jeu 2 mai 2013

A Notre-Dame-des-Landes, seule la lutte décolle !

CGA

En France comme ailleurs, les pouvoirs publics alliés au privé s'investissent dans des opérations dont l'issue ne sert que leur soif de pouvoir et leur folie des grandeurs. Comment ne pas penser dans le cas du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes à d'autres projets aussi inutiles, comme le symbole espagnol du gaspillage à grande échelle que fut l'aéroport de Ciudad Real près de Madrid_? Prévu pour accueillir 2,5 millions de passager·e·s par an a été finalement abandonné en 2011 faute de trafic pour devenir un aéroport fantôme... Les points communs poussent à réfléchir. Les exemples de ces gouffres économiques sont d'ailleurs nombreux, et leurs répercussions sont toujours les mêmes. En dépit des évidences, Jean Marc Ayrault désire aveuglement son monument et fait dans la démesure. Ce projet de second aéroport à Nantes (ville dont il a été maire de 1989 à 2012) n'est pas récent mais a fait parler de lui fin 2012 car la répression contre ses opposant·e·s a été particulièrement violente. Les médias de masse se sont saisis de l'affaire pour faire du sensationnalisme, mais prennent le plus souvent bien soin de ne pas aborder les raisons de la contestation. Elles sont pourtant nombreuses et fondées. Ce projet de construction d'un second aéroport à quelques dizaines de kilomètres du premier est une triple aberration, économique, écologique et démocratique.

Un peu d'histoire

Les origines du projet remontent à 1963. L'État cherche alors à créer des «_métropoles d'équilibre_» pour contrebalancer l’hyper-centralisation parisienne mais aussi permettre l’atterrissage du Concorde. Le site de Notre Dame des Landes est choisi en 1968, mais la résistance des paysan·ne·s locaux dès les années 70 et la crise pétrolière mettent le projet en veille. Il n'est réactivé qu'en 2000 par Jospin et est reconnu «_d'utilité publique_» en 2008. Un an après, les forages commencent, mais les engins de travaux sont la cible de blocages et de sabotages. Résultat_: 150 agents des «_forces de l'ordre_» gardent le site. En septembre, à l'issue du Camp Action Climat tenu sur le site, les militant·e·s écologistes appellent à l'occupation des bâtiments expulsés avec le soutien des locaux. Depuis, les actions se sont diversifiées_: occupations, manifestations tracto-vélo, grèves de la faim, blocages, sabotages des outils de Vinci et de ses sous-traitants à travers toute la France, péages gratuits...

Une triple aberration

Aberration économique car la crise actuelle du capitalisme fournit à l’État un prétexte idéal pour réduire encore plus les dépenses publiques. Or, cet aéroport coûtera officiellement 556 millions d'euros dont 239 directement payés par les citoyen·ne·s incité·e·s par ailleurs à se serrer la ceinture. A cela, il faut ajouter environ 40% de dépassement de budget puisque ceux-ci sont connus pour être artificiellement bas lors de la phase d'appel d'offre. Selon le Canard Enchainé on approcherait les 4 milliards d’euros en comptant les nouvelles routes et voies ferrées, tout ça alors que l'État effectue des coupes dans les budgets et les postes de fonctionnaires. Et encore, c'est sans compter les coûts liés à l'extension de la métropole nantaise vers Saint-Nazaire (dynamique productiviste qui s'articule autour du projet d'aéroport et qui y rallie les derniers dinosaures du stalinisme productiviste comme Yves Tual, ex-secrétaire général de la CGT du Port de Saint-Nazaire) et le déplacement des zones d'activité (industrielles et commerciales) vers le nord. C'est VINCI qui a remporté le marché_: cette multinationale, bétonneuse du parking à la centrale nucléaire, a donc obtenu le droit de construire l'infrastructure mais aussi de la gérer pendant 55 ans dans le cadre des partenariats public/privé comme c'est déjà le cas pour plusieurs prisons... et les aéroports de Nantes Atlantique et de Saint-Nazaire (depuis 2011). Quand on sait que le pic pétrolier a déjà été atteint, on est en droit de se demander s'il y aura encore beaucoup d'avions ne serait-ce que dans 30 ans. Mais non, les promoteurs et les promotrices du futur-ex aéroport (État, capitalistes locaux – à travers l'ACIPRAN – et multinationaux) tablent sur un quasi-triplement de l'activité par rapport à la situation actuelle... quand une modification du fonctionnement et des infrastructures de l'actuel aéroport de Nantes suffirait largement à répondre à l'augmentation du trafic. On ne vit décidément pas dans le même monde !

C'est aussi une aberration écologique, car ce ne sont pas moins de 1600 hectares de zones humides, mais aussi de bocages, terres agricoles qui seront définitivement détruits. Théoriquement, la loi sur les zones humides devrait garantir leur préservation en obligeant ceux qui les détruisent à en re-créer d'artificielles sur un territoire deux fois plus vaste, sur le même bassin versant. Pour le dire plus simplement, l'État et Vinci devraient s'engager à reproduire artificiellement 3 200 hectares de zones humides à proximité, ce qui s'avère géographiquement impossible à mettre en œuvre. Mais la loi, c'est l'État, et ce n'est pas la première fois qu'il la passe à la trappe pour préserver/augmenter les profits des capitalistes d'entreprises et des propriétaires. Autant de terres déjà valorisées soit par de petites unités de production alimentaire locales, soit sauvegardant un territoire naturel riche et fragile accueillant plusieurs espèces protégées. Par ailleurs, l'avion est le moyen de transport le plus consommateur d'énergie fossile et polluante. Il est temps que nous stoppions cette course aux délais pour sauvegarder notre environnement et donc notre qualité de vie.

Enfin, c'est une aberration démocratique car si ce projet avait été à l'initiative des populations concernées, l'affaire serait close. Mais, comme pour tous les grands projets inutiles, ce bétonnage pharaonique pour un moyen de transport réservé aux plus aisé·e·s a rencontré une forte résistance populaire. A l'heure actuelle, ce mouvement toujours plus étendu et créatif fait face à une répression massive orchestrée par le gouvernement. Face au bon sens et à la lutte collective, l'État brandit matraques, flashs-balls et gaz lacrymogènes contre les individu·e·s et des bulldozers contre leurs habitations. Un opposant est incarcéré depuis le 28 novembre, un second vient d'être relâché et des centaines ont été blessé·e·s. Avec un cynisme ahurissant, Ayrault, voyant la contestation enfler a reporté le chantier de 6 mois pour organiser une commission de «_dialogue_». Une belle leçon de démocratie représentative puisque cette commission n'a pas pour vocation de remettre en cause le projet mais simplement de l'expliquer, insinuant que celles et ceux qui sont contre ne le sont que parce qu’ils et elles l'ont mal compris. Ce genre de «_dialogue_» rappelle la campagne de communication sur les nanotechnologies où n'étaient invité·e·s aux débats que des pro-nanos. La prochaine concernera peut-être le gaz de schiste... Heureusement les opposant·e·s ne sont pas dupes et maintiennent la pression. La lutte reçoit l'approbation d'une majorité de la population, des collectifs (plus de 200 à travers toute la France et dans les pays limitrophes) se créent sur tout le territoire et le mouvement reçoit une solidarité massive, humaine, matérielle et financière. Deux films ont été tournés sur la ZAD ainsi qu'une exposition itinérante, qui sont largement diffusés par les collectifs locaux.

Les formes de la lutte

Sur la ZAD, de nombreuses mouvances politiques coexistent et la complémentarité des modes d'action (du sabotage aux recours administratifs) est relativement bien comprise par l'ensemble des opposant·e·s. L'organisation s'articule autour de deux AG principales, la première, bimensuelle, regroupe tou·te·s les opposant·e·s (individu·e·s et organisations), et la seconde, hebdomadaire, rassemble les occupant·e·s. Seuls Europe-«_Écologie_»-Les-Verts (EELV) sont difficilement tolérés lors des manifestations du fait de leur présence et de leur inutilité au gouvernement.

Cela dit, affirmer que l'unité se fait naturellement et tranquillement est aussi faux que les arguments en faveur de la construction de l'aéroport. La vie quotidienne sur la ZAD est usante, l'occupation militaire et les violences permanentes qui en découlent nuisent évidement à la sérénité des relations, bien qu'elles ne doivent pas servir d'excuse. Des comportements sexistes et/ou violents ont notamment pu être observés à de nombreuses reprises sur le site, nécessitant la mise en place d'espaces de discussion et d'ateliers mixtes ou non. Cette lutte est avant tout le fruit d'une longue collaboration entre des acteurs aux stratégies et aux visions extrêmement différentes, ce qui ne se fait pas sans quelques difficultés et tensions.

Actualité récente et perspectives

La trêve liée à la commission de «_dialogue_» prenant fin, nous pouvons nous attendre à de nouvelles expulsions dans les semaines qui suivent. L'issue de la lutte dépendra donc de notre capacité à assurer la cohésion au sein du mouvement, à maintenir la pression, les actions et la solidarité sur tout le territoire, à continuer le travail d'information puisque les médias de masse se sont définitivement tus ou relaient la désinformation. Une rencontre de réappropriation des terres aura lieu le 13 avril, elle permettra concrètement à celles et ceux qui vivent sur place de réaffirmer leurs choix de résistance au bétonnage par des projets agricoles s'inscrivant dans la durée.*Cette lutte est capitale car elle met à jour les réelles motivations clientélistes du gouvernement envers Vinci et le mépris des dirigeant·e·s face à la question écologique et la volonté du peuple.*Résistons ensemble à l'aéroport comme à tous les grands projets inutiles, polluants et coûteux, exprimons notre solidarité pour les opposant·e·s par la lutte collective et l'action directe_!

Plus d'informations : http://zad.nadir.org

Groupe de Clermont-Ferrand