lun 10 octobre 2011

Présidentielles 2012 : vous reprendrez bien un peu de capitalisme !

CGA

Plus que jamais les enjeux économiques et sociaux sont énormes. Tous les thèmes de campagnes sont des problèmes qui s'enracinent dans le système économique capitaliste et qui ne peuvent être résolus sans sortie du capitalisme. Tous les problèmes que rencontrent les travailleurs et les travailleuses sont des conséquences du capitalisme mis tous les partis qui vont présenter un candidat ou une candidate à cette élection nous proposent encore une grosse louche de capitalisme. La gauche et la droite sont depuis longtemps tout acquis au capitalisme et même à sa variante ultralibérale. Et pour ce qui est de la « gaude de la gauche » ou de la « gauche de la gauche de la gauche » (on ira loin dans les nouvelles appellations au fur et à mesure des trahisons électorales) il n'y a guère qu'en vue de la présidentielle de 1981 qu'elle pouvait encore s'engager faire sortir la France du capitalisme en cinq ans. Désormais, plus personne n'y croirait, et à raison. Aussi, aujourd'hui, le Front de gauche, le NPA et Lutte ouvrière réunis ont un programme bien moins à gauche que le Parti Socialiste de 1981 ! Il n'y a plus qu'à penser au bilan des deux septennats de Mitterrand pour se rendre compte à quel point ce serait faire preuve de naïveté que de gâcher un beau dimanche pour aller élire les candidat-e-s de ces partis.

Même l'extrême gauche donc, propose de gérer le capitalisme et non pas d'en sortir. Et finalement heureusement, car une sortie du capitalisme orchestrée par un gouvernement c'est soit un mensonge électoraliste, soit la voie la voie la plus sûre vers une dictature qui de surcroit, au fond, sera toujours capitaliste : l'URSS n'était qu'un capitalisme d'État. En effet, il est parfaitement impossible de construire une alternative au capitalisme à l'aide de l'outil « gouvernement ». Car l'essence même du capitalisme c'est la hiérarchisation des hommes et des femmes. Comment en effet accumuler du capital pour accumuler encore plus de capital afin d'accumuler toujours de capital, etc... si ce n'est pas au détriment de la majorité de la population ? L'État lui est nécessaire pour légitimer et protéger par la force s'il le faut l'appropriation privée des richesses collectives. Si le capitalisme a toujours besoin de l'État pour se perpétuer et pour se développer, tout État (parce qu'il est le pouvoir concret d'une minorité privilégiée) est nécessairement le socle d'une économie d'accumulation du capital soit en se contentant de maintenir l'ordre soit en administrant l'économie lui-même.

 

Qu'est-ce qui s'effondre aujourd'hui ?

Bien-sûr il existe des formes intermédiaires. C'est ce que l'on a appelé « l'État providence ». Et c'est précisément ce qui est en train de s'effondrer aujourd'hui. L'État providence au fond, est un compromis de classe auquel les membres de la bourgeoisie les plus soucieux de la pérennité du capitalisme ont pu consentir, aidés en cela un peu (et même beaucoup) par les luttes ouvrières du 20ème siècle. L'État providence est un compromis dans le sens où il limite un minimum le vol par les capitalistes de la richesse produite par les travailleurs et les travailleuses afin d'éviter l'effondrement du capitalisme que ne manquerait pas de provoquer une crise de sous-consommation. L'État joue alors un rôle de redistribution minimal du capital vers le travail. Ce compromis a été imposé peu à peu au gré des diverses grèves et revendications ouvrières jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Mais visiblement, jusqu'alors, les conquêtes ouvrières (journées de huit heures, congés payés, etc.) ne suffisaient pas à « soutenir » l'économie et la crise de 1929 a sérieusement mis en péril l'existence même du capitalisme. La guerre de 39-45 a en grande partie servi de solution économique à cette crise. Le financement du parti nazi par les forces capitalistes dans les années 30 révèle le choix qu'avait fait la bourgeoisie d'alors. La guerre devait jouer le rôle d'un immense plan de relance. Et au lendemain de cette guerre, le bilan tiré fut que c'est par excès de capitalisme que le capitalisme avait failli s'effondrer lui-même en 1929. Dès lors, au sein de la bourgeoisie une opinion majoritaire s'est dégagée en faveur d'une redistribution minimale des richesses afin de soutenir la demande (condition nécessaire de la pérennité de ses profits) mais aussi pour calmer les ardeurs révolutionnaires très fortes alors au sein de la classe ouvrière. Bref, les contraintes politiques, le rapport de force entre les classes et la prise de conscience de ses intérêts à plus long terme par la bourgeoisie ont conduit à la fondation de ce l'on nomme depuis « l'État providence » et qui sera en grande partie responsable des fameuses « trente glorieuses » où les profits capitalistes se sont envolés tout en maintenant un niveau minimal de revenus salariaux pour garantir la « stabilité » du système.

Mais la bourgeoisie reste la bourgeoisie. En tant que classe elle est à l'image de ces grand-e-s patron-ne-s ou actionnaires qui veulent tout quand ils et elles ont déjà presque tout, comme des gosses. Et à partir des années 70, elle a lancé une nouvelle offensive destinée in fine à abolir les mécanismes de redistribution et les conquêtes ouvrières. C'est à partir des années 80, et plus précisément à partir de 1983, que cette contre-offensive libérale, ou révolution conservatrice, prendra effet concrètement à travers les politiques de la gauche, de la droite, puis de la gauche à nouveau, et encore de la droite et ainsi de suite jusqu'à aujourd'hui.

En trente ans, les gouvernements successifs ont ravagé les acquis sociaux. Privatisations, fiscalité en faveur des ménages les plus riches et du capital en général, dégradation des conditions de travail, etc. Ce retour de balancier en faveur du capital et au détriment du travail est la principale cause de la dette de l'État (outre notamment l'exil fiscal et la fraude fiscale du patronat). C'est donc la nature même du capitalisme qui est en cause.

 

La « crise de la dette » c'est la crise du capitalisme

Tant que le principal thème de campagne pour cette présidentielle sera « la crise de la dette », nous serons dans le mensonge, la manipulation idéologique et/ou l'amnésie historique. Car le véritable problème d'aujourd'hui, plus que jamais, c'est « la crise du capitalisme ».

Oui, on peut le dire, la configuration européenne actuelle évoque beaucoup celle des années 30. A force d'ultralibéralisme, les inégalités deviennent insupportables. Pourtant, c'est l'abolition définitive et massive des tous les mécanismes de redistributions qui vont vraiment ouvrir la voie à une situation type année 30.

Manifestement, l'offensive bourgeoise aura d'abord consisté à faire des réformes fiscales en faveur du capital enfin de provoquer la dette des États, et pour mieux brouiller ensuite l'origine du problème et mettre en accusation les mécanismes de redistributions des richesses. La situation est encore à peu près tenable tant que les États continuent à s'endetter. Le scénario catastrophe, avec l'extrême droite déjà en embuscade partout en Europe, sera vraiment engagé lorsque la bourgeoisie aura réussi à faire accepter aux peuples le dernier cycle de réformes dont elle rêve depuis au moins 30 ans. Ce dernier cycle de réforme sera celui qui mettra un terme à « l'État providence » lui-même sous prétexte de faire face à la dette : fini l'assurance chômage, fini la retraite par répartition, fini la couverture santé, fini le code du travail, etc. Quand nous en serons là, le pire sera plus que probable ! Cette situation c'est celle de la Grèce aujourd'hui, où toute l'économie s'effondre. L'État Grec s'est retrouvé en situation de dette à cause de ses politiques de rigueur. Et bien sûr, pour faire face à cette dette il a opté pour plus de rigueur encore. Aujourd'hui en France, les candidats et les candidates à la présidentielle nous proposent de choisir entre une rigueur économique de gauche et une rigueur économique de droite. Nous refusons ce choix !

 

Vous reprendrez bien un peu de...

Mais outre le problème de la « dette » fabriquée au fil des réformes libérales, chacun sait aussi que la présidence de la république a toujours été, est, et sera toujours synonyme de privilège et de délinquance financière. La position offerte par la présidence de la république est, de toutes les fonctions électives, la moins contrôlable par la société, la plus privilégiée. Comment s'étonner dès lors que tous les présidents de la république (et leurs gouvernements qui ne sont que des paniers de crabes d'Iznogoods qui rêvent d'être président à la place du président) se soient tous rangés du côté de la classe dominante ? C'est qu'il y a tant à gagner à le faire... et tant à perdre à ne pas le faire. Comment s'étonner aussi qu'ils aient tous trempé dans la magouille, chacun avec son style ? Choisir un président ou une présidente de la république c'est donc reprendre encore un peu de capitalisme, reprendre encore un peu de rigueur, reprendre encore un peu de financement occulte des partis que ce soit à travers les réseaux de la françafrique (gauche et droite s'y sont engraissés depuis l'ère De Gaulle) ou à travers la collusion avec les plus grandes fortunes du pays, reprendre encore un peu de dépenses personnelles au frais du contribuable, reprendre encore un peu d'auto-augmentation des salaires par les élus, reprendre encore un peu de surveillance illégale des journalistes les moins dociles (Sarkozy n'est pas le premier à vouloir savoir ce que savent les journalistes d'investigation ; Mitterrand n'avait-il pas fait poser des micros dans les locaux du Canard Enchaîné ?), etc.

 

 

Renouer avec le rapport de force collectif...

Bref, cette hiérarchie institutionnelle, par sa structure même est incapable de répondre aux enjeux qui se posent à nous les travailleurs et les travailleuses. Pierre Bourdieu a écrit quelque part un jour qu'il n'y avait pas de politique sociale sans mouvement social, et que cette relation était manifeste dans toute l'Histoire. Les élections n'ont rien à voir dans les progrès sociaux du dernier siècle. Ce que l'idéologie dominante tente de nous présenter comme des réformes de gouvernements (typiquement, les congés payés en 1936) s'avère toujours, dès lors que l'on regarde le contexte social du moment, le fruit d'une grève ou d'un rapport de force quelconque engagé avec la bourgeoisie. Il faut admettre cet état de fait, et en tirer les conclusions pratiques : nous devons nous organiser sur le terrain social pour faire plier cette classe dominante qui nous méprise. Nous organiser nous-mêmes, c'est nous doter de nos propres institutions populaires et antihiérarchiques pour prendre nos décisions et à terme, organiser une nouvelle société basée sur une économie démocratique qui va « du travail au travail ». Cette lutte sociale doit s'accompagner de l'abstention aux élections bourgeoise. D'abord bien-sûr, parce qu'elles ne nous servent à rien et nous mettent dans un rapport de dépendance et allégeance humiliant à l'égard de la classe dominante, mais aussi pour renforcer les luttes sociales avec le discrédit que l'abstention peut porter sur la classe politicienne dans son ensemble.

 

Liaison Clermont-Ferrand