mar 1 juillet 2008

Printemps lycéen : impressions sur les luttes dans l'Éducation.

Léo et Numa sont lycéens en première au lycée Pierre d'Aragon de Muret dans la banlieue Toulousaine. Ils ont été très impliqués dans les luttes de mars/avril/mai 2008 sur un lycée qui est le plus important de l'académie Midi-Pyrénées.

 

I&AL : Léo et Numa, comment a débuté votre lutte sur le lycée Pierre d'Aragon?

Numa : Vers la mi-mars les professeurs ont commencé à débrayer des classes pendant 1 heure pour ne pas perdre de jours de salaire. Nous on avait déjà bougé auparavant sur les projets de lois « Pécresse » avec les étudiants et tout ça... Donc on a commencé par créer quelques AG pour se mobiliser puis on a mis en place quelques actions symboliques comme l'enterrement de l'Éducation au rectorat...

I&AL : Rapidement, vous avez essayé de structurer le mouvement pour toucher plus de monde sur le lycée?

Numa : « Structurer », il faut relativiser... On a fait pas mal d'AG, on a organisé des débats, des soirées interactives...

Léo : Une fois, on a organisé une « nuit d'occupation lycée » avec des débats/discussions entre les profs, parents d'élèves, élèves, et une autre fois, on a organisé une soirée mi-mai, jusqu'à 23h00, sur le même principe, pour se coordonner et réfléchir sur les suites du mouvement.

I&AL : Vu de l'extérieur, on a quand même senti que le mouvement avait du mal à se lancer, non?

Numa : Carrément! Au niveau lycéen on n’ a jamais réussi à dépasser les 5000 en manif avant les vacances de Pâques, à peu près...

Léo : Mais quand même, sur la durée ça a tenu, on n’ a pas « rien fait » depuis février, y a eu des actions et ça rompt radicalement avec ce qui se passait pendant « Pécresse » où ça n'a duré que 2 mois maxi.

I&AL : Donc là, après quelques mois passés, on sent encore chez les lycéens, une volonté de continuer le travail commencé avec les étudiants à l'automne, je me trompe?

Léo : Ben déjà, c'est grâce à ça, qu'on a été mis au courant sur les lois, ils nous ont aidés techniquement en nous prêtant des mégaphones, pour organiser des AG, ils ont fait des interventions pendant les AG et ça a été déterminant.

I&A : Vous disiez qu'il y avait des bons rapports avec les parents d'élèves, l'administration, les profs?

Léo : Avec ce mouvement-là, contre les suppressions de postes, on a eu vraiment du monde derrière nous. L'administration, elle ne disait rien mais c'était déjà le signe qu'elle acceptait notre lutte, y avait les parents d'élèves, les profs, alors que pendant « Pécresse » y avait que nous.

Numa : L'administration, elle était avec nous au début mais dès qu'il a fallut durcir le mouvement, elle s'est affolée, ils nous courraient après, « non non!... Arrêtez-vous!... ».

I&AL : Dès le départ, vous avez eu une affirmation politique anarchiste dans le mouvement?

Léo : Oui! Oui!

Numa : Dans ce mouvement oui, on s'est clairement revendiqués, on proposait dans les AG qu'il y ai des mandats impératifs, et que ce soit des mandatés de l'AG qui portent les revendications à l'administration par exemple.

I&AL : Et votre appartenance politique comment elle était perçue par l'ensemble?

Léo : C'est vrai qu'il y a toujours des personnes qui ont des clichés sur les anarchistes donc ils sont toujours répulsés par nous mais à force d'en parler, de parler avec les gens sur nos idées, on a peut être permis de changer certains avis et de fait certaines personnes nous ont rejoints et elles constituent un noyau assez conséquent aujourd'hui sur le lycée Aragon.

Numa : il y a même des personnes qui se disaient apolitiques et qui ont découvert involontairement que leurs pratiques correspondaient à celles qu'on proposait souvent et qu'il leur manquait juste un terme à poser dessus.

I&AL : La nécessité de se tourner vers l'anarchisme organisé, vers une organisation politique ou syndicale a-t-elle était évidente?

Numa : Il faut dire que quand on est lycéen agir en « autonome » c'est dur, et en plus on se rend compte que tout seul on peut rien faire.
Léo : C'est pour ça qu'au début on a cherché rapidement des contacts, avec la CGA ou la CNT pour voir ce qu'ils faisaient de leur côté et comment ils pouvaient nous aider, voir ce qu'on pouvait faire ensemble.

I&AL : Personnellement, comment en êtes-vous venues à l'anarchisme?

Numa : C'est assez vieux... Au début je me suis plus tourné vers l'extrême gauche mais quand j'ai vu les méthodes de ces partis, à la LCR et tout ça, ça m'a pas trop plu. Je me suis un peu cultivé justement sur des mouvements comme la révolution Russe en 1917 ou les pratiques trotskistes sont bien visibles et je me suis dis que là ça le faisait pas...

I&AL : Et concrètement, dans la lutte, ces pratiques tu as pu les rencontrer?

Numa : Ah oui... Là (rires), là on voit qu'ils ont rien perdu du tout! La LCR c'est, « cassez-vous avec vos drapeaux noirs ou on vous défonce la gueule! ».

I&AL : Vous aviez créé une Coordination des Lycées Toulousains (CLT), chose très intéressante d'un point de vue anarchiste, fédéraliste, est-ce que ces attitudes ont eu des répercutions jusque-là?

Léo : C'est vrai que c'était un outil très intéressant, parce que ça nous a permis de nous coordonner entre lycées.

Numa : Mais c'était dans un but plus pratique que politique... La répartition était assez équilibrée entre anarchistes et trotskistes, et y avait des « autonomes » plus ou moins bourgeois ou radicaux selon les lycées. Ce qui nous amenait à faire des actions pratiques avec des objectifs politiques très limités. Car ça avait du mal à passer. En plus, très souvent, les JCR ne respectaient pas les mandats des AG de la CLT donc...

Léo : Ça n'allait pas au-delà du mouvement, ça ne s'inscrivait pas dans la durée.

I&AL : Et toi Léo, comment tu es venu à l'anarchisme?

Léo : Moi, personnellement, c'était il y a quelques années, j'étais encore au collège, et avec un ami, on avait les mêmes idées politiques et on avait dès le départ essayé de créer un petit journal pour y mettre toutes nos idées, des projets pour la vie future, comment on pouvait organiser mieux la société pour pas qu'elle soit dans le bordel dans lequel elle est. Puis au fil du temps je me suis aperçu que c'était assez proche de l'anarchisme, donc après je me suis cultivé, un peu comme Numa, j'ai lu pas mal de trucs, pas mal d'articles sur ce que c'était, sur les idées et puis voilà.

I&AL : Donc, en lisant des journaux, des productions anarchistes comme des livres...?

Léo : Ouais voilà, mais surtout grâce à internet.

 

Propos recueillis par Hervé du groupe Albert Camus de la CGA Toulouse.