dim 1 mars 2009

NPA : Ne Pas Avaler

Forte de la réussite médiatique de son casting électoral en la personne d’un jeune facteur « sympa », et des subsides d’Etat tombant dans ses caisses, la LCR poursuit sa stratégie racoleuse visant à distancer définitivement ses concurrents trotskistes, LO qui peine à sortir de ses rigidités monacales et le PT devenu POI spécialisé dans l’entrisme autant qu'à prendre la place d’un PC moribond, à la gauche d’un PS droitisé et cogestionnaire du capitalisme. Le créneau est porteur qui voit des transfuges de la social-démocratie essayer de récupérer les voix des déçus de la social-démocrate en une prolifération de nouveau partis « de gauche », PG, NEP, et de fronts communs.
La Ligue a une longueur d’avance et tente de rebondir après l’échec (du contrôle) de la candidature unitaire anti-libérale lors de la présidentielle de 2007. Pour cela, elle tente d’amalgamer dans un nouveau parti toutes les forces politiques qui s’opposent au libéralisme économique, de récupérer tous les mécontentements populaires exprimés par les mouvements alter mondialistes, les inquiétudes écologistes, les luttes sociales (sans-papiers, CPE, référendum européen) dans un front flou : l’anticapitalisme. Jusqu’aux libertaires qu’elle tente de dévoyer de leur anti-électoralisme obstiné.
Bien que la stratégie à long terme ne doive pas être dévoilée, le fonctionnement du parlementarisme ne laisse aucun doute sur l’objectif : prendre la place qui était celle du PC après la 2° guerre mondiale et devenir l’incontournable force à la gauche du PS, pour, malgré les dénégations actuelles, imposer à celui-ci une future alliance dans la conquête du pouvoir par les urnes. Car le but de la Ligue n’a pas changé. C’est la prise du pouvoir d’Etat pour l’instauration d’un pouvoir « ouvrier », c'est-à-dire celui du bureau politique du Parti, avant-garde éclairée emmenant le peuple sur la voie radieuse du communisme autoritaire. Les projets de statuts du NPA sont clairs. Ils affirment le centralisme démocratique et la planification économique. Ça rappelle de vieux souvenirs, quand la démocratie disparaissait derrière le centralisme et la bureaucratie rouges.
Mais les barons rouges de la LCR, les Krivine, les Bensaïd et autres ont pris la mesure de l’évolution sociologique et de la diffusion des idées libertaires dans la population depuis Mai 68. Il convient donc de se parfumer au goût du jour et de s’affirmer libertaire histoire de racoler les timorés qui n’ont pas fait le deuil de l’Etat comme instrument du changement social. Déjà Lénine et son disciple Trotsky avaient tendu le piège du futur dépérissement de l’Etat après une période transitoire. Celle-ci a duré 70 ans en Russie, de dictature, de mensonges et de répression féroce, et s’est terminée par le retour au capitalisme le plus sauvage. Certains à la LCR estime cette période transitoire à 100 000 ans.
La gouvernance des trotskistes du PT au Brésil vient doucher la naïveté de ceux qui croient en une révolution légale,  par les urnes. Pris dans le jeu des organisations et traités internationaux, ainsi que dans le chantage des bailleurs de fonds, le modèle participatif ne s’applique guère qu’au ramassage des poubelles et à la desserte des transports en commun. Au nom de la realpolitik, les intérêts capitalistes sont préservés.
On peut s’interroger sur la popularité médiatique du petit facteur orchestrée par la presse bourgeoise. Besancenot n’est-il pas l’allié objectif de Sarkosy, comme un jeu de miroir de l’instrumentalisation de Le Pen par Mitterrand afin de diviser et d’affaiblir la droite ? Les tentatives pathétiques d’intoxication de l’opinion par la mise en scène d’une ultra gauche « terroriste », d’un ennemi intérieur, ne tiennent-elles pas d’une promotion-diabolisation visant à empêcher le PS de revenir au pouvoir ? L’empressement de la Ligue à démentir tout lien avec les activistes de Tarnac prouve qu’elle a senti le vent du boulet.
En tous cas, nous, anarchistes, ne sommes pas dupes. Le NPA, comme la Ligue, sera un parti autoritaire avec bureau politique, ligne du parti, luttes internes pour le contrôle des instances dirigeantes, stratégies électorales, alliances opportunistes, places à prendre, carrières… Toutes choses bien éloignées de l’autogestion, du fédéralisme libertaire, de la libre association et de l’autonomie des groupes.
Alors ne nous laissons pas prendre au jeu de l’efficacité unitaire fourre-tout et au mythe de l’Etat ouvrier. L’Etat est toujours un instrument de coercition au service d’une classe, qu’elle soit économique ou bureaucrate, bourgeoisie ou Nomenklatura. Qui dit Etat dit raison d’Etat, écrasement de l’individu au nom de l’intérêt général, secret d’Etat, barbouzeries et manœuvres occultes pour conserver le pouvoir et les privilèges afférents.
Comme l’affirmait le sénateur maffieux Pasqua, la liberté s’arrête où commence la raison d’Etat. Et nous, anarchistes, défendons la liberté comme qualité ontologique de l’être humain.
Ni Etat, ni Parti.

Pour une analyse plus approfondie, rendez vous sur le site de l’En Dehors