dim 1 novembre 2009

A propos des privatisations

Le Capitalisme et l’Etat sont deux frères siamois. Selon les périodes, l’Etat semble prendre l’ascendant sous une forme tutélaire (les années 30 en France) ou à d’autres moments il feint de s’effacer (depuis plus de 30 ans en France comme ailleurs) sous les coups de butoir du « néo-libéralisme ».

Il est convenu de retenir comme moment de grand basculement l’élection de Margaret Tatcher (son livre de chevet, c’est « La route de la servitude » du pape des libertariens, Hayek). Elle marquerait le triomphe de l’idéologie néo-libérale.

Amorcée dans les années 30, le modèle d’une économie mixte avec fort interventionnisme étatique (constitution d’un vaste secteur public grâce auquel l’Etat se fait entrepreneur) a pris son plein essor à la fin de la seconde guerre mondiale à tel point que les notions de Secteur Public (constitué par les entreprises du même nom) et de Service Public sont amalgamées.

La Grande Bretagne a servi de locomotive. 30 ans plus tard, c’est en Grande Bretagne que la « réaction néo-libérale » démarre avant de faire le tour de la planète. En France, c’est Giscard qui incarnera ce virage.

C’est derrière ce genre d’analyses que se range toute la mouvance Syndicalo-Politico-Alternative (SPA) du moment. Sa nourriture favorite : Le Monde Diplo. Ce sont des analyses que nous pouvons, sans trop prendre de risques, faire nôtres. Sauf que nous, anarchistes, nous nous efforçons de ne pas pratiquer la feinte dissidence.

Pour faire se lever la « multitude », la militance SPA développe un discours de protection des Services Publics (en amalgamant bien sûr Service Public avec Secteur Public) et de contestation des privatisations. A travers ce discours, ils enferment dans le giron de l’Etat ceux qui ont la faiblesse de les entendre et font en fait la promotion du STATU QUO. Examinons quelques « moments citoyens » récents et certaines de leurs trouvailles.

 

Les collectifs pour le NON à la constitution européenne 

C’est une pratique : la création de coquilles vides animées par des militants SPA et des égarés. C’est aussi un discours, pour partie, celui que nous avons évoqué plus haut. Ils n’existent que sur le terrain politico- médiatique et font figure de grand retour de LA politique.

 

Les collectifs locaux contre la privatisation de La Poste avec, au centre, un comité national 

S’ils sont une même coquille vide, ils sont surtout, par leur existence même, le symptôme de la situation du syndicalisme français. Sa longue agonie a fait place à un état de décomposition avancée. Prenant acte de leur totale impuissance à agir dans l’entreprise, certains syndicalistes appartenant à cette mouvance tentent de rebondir et s’investissent dans ces nouveaux lieux de stérilisation de la contestation.

 

La récente VOTATION pour un référendum sur la privatisation de La Poste

Pour clore tous ces moments qui nous font vibrer (ex : mai 68), les prédécesseurs de la mouvance SPA ont utilisé toujours la même recette pour un retour au statu quo : la participation aux élections. La différence aujourd’hui est de taille. Désormais, l’insubordination de ces années de braises s’en est allée et on crée artificiellement du mouvement social auquel on présente le même débouché électoral.

 

L’invention de l’USAGER

Mis en avant dans la lutte contre le démantèlement des Services Publics (étatiques) et contre les privatisations (donc en faveur du retour d’un Etat - entrepreneur), il y a l’usager.

C’est une invention de la mouvance SPA. L’usager des services publics n’existait jusqu’alors que dans le discours de l’Etat, dans son droit. Il s’agit alors de la façon de nommer les consommateurs des prestations, marchandes le plus souvent, fournies directement ou indirectement par l’Etat.

C’est l’Etat qui définit les besoins collectifs et la façon de nous les infliger. En résumé, quand tu paies ton ticket de bus, tu es un usager. Or, un usager est un petit être passif et sans parole (collective), juste un consommateur de biens collectifs, atomisé, comme le citoyen, une autre création étatique sous contrôle.


Une ébauche d’alternative

Il y a de temps à autres de petites révoltes qui tentent de dessiner de nouvelles conceptions des services/besoins collectifs et qui s’affranchissent des définitions étatiques (partagées par la mouvance SPA) : le mouvement des chômeurs de l’hiver 97-98, les collectifs de précaires ou non pour des transports gratuits… tentent de promouvoir des services collectifs autogérés.

Partisans irréductibles de la Révolution Sociale, nous ne nous écartons pas de notre projet révolutionnaire lorsque nous faisons la promotion de la gratuité des services publics.

Or, nous savons que la société étatique dans laquelle nous vivons, qu’elle s’intitule social-démocrate ou libérale, n’a ni l’intention ni la vocation à instituer la gratuité, pas plus dans les transports que dans n’importe quel autre secteur de l’économie. Le capitalisme n’offre rien, le capitalisme vend. Seuls celles et ceux qui sont en capacité de payer peuvent avoir accès aux différents services.

Aussi, c’est en focalisant nos actions sur l’accessibilité à ces services, que nous mettons en œuvre une réelle façon de subvertir la notion étatique de Service Public. Car dans les grands principes qui régissent « le Service Public à la française », il n’a jamais existé de principe de gratuité.

Ce type de revendications permet d’établir un pont non pas avec les organisations réformistes mais avec des individus révoltés qui n’ont pas encore franchi le pas et fait leur la nécessité de la Révolution Sociale et libertaire.

Alors ?

Ni privatisations, ni nationalisations, mais la gestion directe des organismes dispensant des prestations par ceux qui y travaillent et par les usagers, pour une réelle satisfaction des besoins collectifs définis au préalable par nous toutes et tous, pour nous toutes et tous.

 

Le Groupe Puig Antich de Perpignan