lun 1 octobre 2012

Nous ne leur devons rien !

CGA

(C'est eux qui nous doivent tout !)

 

Nous faire payer la dette, c'est du rackett parce que nous ne sommes responsables d'aucune des décisions politiques qui ont abouti à la situation actuelle, et dont le seul objectif est d'enrichir toujours plus les rentiers.

 

L'augmentation de la dette publique est un phénomène assez ancien, qui trouve son origine bien avant la récente crise financière. Elle est la conséquence directe de trois choix politiques, mis en place par les gouvernements de gauche comme de droite à partir des années 80, dans la plupart des pays riches. Ces trois choix politiques obéissent aux demandes et aux intérêts des prêteurs de capitaux (dont les banques), c'est à dire des personnes et des entreprises en surplus de pognon : baisser les impôts des plus riches, emprunter aux prêteurs sur les marchés financiers pour financer la dette, maintenir des taux d'intérêts élevés.

 

L’augmentation de la dette publique à partir des années 80

 

Le premier de ces choix, les baisses d'impôts en faveur des ménages les plus riches et des plus grandes entreprises, se fait concrètement par différentes mesures. En France : baisse du nombre de tranches et du taux marginal de l'impôt sur le revenu, niches fiscales, mesures d'allègement de l'impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, loi TEPA du gouvernement Fillon, etc. Le pourcentage que l’Etat prélève sur la richesse nationale diminue, donc ses recettes diminuent, et donc la dette augmente. Ainsi, ce n’est pas une augmentation des dépenses, mais bien une diminution des recettes prélevées sur les privilégiés qui a largement contribué à creuser la dette publique. Le très officiel rapport Champsaur-Cotis estime que sans ces cadeaux à la classe possédante, la dette publique de l’Etat français ne s'élèverait pas à 80% du PIB mais à 60% ! Des politiques similaires sont à l’œuvre dans tous les pays d'Europe.

Les riches ont donc du pognon en plus. Mais ils se demandent quoi en faire. Monter une troisième usine de Kazoo et commencer une multinationale ? Non, y'a plus rentable et moins risqué : le prêter aux Etats, et se faire rémunérer par les intérêts ! Ça tombe bien, puisque les Etats, dont les rentrées d'argent diminuent désormais, sont contraints d'aller emprunter sur les marchés financiers pour équilibrer leurs budgets ou payer les intérêts de la dette. Le recours aux marchés financiers est le deuxième choix politique qui sert directement les intérêts des prêteurs de capitaux, qui y gagnent les intérêts, plus ou moins élevés selon le risque de non-remboursement de la dette. Cette solution est appuyée par certaines théories économiques, car elle est sensée être moins coûteuse et plus sûre (...). Il y aurait une autre possibilité : éponger la dette par la création monétaire. Mais une autre théorie dominante à partir des années 80, le monétarisme(1), disqualifie cette solution, car elle créerait de l'inflation. Pour maîtriser l’inflation, et ainsi sortir de la stagflation des années 70, elle propose d’appliquer des taux d’intérêts élevés.

La dette des pays du Sud explose soudainement au début des années 80 lorsque la Banque Centrale des Etats-Unis (la FED) décide de remonter ses taux d'intérêt sous l’influence de son nouveau directeur, acquis aux théories monétaristes. Les titres de dettes d'Etats du Sud deviennent un nouveau placement très fructueux. Car lorsque le taux d'intérêt – le prix de l'argent – augmente, la dette est d'autant plus chère à rembourser, mais elle rapporte d'autant plus au prêteur. La plupart des pays qui ne peuvent plus rembourser leurs dettes acceptent l'aide du FMI. Pour savoir ce qu'étaient ces « plans d'ajustement structurel » il suffit de regarder le marchandage ignoble proposé à la Grèce par le FMI : de nouvelles dettes pour rembourser la dette en échange de mesures d'austérité suicidaires. Les pays du Nord doivent aussi faire face à un renchérissement du coup de la dette, et à des recettes qui stagnent dans un contexte de croissance lente, freinée justement par les taux d'intérêt élevés. La dette augmente donc aussi au Nord, plus lentement mais sûrement.

 

L’explosion récente de la dette publique liée à la crise

 

Dernièrement, avec la crise financière et économique, le niveau de la dette publique de tous les pays riches, ou presque, a brutalement explosé. Pourquoi ? A cause principalement du sauvetage de banques en faillite par les gouvernements ! Alors que ce sont elles qui ont déclenché la crise avec les subprimes ! En plus, le sauvetage s'est fait sans contreparties (ces contreparties auraient pu être des propriétés des banques : parc immobilier, entreprises, etc.). On peut estimer entre 5% et 15% l'augmentation de la dette publique due au sauvetage des banques dans le cas de la France, mais plus pour d'autres pays. Ainsi en Irlande, le déficit public(2) pour l’année 2008 devait être de 11,6%, mais le renflouement de l'Anglo Irish Bank, indispensable plaque tournante du capitalisme à l’Irlandaise, l’a fait monter à 32 % !

 

L'autre explication de l'augmentation spectaculaire de la dette publique est plus banale. En se répercutant en récession, la crise financière contribue à diminuer la richesse en circulation dans le pays et donc les rentrées fiscales et, parallèlement, les dépenses sociales augmentent (chômage et minimas sociaux notamment). Les recettes diminuent, les dépenses augmentent, donc les Etats doivent emprunter encore plus d’argent pour se financer... En prenant en compte cet effet et le précédent (le sauvetage des banques), on a la totalité de la hausse spectaculaire de la dette publique de tous les pays d'Europe depuis 2008.

Mais si cela est arrivé dans tous les pays du Nord, pourquoi cela a-t-il posé un problème en Europe ? Augmentation de la dette ne veut pas forcément dire “crise de la dette”. La “crise de la dette” arrive quand le prêteur craint que l'emprunteur ne pourra pas rembourser. Les spéculateurs avaient toutes les raisons de parier sur un non remboursement de la dette par la Grèce et d’autres pays d’Europe, faisant ainsi encore monter les taux d’intérêt et donc le coût de la dette, et donc aggravant le risque de non-remboursement. A l’inverse, aux USA ou au Japon, la dette est plus importante mais moins fragile : des mécanismes institutionnels rendent la possibilité de non-remboursement moins probable et donc rendent ce pari plus incertain. La solidarité financière entre Etats était par exemple interdite dans l’UE. Serait-il pensable par exemple que l'Etat fédéral US refuse d’aider la Californie alors que celle-ci a une dette publique très importante ? De même, les traités européens interdisent la BCE de prêter directement aux Etats, contrairement aux USA. Donc la BCE prête aux banques à un taux proche de 0% et les banques privées prêtent à leur tour aux Etats à des taux élevés, empochant du pognon au passage.

 

Conclusion

 

Voilà pour les raisons historiques qui expliquent comment s'est constituée la dette. Nous faire payer la dette, c'est du rackett parce que c’est la classe capitaliste qui a contracté cette dette. La faire payer maintenant aux travailleurs, c’est du vol, purement et simplement ! Ce sont ceux qui nous ont foutu dans la merde qui exigent maintenant qu'on se serre la ceinture pour leur filer des thunes. Plus fondamentalement, nous faire payer la dette c'est du rackett parce que c'est nous qui produisons toutes ces richesses (même l'argent qui circule en Bourse : ce ne sont que les profits réinvestis en bourse des patrons; les dividendes des actionnaires ne sont qu’un sous-produit du profit fait sur notre dos). Il n'y a pas un centime de richesse en circulation qui ne vienne pas du travail humain. Nous ne leur devons rien ! C'est eux qui nous doivent tout ! Pourtant, ce texte le montre : les capitalistes sont clairement en guerre pour nous voler toujours plus de cette richesse. A nous d’organiser la riposte populaire.

 

1. Dont le théoricien central, Milton Friedman fut, avec son équipe de “Chicago Boys”, conseiller économique spécial de Pinochet.

2. Pour comprendre la différence entre déficit publique et dette publique, voir l’article “serrons les poings, pas la ceinture” dans le numéro 89 d’ Infos et Analyses Libertaires. Disponible sur le site internet de la CGA.