale, deux journées de grève sont annoncées les 6 et 7 septembre, ce qui n'est pas si courant. Tout cela sur fond de rigueur, avec des mesures antisociales plein les cartons pour la fin d'année. Enfin, l'habillage gouvernemental de la réforme prend assez peu dans la population. Cela d'autant que l'argument sur les caisses vides ou qui risquent de le devenir, s'entrechoque avec les affaires de cadeaux fiscaux aux plus riches et ravive le souvenir des cadeaux récents aux banques. L'acceptation de la réforme est loin d'être garantie, et pourrait même créer de la révolte.

 

Toujours les mêmes pesanteurs

Pour autant s'il y a un faisceau d'éléments favorables, il y a aussi les mêmes difficultés que les années précédentes. La combativité dans le monde du travail est globalement en recul depuis de nombreuses années, et cela pèse négativement sur les réflexes des salarié-es face aux attaques qu'ils et elles subissent. Mais surtout, l'évolution du syndicalisme depuis 15 ans représente un frein pour un conflit majeur. Le front syndical est pour le moins hétérogène, puisque la CFDT, encore dans la rue aujourd'hui, a entériné au printemps, lors de son congrès, un nouvel allongement de la durée de cotisations, permettant une sortie de crise au gouvernement si les choses se présentaient mal en septembre. Enfin, il est peu probable que la CGT change sa stratégie de journées de grève sporadiques dont l'objectif n'est plus de gagner mais « d'amender » les projets gouvernementaux ou patronaux. Or c'est la centrale syndicale qui garde globalement le contrôle de l'intersyndicale, et qui est aussi la force principale capable de mettre les salarié-es dans la rue.

 

Pas de droit à l'échec

La tâche sera donc difficile en cette rentrée. Pourtant, la seule façon de faire reculer le pouvoir est la mise en route d'un mouvement de grève générale continu, dans la mesure où il est capable de créer une crise politique et sociale qui pourrait faire reculer le gouvernement. Une nouvelle défaite, entraînerait encore un recul global des luttes, qu'elle soit générale ou partielle au sein des entreprises. Cela aurait pour incidence de remettre les partis politiques dans la course en vue de 2012. En effet, si les travailleuses et les travailleurs ne voient pas la possibilité de changer les choses par eux-mêmes ou elles-mêmes au moyen des luttes qu'ils et elles mènent, c'est le recours illusoire aux élections comme moyen du changement qui sera alors logiquement privilégié.

L'enjeu est donc bien de réussir sur le terrain des luttes sociales, d'autant qu'une démobilisation aurait probablement comme effet de remettre en selle l'extrême droite. C'est à ce jeu dangereux que joue le pouvoir aujourd'hui en agitant les thèmes nauséabonds de la sécurité et de l'immigration dans l'objectif de faire diversion sur les affaires et tout ce qui pourrait mettre la question sociale au centre des débats. Mais de glissement sémantique en mesures instituant un racisme d'état, le climat politique pourrait nous faire avancer d'un pas vers la période qui a préparé à la barbarie qu'à connu l'Europe il y a 60 ans. Ce sera également un des enjeux de la rentrée. Battre le gouvernement aussi sur ce terrain-là en développant les luttes et en les liant à celles du salariat. Le passage de la loi Besson sur l'immigration à l'assemblée fin septembre, sera le moment de mobiliser toute notre énergie contre le racisme d'état, en espérant que le climat sera à la lutte, et que la question du moment sera la réussite de la grève générale.

 

Stéphane – Groupe de Montpellier