dim 8 avril 2012

Nucléaire, aux actionnaires les profits, aux peuples les les déchets.

CGA

A Fukushima ou ailleurs, dans le nucléaire, la sidérurgie, la chimie, le scénario est classique. Mise en place d'infrastructures industrielles aux frais de la collectivité, commercialisation de la production au profit des actionnaires, puis abandon du site lorsqu'il cesse d'être rentable. Ce sera alors à la collectivité de se charger de la remise en état des lieux, voire de la décontamination, pour des raisons de salubrité ou de sécurité. Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit : « On a pressé le citron, on peut jeter la peau. »i.

 

Une spécificité de l'industrie nucléaire (et pas la pire...) réside dans la démesure des coûts de construction puis de démantèlement. Et encore, c'est dans le cas ou il n'est pas nécessaire d'indemniser d'éventuelles victimes d'un improbable accident. Allez raconter aux Japonais en quoi l'accident est improbable... Au fait, TEPCO ne payera qu'environ 10% des dégâts évalués, ils n'ont pas assez d'argent...

 

Un rapport d’une commission mandatée par le gouvernement japonais pointe le laxisme dont a fait preuve TEPCO en n’ayant pas pris en compte l'éventualité d’une catastrophe comme celle du 11 mars 2011. On croit rêver ! Quelle société capitaliste privée se lancerait dans l'aventure nucléaire si elle devait supporter les conséquences d'un accident ?ii . Mais quel est l'objectif d'un tel rapport ? A n'en pas douter, après nous avoir dit que l'accident n'arriverait pas, et alors qu'il est arrivé, il leur faut à tout prix accuser TEPCO pour disculper la filière nucléaire.

 

En France, un rapport récent de la cour des comptesiii relatif au coût du nucléaire vient conforter ce que disent depuis longtemps les opposants au nucléaire. Le nucléaire coûte très cher, mais on ne sait pas réellement combien. La bataille des chiffres a assez peu d'intérêt ici tant les Milliards d'€ sont des grandeurs qui nous parlent peu. Pour donner une idée de ce coût, le seul démantèlement qui est estimé à 600 Milliards d'€ représente de quoi verser un salaire de 2500€/mois à cent mille personnes durant un siècle. EDF peut embaucher, en partant du principe qu'une fois privée de ressources de production, EDF puisse payer cent mille personnes... Donc, qui va démanteler ? Que se passe-t-il si un opérateur privé tel TEPCO se déclare en faillite ? On laisse les centrales dans leur jus ? Imaginons que personne ne soit volontaire pour faire le sale boulot, faudra-t-il en contraindre certains ? A-t-on chez nous des armées de volontaires pour aller s'irradier ? Verra-t-on Pôle-Emploi radier un chômeur qui aurait refusé par deux fois un boulot dans une centrale nucléaire ?
(
Tu t'irradies ou t'es radié !!!)

 

Le ministre de l'environnement japonais veut faire accepter un centre d'entreposage des déchets issus de la décontamination à Futaba, près de Fukushima. L'accueil est contrasté. Les riverains qui pensent ne jamais pouvoir rentrer chez eux sont prêts à accepter alors que ceux qui veulent revenir n'y sont pas favorables (évident). Mais, s'il n'y a pas de centre d'entreposage, la décontamination n'est pas possible et le retour non plus. Face à ce cruel dilemme, certains demandent que l'entreposage ne dure pas plus de trente ans. Mais après, on les met où les déchets ? D'aucuns pensent que cet entreposage dit temporaire deviendra un centre de stockage définitif. M'est avis qu'ils ont raison...

 

Un an après la catastrophe de Fukushima, qu'est-ce qui a déjà changé ou qui pourrait changer dans le monde à propos du nucléaire ? Pas grand chose dans l'immédiat, mais à moyen terme, le nucléaire est cuit (sans rire). Areva connaît de gros problèmes financiers. Le carburant Uranium s'épuise. La technologie nucléaire n'est pas rentable. Au moment où le mouvement de contestation marque le pas (peu de nouveaux chantiers...), est-il possible que l'échec économique ait raison de cette industrie mortifère ? Une chose est certaine : par manque de moyens financiers pour en construire de nouvelles, les centrales françaises existantes vont turbiner encore longtemps. Alors que dans 5 ans, 42 réacteurs sur 58 auront atteint leur durée de vie initialement prévue, ce qui devait durer 30 ans durera 40, voire 50, et on parle de 60 ans !!! La probabilité pour qu'une panne survienne augmente avec la vétusté, tout le monde le sait, mais peu importe. « Business is Business ».

 

Au Japon, alors que la technologie nucléaire devrait être marquée du sceau de l’infamie suite aux bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki et à l'accident de Fukushima, le gouvernement japonais se montre tout aussi borné, autiste et assassin que par chez nous en affirmant : « Même si les probabilités d'accident sont faibles, ceux-ci peuvent avoir des conséquences tellement graves qu'il faut que toutes les précautions soient prises ». Sauf arrêter les centrales bien sûr !

 

Ne pas stopper les réacteurs au terme de la durée de vie initialement prévue nous fait prendre un risque supplémentaire. EDF n'est pas assez riche pour nous protéger des 17 tares inhérentes à la conception des centrales nucléaires listées depuis 1977 par la NRC (Nuclear Regulation Comission). On sait déjà qu'irradié 24h/24, l'acier des centrales perd de sa résistance mécaniqueiv. L'avenir proche nous dira si c'est au point de provoquer une catastrophe de plus? Une seule solution : Sortie Immédiate si on veut en sortir vivants !

JMT, Toulouse, Février 2012

i Pour les moins de 20 ans, extraits d'une chanson de François Béranger.

 

 

ii Aux USA, aucun réacteur n'a été mis en chantier après Three Miles Island en 1977. Trop risqué financièrement. Mais en France, une loi de 1968 modifiée le 16 juin 1990, précise dans son article 3 que « le montant maximum de la responsabilité de l’exploitant est fixé à 100 millions d'Euros pour un accident nucléaire ». 100 Millions d'Euros, c'est 10% du résultat net 2010 d'EDF...

 

 

iii Les coûts de la filière électronucléaire - janvier 2012

 

 

iv Voir Science et Vie N° 1038 de Mars 2004