sam 1 septembre 2007

Reculs sociaux : l'euphorie capitaliste déprime le mouvement social

Après que les mirages de la période électorale se soient dissipés, la dure réalité reprend le dessus. L’entreprise de démolition sociale s’accélère à nouveau. Depuis 25 ans, elle a été mise en œuvre sans interruption par les gouvernements de droite et de gauche qui se sont succédé au pouvoir. Rien ne semble pouvoir désormais enrayer cette offensive patronale de grande envergure.

La précarité et les inégalités se renforcent à un rythme soutenu, de plus en plus nombreux sont ceux qui subissent la misère sociale. 1 salarié sur 6 ne gagne pas 90 % du SMIC et la proportion de très bas salaires (2/3 du SMIC) a doublé en 25 ans. 6,5 millions de personnes vivent de minima sociaux qui d’ailleurs régressent.

La souffrance au travail, du fait des pressions constantes à la productivité, de la flexibilité, de l’intensification des rythmes, de la mise en concurrence exacerbée, sacrifie des individus et bousille l’existence de nombreux autres (suicides et accidents du travail en hausse).

 

Juillet pourri, mais pas pour tout le monde

Le nouveau gouvernement semble ne pas vouloir s’en contenter. A la faveur de l’été, il a fait passer en force ses mesures anti- sociales, profitant que ceux qui le peuvent s’accordent une pause pour profiter des congés payés.

A commencer par « le paquet fiscal » en faveur des entreprises et des plus fortunés. Un bouclier fiscal qui limite désormais à 50% les prélèvements sur les revenus soumis à l’ISF et la possibilité de s’exonérer encore de 50 000 euros en finançant une PME, manière à peine détournée de remettre en cause l’ISF.

Les plus fortunés (sachant que 9 transmissions d’héritage sur 10 sont déjà exonérées) pourront également transmettre jusqu’à 150 000 euros à chacun de leurs descendants sans acquitter de droits. En cas d’accès à la propriété, 20% des intérêts d’emprunt pourront également être déduits de l’ISF, ceux que l’inflation énorme de leur loyer n’a pas encore saigné à blanc se sentiront peut-être concernés !

Avec tous ces cadeaux les invitations sur les yachts privés du grand patronat vont pleuvoir pour les membres du gouvernement. Sans compter que ces derniers vont pouvoir aussi réduire les charges sociales de leurs entreprises, le nombre d’heures supplémentaires défiscalisées pouvant désormais atteindre 25% du temps de travail des salariés au lieu du précédent plafond fixé à 10%.

Au total, selon le gouvernement, le festin des capitalistes devrait nous coûter entre 10 et 11 milliards d’euros en 2008 (après les 19 milliards de 2006) et augmenter encore les années suivantes… il s’agit là du genre de promesses qu’il risque de tenir et sans doute dépasser.

Par contre les salariés à qui eux aussi on a promis la baisse de l’impôt n’ont aucune illusion à se faire. Pour être exonéré du paiement de ses charges sur les heures supplémentaires réalisées, un salarié doit être imposable, or ceux qui ont le plus besoin des heures supplémentaires sont souvent à temps partiel et non imposables. D’autre part les salariés risquent du fait de l’augmentation de leur revenu de se voir supprimer la prime pour l’emploi et leur droit à exonération sur la taxe d’habitation.

 

Payer plus et gagner moins

Encore un marché de dupe d’autant plus qu’au bout du compte il nous faudra payer la facture. Les cadeaux faits aux patrons alimentent les déficits sociaux que les salariés devront combler par la TVA (anti) sociale et la franchise médicale. Aux patrons les cadeaux fiscaux, aux salariés le trou de la sécu !

La franchise médicale serait un moyen de décourager «  les abus » alors que 52% du budget de la sécu est destiné à 5% des assurés qui sont des personnes gravement malades. D’autre part l’inégalité face aux soins est une réalité patente : leur coût représente 6% des revenus les plus faibles et seulement 1,5% des hauts revenus.

Enfin une augmentation du prix des soins provoque un recours plus important au système assuranciel privé qui produit l’exclusion, à l’image des Etats-Unis ou 45 millions de personnes n’ont pas accès aux soins.

La suppression de 22700 fonctionnaires s’inscrit également dans cette logique d’économie sur le dos des services publics. En organisant la pénurie, l’Etat prépare les privatisations de demain déjà en cours à la Poste ou lors de la fusion annoncée de l’ANPE et de l’UNEDIC.

C’est aussi la situation au travail qui se détériore. Le recours au service minimum dans les transports qui remet un peu plus en cause un droit de grève déjà limité. Le revenu de solidarité active qui devrait être mis en place cette année accentue encore la pression sur les chômeurs considérés comme coupables de leur situation.

Le gouvernement justifie cette politique en invoquant un retour à la croissance dont les possédants seraient les seuls à profiter et un plein emploi qui laissent de plus en plus de salariés dans la misère et sans perspective d’en sortir. La précarité reste donc plus que jamais un mode de gestion privilégié du capitalisme.

La seule particularité idéologique du gouvernement actuel réside dans sa volonté de faire adhérer, y compris ceux qui sont victimes de sa politique, au processus de démolition sociale dont il est le fidèle continuateur.


Pas d’embellie à l’horizon

Pendant ce temps les licenciements et les attaques sur le statut des travailleurs se multiplient dans les entreprises. C’est le cas chez Airbus ou l’usage de la sous- traitance et d’un tissu dispersé de PME fragilisent des salariés qui vont devoir subir des milliers de suppressions d’emploi. C’est aussi le cas chez Peugeot qui a annoncé la suppression de 4800 emplois après les 7000 de l’an dernier. A l’occasion de sa fusion avec Lucent, Alcatel a annoncé la suppression de 12000 emplois. La mise en pièce du code du travail encourage les entreprises à licencier quitte à réembaucher dans des conditions qui leur sont encore plus favorables.

Le plus dur reste encore à venir si nous laissons les mains libres à la classe dirigeante. L’activisme du gouvernement au début du mois de Juillet n’a pas seulement pris la forme de lois mais aussi de projets réitérés ou de lettres de mission qui laissent mal augurer de l’avenir.

La ministre de l’emploi (et de pleins d’autres choses) est ainsi chargée de supprimer la dispense de recherches d’emploi pour les seniors. Il lui est aussi demandé de favoriser la création de 2000 PME, car la situation des salariés y est pire qu’ailleurs : au niveau des salaires et de la représentation syndicale notamment.

2008 devrait également voir la mise à mal des régimes spéciaux de retraite et sans doute aboutir à un nouveau relèvement de la durée de cotisation avant la fin de la législature.

A l’automne les syndicats vont être convoqués trois fois, ils devront se contenter d’écouter la bonne parole sur l’égalité professionnelle hommes/femmes et sur les conditions de travail de l’emploi et du pouvoir d’achat, puisqu’en réalité il s’agit d’une négociation avec obligation de résultat avant la fin de l’année sinon le gouvernement passera en force comme il en a l’habitude.

Alors qu’il a en ligne de mire l’abolition du code du travail et la suppression des garanties salariales F. Fillon évoque la « sécurisation du parcours professionnel » et la création d’un contrat unique. Lequel n’est évidement pas le retour à un véritable statut des salariés et qui sera au pire un contrat précaire généralisé et au mieux un contrat précaire de plus au service des capitalistes. Ceux-ci disposent déjà d’un large panel auquel ils devraient avoir du mal à renoncer si ce n’est pour un esclavage salarié encore plus grand.

 

Les capitalistes n’ont pas changé de programme, n’en changeons pas non plus !

Encore une fois la mobilisation s’annonce difficile. Face à un état qui accélère le rythme des réformes et qui engrange des victoires dans les domaines où il rencontre peu de résistance, les bureaucraties syndicales semblent plus que jamais divisées et contraintes à une concurrence suicidaire pour s’arroger la plus grosse part dans la gestion des fonds sociaux. Les nouvelles règles sur la représentativité syndicale qui doivent renforcer le « critère électoral » les soumettront un peu plus au bon vouloir patronal, car dans un contexte de faible représentation, la cooptation d’un syndicat par le patronat facilite beaucoup son implantation. Le syndicalisme de luttes aura au contraire à en souffrir comme la plupart des salariés.

Seules le développement de luttes solidaires et offensives peuvent permettre au mouvement social de sortir la tête de l’eau. La lutte contre le CNE avait vu l’unité des salariés se faire jour. Au mois de juin les salariés d’Alcatel se sont invités à l’assemblée des actionnaires. A Airbus les syndicats ont eu des difficultés à contrôler le mouvement de grève qui s’est propagé sur plusieurs sites. Nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience du décalage entre le sort qui nous est fait et les gains colossaux qu’empochent les capitalistes.

Devrons-nous comme semblent le vouloir les bureaucraties syndicales attendre l’avant-veille des élections municipales de 2008 pour nous mobiliser ? Plus que jamais pour barrer la route au rouleau compresseur libéral il nous faudrait lutter de manière autonome sur des bases interprofessionnelles, améliorant ainsi notre capacité à nous emparer des luttes que le morcellement actuel des forces du mouvement social ne permet pas de mener.

 

Les Groupes de Lyon