jeu 1 mai 2008

Motion du congrès CGA de mars 2008 concernant la situation politique et sociale

CGA

Un gouvernement offensif et décomplexé

Le gouvernement issu des urnes en 2007 poursuit les politiques antisociales de ses prédécesseurs en s'attaquant à l'ensemble des conquêtes sociales du 20ème siècle. Ce processus engagé à l'échelle planétaire depuis plusieurs décennies, connaît une phase d'accélération en France et a comme finalité de garantir et d'augmenter les taux de profits capitalistes.

Pour y parvenir, le patronat, soutenu par le gouvernement, attaque tous azimuts. La flexibilité du travail est accrue et les maigres protections existantes sont éliminées les unes après les autres. Dans le même temps, la part des richesses produites est de moins en moins reversée au travail. En s'attaquant aux retraites, à la sécurité sociale et aux assurances chômage, le patronat réussit dans le même temps à opérer un hold-up magistral et à s'ouvrir des marchés colossaux. Les même vues sont appliquées pour les services publics et la fiscalité associée, où la part des contributions changent et les marchés s'ouvrent.

Le résultat de ces politiques est à la fois de rendre les salariés plus dépendants des entreprises, moins rétribués, et de dessiner une société totalement ouverte aux marchés.


Matraquage idéologique

Pour permettre ces transformations à marche forcée de la société française, les dirigeants économiques et politiques martèlent leurs valeurs à la fois pour justifier leurs réformes et pour servir de nouveau socle idéologique à la société qu'ils construisent. A la place de ce qu'il reste aujourd'hui des valeurs égalitaires et de solidarité, ils substituent les valeurs de mérite, d'autorité, de consumérisme et de culte de l'argent, de travail individuel, de compétition, de réussite et de responsabilité individuelle.

Dans ce nouveau contrat social les valeurs d'égalité sont « ringardisées » avec une offensive contre les droits de l'homme qui leur servent de socle, faisant ainsi sauter un verrou qui laisse la place au chacun pour soi et contre tous. Déjà, les politiques appliquées à la sécurité ou à l'immigration donnent un aperçu de ces tendances et laisse entrevoir que le chemin de la barbarie peut de nouveau s'ouvrir.

Dans un monde qui se durcit du fait de l'offensive de classe que mène la bourgeoisie, les gouvernements fabriquent une idéologie pour « période dure » qui permet de restructurer la société pour qu'elle s'accommode de cette nouvelle gouvernance.


De rupture en rupture

Les tendances décrites sont à l'oeuvre depuis plus d'une décennie et l'arrivée de Sarkozy à la Présidence n'a fait que les entériner définitivement. Plus qu'une rupture, ce sont des micro-ruptures régulières qui ont été infligées à la société, déplaçant ses valeurs toujours plus du côté de la réaction. L'acceptation totale du marché par la gauche et sa gestion du capital lorsqu'elle a gouverné, a participé à construire les idées dominantes d'aujourd'hui. De telle sorte qu'on a maintenant une homogénéisation de la pensée à gauche et à droite créant ainsi une classe politique unifiée et interchangeable, qui aspire à construire le même type de société. Les lignes de partage étant floues, il n'est pas étonnant que les tentatives de débauchages politiques marchent si bien dès qu'il y a un poste de pouvoir à la clef. Cette porosité devrait avoir de l'avenir.

Le type de politiques menées aujourd'hui a donc une surface électorale énorme qui lui assure une pérennité. Dans ce jeu, l'appareil UMP s'est assuré les moyens de sa domination. Mais il ne reste plus au PS qu'à construire sa nouvelle machine électorale du type « new labour » ou parti démocrate à l'américaine, et ainsi finir sa mue. Cette évolution marquera par contre la fin de ses anciens partenaires/satellites PC et Verts auxquels le PS ne donnera plus de fonction et qui seront incapables d'en trouver une nouvelle.


Champ syndical en transformation

Le mouvement social en général semble être sur la défensive et les idées révolutionnaires visant à son autonomie en recul. On assiste en effet à un recadrage des formes traditionnelles des mobilisations sociales par une représentation politique qui recourt à la spécialisation, la hiérarchisation des taches, la délégation de pouvoir, l’électoralisme comme forme de changement social.

Face aux attaques contre le monde du travail, les organisations syndicales qui pratiquaient la collaboration de classe en échange de « grain à moudre » octroyé par le patronat ou l'État, se transforment maintenant en machines d'accompagnement des mauvais coups. Leur salut se trouve dans une professionnalisation du syndicalisme, une vie syndicale verticale qui passe par les financements publics et une reconnaissance de leur rôle d'interlocuteur du pouvoir. Les organisations syndicales qui misaient, pour faire progresser les attentes des travailleurs, sur une dialectique alliant les luttes sociales des salariés et les gains électoraux de la gauche, se retrouvent aujourd'hui orphelines d'une représentation politique qui puisse faire avancer ses revendications.

Orphelines d'un projet qui leur soit propre pour transformer la société, elles ont délégué à d'autres ces questions en réduisant leur champ d'intervention à la seule défense des intérêts immédiats. Ceux qui confiaient leur avenir au PS ou à l'alliance PS-PC il y a vingt ans, ne peuvent déléguer aujourd'hui que sur les bases politiques du PS actuel, à savoir un horizon indépassable : le marché. Cela a de graves conséquences dans une période où le capitalisme est très offensif.

La compréhension qu'a une large part du monde syndical de cette offensive, c'est qu'il doit être « pragmatique » et « sauver les meubles ». Ainsi, paralysé et sur la défensive, il ne fait plus que gérer la vitesse à laquelle nous subissons les reculs sociaux.

 

Des espaces politiques et sociaux en construction

Ni la gauche politique, ni le syndicalisme réformiste n'ont de capacité à résister aux politiques toujours plus agressives des États et du capital. Cette situation réduit la « pertinence » de leurs positions de compromis pour empêcher les reculs sociaux et libèrent de nouveaux espaces. Celles et ceux qui veulent ne serait-ce que résister efficacement et gagner des luttes occupent et occuperont ces espaces et construiront des outils pour cela.

Déjà, cela se dessine dans les luttes de l'automne 2007. Dans le mouvement étudiant, les militant-e-s radicaux ont rencontré un espace qui a permis de construire la lutte. Elle s'est construite, contre toute attente, d'abord sans l'UNEF, puis contre elle et enfin malgré elle. Dans les transports ce phénomène a été moins marquant, mais le mouvement reconductible a aussi été au-delà des volontés des directions syndicales, même si les capacités d'auto-organisation des salariés ont été moins marquantes qu'en milieu étudiant.

Ces espaces de radicalité s'élargissent et expriment une nouvelle situation politique. Pour autant, ils restent aujourd'hui trop minoritaires dans la société pour construire les grands mouvements sociaux qui permettent de gagner, même lorsqu'ils sont majoritaires à l'intérieur d'une lutte.

Ces nouveaux espaces de radicalité liés aux transformations de la gauche, aiguisent les appétits. Certains y voient la possibilité de les utiliser pour conquérir un espace électoral à 10 ou 15%.


Agir pour sortir des impasses

La délégation du changement social à des partis politiques par la voie électorale, ou à des syndicats co-gestionnaires n'offre pas plus de résultats aujourd'hui pour aller vers une société égalitaire et émancipatrice, qu'elle n'en a offert hier ou qu'elle pourrait en offrir demain. En effet, l'Etat n'est pas le moteur du changement social permettant notre émancipation. Mettre ses espoirs dans une délégation à des formations vraiment à gauche ou au nouveau parti anticapitaliste de la LCR ne fera que nous éloigner encore et toujours de l'émancipation réelle.

Pour autant, celles et ceux qui aspirent à changer la société doivent se confronter à la question politique de la finalité et des moyens de la transformation sociale de notre société. Loin des replis sur son champ d'intervention social, qui délèguent les choix structurants à ceux qui aspirent à nous gouverner, chaque mouvement doit tendre à poser la question globale des choix de société.

Dans ce contexte où l'Anarchisme organisé ne doit pas se laisser enfermer dans les logiques de marginalisation et de répression, l'action de la CGA s'articule autour de deux axes:

-Un axe revendicatif visant à favoriser partout où nous sommes présents l’émergence de luttes ayant pour objectif la défense de nos conditions de vie et de travail mais aussi de renouer avec la voie des conquêtes sociales. Conquêtes sociales qui permettent d'aiguiser et consolider les tendances égalitaires et la conscience de classe.

-Un axe d’alternative sociale visant à favoriser d’une part l’émergence d’espaces et de pratiques d’auto-organisation et de démocratie directe mais aussi la valorisation d’un projet de rupture avec le capitalisme et l'Etat. Pour ce faire, nous devons diffuser nos idées porteuses du projet libertaire en opposition avec l’idéologie dominante.

Des interventions de ce type doivent favoriser les dynamiques d’autonomie du mouvement social par rapport à toute représentation et instrumentalisation politique en même temps que faire émerger un projet anticapitaliste à caractère libertaire.

 

 

24 mars 2008

Coordination des Groupes Anarchistes