mer 23 décembre 2009

Pourquoi la recomposition de la gauche est une impasse ...

A l’heure du capitalisme mondialisé, toutes les sociétés sont divisées en classes sociales antagonistes. En France, une minorité détient une part considérable des richesses. Cette minorité c’est le grand patronat. Les élections, en formant et légitimant une classe politicienne, portent dans les hautes sphères de la société une autre minorité de privilégiés : les grands décideurs. La société se trouve ainsi scindée en deux catégories d’individus, une ultra-minoritaire et privilégiée, une autre ultra-majoritaire et spoliée. Les exploiteurs volent le fruit du travail des salarié-e-s et les décideurs volent le pouvoir de décision de toutes celles et ceux qui ne sont pas élu-e-s. Ces deux systèmes de domination s’appuient mutuellement. Le patronat et les politiciens constituent ainsi la classe privilégiée. Détenteurs de privilèges (politiques pour les uns, économiques pour les autres et bien souvent les deux à la fois) ils s’allient forcément pour les défendre et les étendre. Ce rapport de force porte un nom, c’est la lutte des classes.

Les élections, en organisant le privilège politique sont le meilleur garant des injustices sociales en leur donnant une légitimité. Si l’on adopte ce point de vue, il n’est plus étonnant que la classe dominante nous bombarde de campagnes de propagande pseudo-citoyennes pour participer à chaque échéance électorale. De toute évidence, l’espoir de l’alternance remplit une fonction politique indispensable au système: dissoudre la révolte des révoltés pendant que le gouvernement gouverne.

 

Si la gauche a toujours fini par trahir et décevoir les travailleurs, c’est parce qu’elle n’incarne pas la bonne stratégie pour défendre nos acquis ou en gagner d’autres. La conquête du pouvoir est incompatible avec la conquête de la justice sociale car plus le pouvoir que détiennent les uns sur les autres est fort, plus grandes sont les injustices. Dès lors, on comprend pourquoi à travers l’histoire les gauches n’ont pu sortir du dilemme gestion du capitalisme ou dictature. Car, il ne s’agit pas de savoir si telle ou telle force de gauche est « honnête » ou « malhonnête » (ce serait trop simple !) mais bien plutôt de comprendre que le système institutionnel actuel interdit à toute force politique quelle qu’elle soit d’être juste. De la même façon que dans le domaine économique la concurrence interdit à un patron d’être plus humain que les autres ; dans le système électoral, le candidat immoral multiplie ses chances d’accéder au pouvoir pendant que le candidat « de conviction » est éliminé tôt ou tard par la sélection des logiques d’appareils. Les gauches européennes actuelles illustrent parfaitement le propos : qui peut croire aujourd’hui que Tony Blair, Gerhard Schröder, Romano Prodi ou Ségolène Royal incarnent une perspective de changement social pour les exploité-e-s ?

 

Aussi, la victoire de l’UMP aux élections présidentielles et législatives de 2007, ne trouverait que plus ample confirmation dans les faits si nous fondions nos espoirs dans une énième recomposition de la gauche ou « de la gauche de la gauche ». En jouant le jeu des institutions représentatives (conçues et imposées par la bourgeoisie au lendemain de 1789) elles se condamnent à pourrir dans le carriérisme politique. Dans les élections, la cause de la justice sociale et du progrès de la liberté se prendra toujours les pieds dans le tapis rouge du privilège. Pourquoi l’anti-capitalisme du parti socialiste d’avant 1981 a totalement disparu dès lors qu’il est devenu un « parti de gouvernement »? C’est parce que les privilèges ne seront jamais abolis par des privilégiés. Or, tout gouvernement est une minorité privilégiée. C’est cette évidente réalité qui doit nous éclairer plus que jamais.

 

Face à la droitisation de la gauche et à l’espace politique qu’elle libère il y aura toujours une « gauche de la gauche », une « gauche anti-libérale », et sûrement bientôt une « gauche de la gauche anti-libérale ». La profusion des nouvelles appellations n’est que l’indicateur des vraies-fausses nouveautés qu’elles incarnent. Aujourd’hui, le PS est dans l’opposition. Il va relancer sa machine infernale de reconquête de l’électorat par les techniques politiciennes de toujours: la simulation et la dissimulation. Tout cela est limpide. Nous n’avons pas de temps à perdre avec les gesticulations politiciennes de tous les partis et leurs scrutins à gogos…

 

Non, il est vraiment temps de faire preuve de lucidité et de retrouver notre dignité ! La construction d’un mouvement social large fondé sur la démocratie directe est non seulement la seule issue mais surtout… la meilleure. C’est dans un tel mouvement que nous retrouverons notre pouvoir de décision et donc que nous pourrons récupérer ce que le patronat nous vole. Ce n’est pas la recomposition de la gauche qu’il faut attendre, c’est la décomposition du système qu’il faut provoquer. Sarkozy ! La rupture c’est nous !

 

Alcime (CGA – Cantal)