lun 20 juin 2011

Réapproprions-nous nos logements !

CGA

Pour le logement comme pour le reste, en l’absence de contrôle, c’est la loi du marché qui commande. Aujourd’hui, la hausse énorme des prix de l’immobilier (augmentation de 50 % des loyers entre 2005 et 2010) démontre encore une fois que pour le logement comme pour le boulot, ce marché n’existe que pour enrichir une minorité. Résultat en 2011, d'après les chiffres de la fondation Abbé Pierre : 685 000 sans abri, 3,6 millions de mal logé-es, 30 à 40 mort-es du froid par an, et des hommes politiques qui veillent scrupuleusement à défendre les intérêts des propriétaires…

L’arnaque du droit au logement opposable

Après des années de dégradation des conditions d’accès au logement, la loi du 5 mars 2007 dite du « Droit Au Logement Opposable » (DALO) était censée représenter l’arme ultime pour combattre le mal-logement. C’était sans compter sur le labyrinthe administratif décourageant dont elle était dotée dès l’origine. Afin d’appliquer la loi, des commissions de médiation ont été créées auprès des préfectures. Ces commissions déterminent parmi les bénéficiaires potentiel-les du DALO ceux/celles qu’elles estiment être des demandeur-euses prioritaires que le préfet a alors 6 mois pour reloger dans le parc locatif social. Dans les faits, le préfet désigne alors un bailleur chargé de proposer un logement dans les délais indiqués. Dans les faits toujours, beaucoup de demandeur-euses reconnu-es prioritaires ne se voient proposer aucun logement ou bien alors des logements tout à fait inadéquats (trop petits, insalubres etc.) Alors intervient la possibilité d’attaquer l’État en justice. Et alors ? Toujours rien. Quatre ans après la mise en place de la loi, l’État n’a été condamné qu’une fois, en décembre dernier.

Le droit au logement opposable est donc à ranger parmi ces mesures qui font diversion comme d’autres encore, restées lettre morte. Depuis 1958, les préfets peuvent, en théorie, procéder à la réquisition des logements vides et – tout comme les maires - ils peuvent en principe surseoir aux expulsions locatives, attribuer des aides financières au déménagement etc. Les communes sont également astreintes à accueillir 20 % de logements sociaux sous peine d’amende. Aujourd’hui, que sont devenues ces lois ? Les autorités font mine de les avoir oubliées et les associations mobilisées sur le logement sont bien seules à essayer d’en faire valoir l’existence.

Criminaliser les pauvres, encore et toujours !

À l’inverse, depuis 2008, ce sont plus de trois années de droite libérale qui se sont écoulées avec pour unique programme en matière de logement, celui de la matraque et du bulldozer. En témoigne la toute dernière loi LOPPSI 2 votée le 8 février dernier, dont l’article 32 ter A s’attaque à tou-tes les mal-logé-es (voir IAL n°86). Sous prétexte d'« atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques », le préfet pourra, dans un délai de 48 heures, ordonner l'évacuation de terrains ou d'habitats occupés illégalement, en menaçant, si besoin est, de détruire les installations ayant servi à l'occupation. Autant dire que ceux qui tentent tant bien que mal de se loger en squattant ou en baladant leurs caravanes ici ou là, seront de fait dans le collimateur des flics.

Et le gouvernement ne semble pas s’arrêter en si bon chemin. Le 2 mars dernier, Dominique Perben, ancien ministre de la justice, présentait un projet de loi visant l’expulsion sans délai, sans recours et pendant la trêve hivernale, des locataires en situation d’impayés de loyer. Qualifié-es « d’escrocs » par Perben lui-même, ces dernier-es se retrouveraient sur un fichier signalant les cas de « récidives », comme s’il s’agissait de criminel-les relevant du pénal… Faire appliquer le droit des propriétaires, encore et toujours, quitte à foutre toujours plus de gens à la rue, voilà le seul programme du gouvernement !

On a tou-tes droit à un logement décent !

Aujourd’hui les luttes pour le logement existent partout et plusieurs associations militent pour le droit au logement et la défense des locataires contre les marchands de sommeil. À côté de ce travail social indispensable, l’action directe, comme dans toutes les luttes, est un moyen efficace pour lutter contre la dictature du fric qui prétend nous empêcher d’habiter où on veut, comme on veut. Et dans de nombreux cas, les luttes pour le logement rejoignent également celles pour l'autonomie, parce que bien souvent, devoir payer sa maison est synonyme de galère au turbin. Les anarchistes ne sont pas en reste de ce point de vue : grève des loyers, déménagement à la « cloche de bois » (1), squats et occupations, tout est bon pour imposer le droit fondamental de chacun-e à disposer d'un logement décent.

Face à nous, il suffit de voir l’ampleur des déploiements policiers lors des expulsions pour comprendre à quel point la lutte contre la propriété privée et la spéculation dérange les pouvoirs publics. Car c’est contre la propriété privée qu’il faut lutter pour en finir avec les problèmes de logement. S’il est nécessaire de s’associer aux revendications immédiates contre les expulsions de locataires, ou pour l’application de la loi de réquisition par exemple, il ne faut pas hésiter à voir plus loin pour faire exploser l’injustice fondamentale de la question du logement. Comment peut-on accepter une société où la possibilité d’avoir un toit pour l’écrasante majorité de la population dépend de la volonté d’une minorité ? Comment accepter que certain-es s’enrichissent de loyers et laissent des logements vides alors que d’autres sont condamné-es à vivre dehors face à la pluie, au froid et aux flics ? Le maintien de la propriété privée est l’un des piliers essentiels des inégalités, en même temps qu’il est la préoccupation essentielle des gouvernant-es et de leurs flics.


Pour nous réapproprier nos vies, réapproprions-nous nos maisons !


(1) Popularisés par le syndicat des locataires créé en 1909, le déménagement à la cloche de bois consiste en un départ discret d'un locataire ne pouvant plus payer son loyer, celui-ci étant aidé pour l'occasion par un ou deux copains anarchistes. A noter que l'impossibilité de payer son loyer se traduisait souvent par la confiscation des biens des locataires par les propriétaires.



 

Chez Aubry comme chez Sarkozy...


C'est de notoriété publique, à Neuilly, dans le fief de Sarkozy, on n'aime pas les pauvres et il y a donc moins de 2 % de logements sociaux. Le problème c'est qu'à Lille, chez Aubry, c’est à peu près la même chose. Si la politique urbaine lilloise peut s’enorgueillir de la destruction récente de plusieurs barres HLM à Moulins et Lille Sud, l'arrivée des bulldozers n'a eu pour conséquence que de rejeter les pauvres de plus en plus loin du centre-ville où seul-es sont autorisé-es à résider ceux et celles qui ne déplairont pas aux touristes. Pour le reste, la droite et la gauche capitaliste n'ont qu'un mot à la bouche : « accession à la propriété ! » Endettez-vous qu'ils disaient ! Résultat : pendant que les ménages les plus modestes rament pour rembourser leurs crédits, les inégalités s'accroissent : selon les chiffres de l'Insee, alors que 1 % des ménages les plus riches disposent de 13 % du patrimoine total des ménages, les 50 % les plus modestes n'en possèdent, eux, que 7 %. Dans le même temps, la durée d'endettement pour l'achat d'un même logement est passée de 14 ans à 31 ans en l'espace de 10 ans.

 

 

Groupe d'Anarchistes de Lille et Environs