jeu 1 janvier 2009

Mobilisation contre les décrets Darcos: une avancée dans l’auto organisation des luttes

Le gouvernement entend porter un coup fatal aux services publics dans leur ensemble, ses attaques sont d’autant plus violentes qu’il agit sous couvert de la crise, qui serait à l’origine de tous nos maux et nécessiterait tous les sacrifices. Bien sûr ce sont encore les salariés, précaires et chômeurs qui vont payer la note de cette politique, ce n’est pas l’avatar d’une crise en particulier mais une constante des politiques menées depuis trente ans par les gouvernements successifs, toutes étiquettes confondues.

Dans l’Education comme à la SNCF, ils veulent mater la révolte que fait naître cette politique inique. Ceux qui ont encore des moyens d’agir agacent prodigieusement les gouvernants qui n’auront de cesse de réduire à peau de chagrin les possibilités d’organisation d’un mouvement social autonome.

 

Marche au pas et tais-toi

C’est pourquoi les dirigeants veulent faire taire le monde enseignant, notamment par une désinformation de masse quasi permanente concernant les questions éducatives, qu’il s’agisse de mensonges en bonne et due forme ou de démonstrations en trompe l’œil.

Mais aussi en restreignant la capacité des enseignants à organiser la résistance.

On réduit les possibilités de participer aux demi- journées d’information syndicale, on tente d’instaurer un service minimum et on réprime de plus en plus ouvertement les actes militants de désobéissance.

On use aussi d’un autoritarisme grandissant pour tous, avec la mise en place dans le primaire d’un nouvel échelon hiérarchique (les EPEP - Etablissements Publics d’Enseignement Primaire - en projet) ce qui montre que lorsqu'il s’agit de fliquer les gens, on n'a pas peur de créer de nouvelles lourdeurs administratives.

Un récent appel d’offre du ministère de l’éducation nationale propose même à des  sous- traitants potentiels  de pister les « leaders d’opinion » chez les enseignants et de rendre compte de leurs faits et gestes.

Avec ce qu’ils nous préparent, il leur faut des enseignants sous surveillance, soumis et divisés.

Du côté des enfants, le fichage systématique, la difficulté scolaire traitée comme une pathologie, des parents culpabilisés ou sanctionnés et un enseignement au rabais devraient faire de plus en plus de dégâts en particulier chez les plus défavorisés.

En guise d’enseignement, il pourront toujours apprendre à marcher au pas en chantant la marseillaise.

 

 

Toujours moins d’école

Car simultanément, les réformes Darcos accélèrent le démantèlement de l’école publique. En maternelle on réduit l’accueil des 2 ans, dans le primaire on supprime les réseaux d’aide aux enfants en difficultés. Les postes de remplaçants seront désormais pourvus par des emplois précaires. Ce sont aussi des heures de classe qui disparaissent pour le plus grand nombre, dans le primaire (108 heures/an) mais aussi dans les collèges et les lycées où certains enseignements sont menacés de devenir optionnels. Dans les lycées professionnels, le bac pro passe de 4 à 3ans laissant de nombreux élèves sur la touche.

Le fait que le ministre trouve toujours un pédopsychiatre peu scrupuleux pour venir légitimer ses mesures de restriction budgétaire ne devrait plus tromper personne.

Cette politique de réductions des coûts favorise un enseignement normatif, asséné au plus grand nombre, quitte ensuite à tout rabâcher aux récalcitrants (aide personnalisée).

Comme Sarkozy l’avait déjà annoncé dans sa lettre aux éducateurs, il s’agit d’enterrer tout ce qui avait pu permettre après mai 68 de développer des pédagogies alternatives et émancipatrices pour changer l’école.

Les réformes en cours renforcent aussi des inégalités déjà importantes, car ce qu’on enlève au plus grand nombre, les élites défiscalisées pourront toujours le procurer à leur progéniture contre paiement. Les jardins d’enfants se substituent à la scolarisation des 2 ans en maternelle, ce service est dorénavant payant pour les parents.

La dégradation de l’école publique est pour l’Etat une étape nécessaire avant de livrer l’Education nationale au marché.

 

 

 

L’école est à nous…

Face aux fossoyeurs des services publics que sont les représentants de l’Etat et du patronat, le mouvement social est déjà trop souvent apparu comme divisé et incapable de se fédérer pour peser et renverser un rapport de force qui depuis 2003 tourne quasi systématiquement à l’avantage des dirigeants.

Plus que jamais, l’enjeu des mobilisations actuelles est d’avancer vers un mouvement social autogéré porteur de la perspective d’une mobilisation interprofessionnelle massive. C’est la survie de l’ensemble des services publics qui est en jeu.

Partout où c’est possible, il nous faut donc prendre nos affaires en main et construire des luttes solidaires. Le mouvement qui se propage depuis la rentrée scolaire dans l’Education a déjà démontré la possibilité d’une mobilisation à la base dans des collectifs qui rassemblent au – delà du monde enseignant l’ensemble de ceux qui s’opposent à la mise en coupe réglée du service public d’éducation. Des centaines de parents et enseignants sont aujourd’hui impliqués dans les actes de désobéissance civile et pédagogique, dans les refus de l’application des décrets Darcos et multiplient les actions autonomes de lutte.

Ce mouvement est le plus souvent structuré en assemblées générales décisionnaires et a désormais la perspective de se fédérer au niveau national.

La FSU est contrainte à une stratégie d’accompagnement des revendications et des actions dont elle n’a pas l’initiative. C’est un acquis important pour les luttes à venir, surtout si nous parvenons à faire reculer le gouvernement et à remporter une bataille qui redonne du courage et des perspectives à l’ensemble du mouvement social.

Les agapes de fin d’année à l’arrière goût de crise financière n’ont pas entamé notre détermination et le mois de janvier devrait voir un nouvel élan dans des luttes de sauvegarde des services publiques.

 

Jean- pierre pour le groupe Kronstadt