mer 1 juillet 2009

No Border, Sin Fronteras, Sans Frontières

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »

Est-ce mettre des frontières que de décliner cette réalité dans différentes langues ? Certainement non, à condition  de préciser que la pratique de langues différentes tout autant que les manifestations et créations culturelles différentes pour autant qu’elles peuvent être partagées ne représentent que des « frontières » pour la communication. A aucun moment, elles ne peuvent être assimilées à l’amorce d’oppositions, de désaccords et encore moins de conflits.
Il en va tout autrement des frontières «limites», celles qui bornent les Etats. Elles supposent une souveraineté « nationale ». A contrario des frontières «naturelles» (ou géographiques)  qui n’opposent aux individus qu’une gêne empreinte de neutralité, les frontières étatiques et/ou nationales se vivent comme des garde-fous, des barrières, des lignes de défense, des limites douanières, des fermetures, des espaces de contrôle, des lieux  d’exclusion etc.
Les frontières, faut-il le rappeler, sont intimement liées à l’histoire des conflits. Des tracés souvent complexes ont représenté l’aboutissement de discussions et  de traités d’où les rapports de force étaient loin d’être absents. Issus aussi du partage colonial, ces tracés ont été imposés à des pays en devenir, avant leur accession à l'indépendance. Seul le dogme de l'intangibilité des frontières a pu ainsi valider un statu quo fait d’équilibres fragiles et d’absence de cohésion interne.
Dès lors, il apparaît nettement que l’opposition aux frontières ne doit ni ne peut  se limiter à leur seule dénonciation mais doit nécessairement s’employer à expliciter auprès du plus grand nombre l’origine inégalitaire, répressive, porteuse d’exclusions et de hiérarchies, du concept « frontière » autant que de sa traduction dans le réel.
Condorcet écrivait en 1795 que «la destruction de l’inégalité entre les nations…»  était un des trois points devant favoriser le bon développement de l’espèce humaine. Ce faisant, il s’attaquait aux frontières nationales, grandes pourvoyeuses de conflits tout autant qu’à celles de l’inégalité entre les différents peuples.


Les Sans Papiers dans la tourmente…
La question des «Sans Papiers» est venue apporter, depuis près d’une quinzaine d’années, un éclairage nouveau à la thématique de l’abolition des frontières.
La France, présentée abusivement comme un pays défendant les  «Droits de l’Homme», nous fournit depuis des années l’affligeant tableau d’une nation recroquevillée autour de «son patrimoine», de ses certitudes et de «ses valeurs».  Les ministres de l’Intérieur qui se succèdent, de gauche comme de droite, n’ont eu de cesse de réprimer, de tenir des discours d’exclusion et de rejet des étrangers. Ils ont assuré la continuité du caractère répressif de l’Etat par l’utilisation de méthodes fascisantes. Ils ont créé des zones d’attente, des zones de non droit, intolérables formes du cynisme moderne.
En même temps, nous avons pu relever certaines contradictions :
- entre des experts qui voient l’immigration comme unique recours contre le vieillissement des populations européennes et la politique de l’État qui réduit toujours et encore les droits des étrangers.
- entre la large possibilité offerte à la circulation des produits et de l’information et l’instauration via les accords de Schengen d’une liberté de circulation limitée aux seuls ressortissants de l’espace européen.
Quant à la globalisation économique, elle est en connexion profonde avec le sort fait à  l'immigration à cause de la répression policière et des dérives institutionnelles qui l’accompagnent.
Il y a maintenant près d’une vingtaine d’années que l’Union européenne supprime les frontières en son sein mais pour mieux les renforcer contre l’Est et le Sud. L’actuel président de la Commission, José Manuel Barroso, n’a-t-il pas affirmé que la construction européenne est «une chance pour ceux qui vivent, circulent et font des affaires en Europe». En fait, l’Europe libérale et social-démocrate dresse bien plus de barrières entre les peuples qu’elle n’en supprime !
De nos jours, au nom de la «liberté» du commerce, le capitalisme dresse des murs entre les peuples en même temps qu’il abolit les frontières pour les marchandises. Il délocalise les lieux de production et fait exploser les volumes de biens transportés, engendrant une catastrophe écologique planétaire.


Les anarchistes dans la lutte…

Les anarchistes sont et seront toujours du côté des opprimés, luttant opiniâtrement pour la liberté des individus de circuler et de s’installer où bon leur semble. Ils ont toujours été de tous les combats contre les injustices et en particulier celles subies par les populations du tiers monde : esclavagisme, colonialisme, racisme, pillage des ressources naturelles, exportation des pollutions des pays industrialisés.
Les anarchistes sont favorables à l'abolition des frontières, autant matérielles qu’étatiques.  Ils sont conscients de la nécessaire dénonciation du système responsable de la situation déplorable faite aux «étrangers» : le capitalisme et son bras armé, l’État, qui créent des divisions artificielles entre exploités afin de pérenniser  la société de classes. Une société qui offre aux nouveaux arrivants une vie au rabais et l’exploitation dans la clandestinité, mais leur refuse l'accès aux services sociaux et à la richesse collective. La répression, elle, n'est jamais trop loin.
Les anarchistes sont porteurs d’un projet ambitieux et humain : une société  «Communiste et libertaire», une maison ouverte à toutes et tous, dans laquelle la liberté favorisera la rencontre des cultures, des langues et des civilisations.
Dans la  société libre souhaitée par les anarchistes, les frontières n’ont pas leur place, pas plus que les nations qui ne sont que les fruits pourris de l’exercice du pouvoir, socle de l’oppression économique, sociale et morale.
Comme alternative, ils pensent que la coopération internationaliste peut seule nous émanciper des contraintes économiques et des oppressions sociales.
Les anarchistes se reconnaissent au sein d’un mouvement grandissant de personnes et de groupes qui veulent en finir avec les déportations et les frontières : Joignez-vous à nous et enfin nous pourrons revendiquer, bien au-delà «des papiers pour tous», une  société  sans «plus de papiers du tout !»


Edward (Puig Antich-CGA)