mer 1 septembre 2010

Réappropriation ou collectivisation des terres…

CGA

La question de la gestion, fondamentalement différente, des rapports interpersonnels, individuels et collectifs, à l'intérieur des processus de production, se pose en 2010 avec probablement plus d'acuité encore qu'auparavant.

Ajoutons à cela que cette question envahit tous les espaces de la vie en société et, évidemment, concerne aussi bien les problèmes liés à la Production agricole. 

D'emblée, notre ancrage anarchiste et nos perspectives révolutionnaires nous conduisent à poser la question fondamentale de la réappropriation des moyens de production et d'échanges par les acteurs eux-mêmes et donc de la réappropriation des terres.

 

 

Au cours des âges

Depuis les "Diggers", au début du 17ème siècle en Angleterre jusqu'aux expropriations récentes opérées par les paysans notamment en Amérique latine, nous avons été conviés à assister à des reprises "collectives " des terres qui posaient (et posent) la question d'une société basée sur un nouvel agencement: autogestionnaire, égalitaire et libertaire.

Les processus "révolutionnaires" en marche rejoignent ainsi la proposition anarchiste "la terre appartient à ceux qui la travaillent". Ici pas question de changements de propriétaires mais plus exactement d'expropriation et de "collectivisation".

L'exemple du Mouvement des Sans Terre au Brésil qui, depuis 1979, s'emploie à se ré approprier, par le moyen de l'action directe, de manière légale ou non les terres inutilisées appartenant à de grands propriétaires est explicite à cet égard. Il propose un rejet très clair du féodalisme, du capitalisme, et de l'impérialisme, un rejet très clair de toutes les formes de tous les systèmes de domination et de discrimination dont (et de manière non exhaustive) le patriarcat, le racisme et les fondamentalismes religieux (toutes croyances confondues…)

A cela s'ajoute un appel à l'action directe et à la désobéissance civile, au soutien des luttes sociales qui participent à la construction d'alternatives locales au capitalisme mondial. En fait, ce mouvement milite pour une philosophie organisationnelle fondée sur la décentralisation et l'autonomie.

 

Les anarchistes et la question de la gestion collectiviste de la terre

S'il est bien un point de convergence entre tous les anarchistes, quelle que soit leur grille de références, c'est que face à l'horreur du système capitaliste, nous devons tou-te-s lutter ensemble, et que la libre expérimentation doit ensuite prévaloir : nul-le ne peut être contraint-e de participer à un système qu'il ou elle réprouve.

Concernant ce rejet et l'intégrant à la mise en pratique d'une nécessaire et vitale autogestion de la terre, nous devons ajouter que le capitalisme est fondé, par un ensemble de mécanismes de concentration du pouvoir économique, sur la croissance et la création de besoins factices de consommation; il suppose donc, à terme de plus en plus court, la destruction totale de l'environnement.

Pour les anarchistes, la socialisation de l'outil de production doit être considérée comme un des moyens de la redistribution des rôles dans la société actuelle et un pilier sur lequel se reconstruira la société future, totalement débarrassée de l'exploitation capitaliste et de l'aliénation étatique.

Aussi, au moment d'aborder les questions de " ré appropriation ", les anarchistes ne se détournent pas de la question écologique, mais ils la rattachent fondamentalement à la lutte contre le capitalisme et, plus intimement encore, à la lutte pour la reprise en main par les individus de la capacité à élaborer collectivement leurs décisions et actions.

Ainsi toutes les propositions anarchistes doivent conduire à considérer l'orientation de la production et de la consommation dans un souci d'utilité réelle, de pérennité, de gestion rationnelle des ressources limitées de la planète.

L'urgence écologique consiste bel et bien, loin de tout souci de culpabilisation, à reprendre le contrôle économique et politique de nos vies, seul capable de préserver l'humanité de sa destruction.

En conclusion

Voilà donc explicités brièvement ici nos rejets éthiques de ce qu'il est convenu de définir comme la "propriété des moyens de production et d'échanges", en tout lieu et y compris dans la gestion de la terre.

Nous y avons fait figurer aussi une relation sur ce que nous considérons comme le continuum révolutionnaire qui fait que, depuis les "Germanies" (rébellion contre l'oligarchie nobiliaire, au 16ème siècle, en pays valencien) jusqu'aux "mouvements actuels de ré appropriation des terres", les paysans se sont toujours exprimés pour l'expropriation des profiteurs, des "propriétaires auto proclamés".

Nous avons considéré que, d'un point de vue "écologique", la seule perspective d'une gestion autonome de la production agricole justifie son intégration dans le cadre plus large d'une lutte sans merci contre le capitalisme.

Il est bon d'insister sur le fait que quasiment toutes les luttes paysannes ont abouti au rejet de l'idée de propriété, idée nocive par excellence, et à son remplacement par la notion de gestion collective, nous renvoyant ainsi au collectivisme anarchiste cher à nos devanciers dans l'Histoire…

Ainsi, les diverses périodes historiques allant de l'Ukraine des années 1920, au Portugal de 1975, en passant par l'Espagne de 1936 nous ont renseignés sur une des caractéristiques des luttes pour l'expropriation des latifundistes1 : en plus de rencontrer la résistance acharnée et armée des capitalistes, elles sont confrontées aux luttes tout aussi acharnées que leur mènent les tenants d'un étatisme teinté de marxisme…

Ainsi, les luttes paysannes savent à quoi s'en tenir et tendent à rejeter les fausses solutions étatiques comme la "réforme agraire", solutions bâtardes qui n'ont de cesse que de déposséder les producteurs des moyens de production.

 

GPA Perpignan

1 Grands propriétaires terriens