dim 1 juillet 2007

Mitterand, Chirac, Sarkozy, les gouvernants se succèdent, les régressions sociales aussi !

La victoire électorale de Sarkozy n’est pas une très grande surprise. On peut toutefois se questionner sur la validation populaire d’un projet de société qui sanctionne les plus pauvres tandis qu’il fait des cadeaux aux plus riches. Car il serait bien caricatural d’affirmer que le vote Sarkozy se restreint aux votes des plus de 65 ans et aux patrons. En effet, élu à la présidence de la république avec plus de 54 % des voix et avec un taux de participation de 80 %, Sarkozy peut se gargariser de légitimité populaire. Et même si le taux d’abstention s’est élevé à plus de 40% aux élections législatives, le projet réactionnaire UMP a obtenu l’aval des Français. Nous nous retrouvons donc dans une situation où l’on pourrait être tenter de se dire que ce projet est désiré par le plus grand nombre et qu’il devient par conséquent difficilement contestable.

Pourtant, c’est là que se joue toute la supercherie de la pseudo démocratie, car on peut affirmer que ce n’est pas le projet de société qui a été validé mais plutôt une illusion de changement profond basé sur un retour à l’ordre moral, social, policier. C’est une recette qui marche bien, elle a déjà fait ses preuves par le passé. L’ingrédient indispensable étant la peur, façonnée de toute pièce par le matraquage médiatique ininterrompu de faits divers savamment sélectionnés : pédophiles en liberté, parents infanticides relaxés, banlieusards récidivistes, agression de madame X, sans oublier, à l’occasion, l’exemple du chômeur roublard qui vit grassement de ses indemnités en profitant du système. Bref, tout y est pour se persuader qu’on vit vraiment dans une société dangereuse.

La peur solidement installée dans chaque foyer, ainsi que la fracture entre les gentils dociles travailleurs et les dangereux fainéants, Nicolas peut alors surfer avec subtilité sur la vague de la paranoïa ambiante et passer pour l’homme providentiel qui va enfin instaurer ordre et sécurité et mettre au pas délinquants et profiteurs.

Cette idée de l’ordre assuré par l’Etat est sans nul doute ce qui a contribué à la séduction d’une partie d’un électorat qui n’a pourtant rien à gagner avec le renforcement du libéralisme.

 

Vers l’affirmation d’une société de classes

 

Le thème de la sécurité n’est que la façade publicitaire du projet de société proposé par Sarkozy. Si l’UMP n’a pas le monopole du sécuritaire puisque la gauche libérale s’en est également largement emparée, on constate toutefois que si c’est profitable pour le premier, cela conduit à une fuite de l’électorat pour le PS. De nombreux électeurs de gauche, comme une grande partie de la population, ne sont pas dupes et refusent ce que ces guignols nous préparent dans le domaine du sécuritaire. Les lois déjà en vigueur ainsi que celles qui se préparent ont pour objectif d’habituer la population à une société de flicage permanent : développement du fichage ADN et de la vidéosurveillance, omniprésence policière, banalisation de contrôles de policiers en civils devant des écoles ou encore les inquiétants propos sur le dépistage précoce de la délinquance. Citons pour exemple immédiat de cette dérive sécuritaire, la répression des manifestants qui ont « salué » l’élection de Sarkozy dés le 6 mai dernier : de 3 à 6 mois de prison avec sursis pour le désormais très habituel et ridicule « outrage et violence envers les forces de l’ordre ».

Au-delà du délire sécuritaire qui pénalise toujours les mêmes, ce que prépare le gouvernement de Sarkozy est, en un mot, le renforcement d’une société de classe où l’écart va inéluctablement se creuser entre les plus riches et les plus pauvres. A l’image du projet du bouclier fiscal protégeant les revenus les plus élevés, toutes les réformes proposées convergent toutes vers la reconnaissance et la légitimité des inégalités sociales.

 

Ainsi, concernant le monde du travail, on peut s’attendre très rapidement au vote concernant le service minimum dans les transports, réelle remise en cause du droit fondamental de grève. C’est sans surprise qu’il est prévu de l’appliquer à l’éducation nationale puis, en toute logique, les portes seront ouvertes pour l’appliquer à tous les domaines d’activités. Il est bien question ici d’en finir avec le droit de grève, l’arme la plus efficace des salariés.

Il est également incontournable de s’interroger sur les conséquences du rétrograde « travailler plus pour gagner plus » : Cette « devise » qui s’applique en autorisant l’augmentation du quota d’heures supplémentaires et leur rémunération, va aggraver les inégalités au détriment des salariés les plus vulnérables et les plus modestes. Elle se fera au détriment de l’embauche des chômeurs, des salariés précaires ou à temps partiel.

Cette mesure permettra aux patrons de maintenir les salaires à hauteur du SMIC. Mais surtout, toutes les réformes favorisant l’exonération des charges sociales comme c’est le cas pour les heures supplémentaires, ont des conséquences qui sont étonnamment étouffées par les médias et par l’opposition politique. En effet, les charges sociales sont des prélèvements effectués sur les salaires, à charge des patrons et des salariés, qui permettent de financer les caisses d’allocations sociales (retraites, chômage, sécu…) Ainsi, s’alarme-t-on actuellement que le déficit des caisses de retraite atteint plus de 4 milliards d’euros, que le gouvernement annonce la mise en place d’une franchise médicale afin de rééquilibrer le budget de la sécurité sociale, alors que ces déficits sont créés de toute pièce par toutes les mesures successives d’exonérations des charges sociales.

Encore une fois, c’est aux salariés de travailler plus longtemps pour gagner leur retraite, c’est aux usagers de payer plus cher leurs soins pour sauver leur sécurité sociale, tandis que le gouvernement Sarkozy continue à baisser le coût du travail aux profits des patrons.

De même, dans le domaine de l’Education, l’abrogation du décret Robien ainsi que l’abandon de l’apprentissage à 14 ans n’est qu’une bien maigre compensation en contre partie des nombreux autres sujets d’inquiétude : l’emploi, l’éducation prioritaire, la carte scolaire, l’autonomie des établissements (synonyme de mise en concurrence de ceux-ci)... Toutes les restrictions budgétaires, dans l’Education nationale comme dans bien d’autres services publics, contribuent à faire du service public un service minimum. Eh oui, point n’est besoin de lois pour instaurer le service minimum, ce dernier est, de fait, déjà instaurer depuis quelques années !!

Enfin, nous pouvons dire quelques mots du projet d’augmenter la TVA, ce que les gouvernants ont appelé la « taxe sociale ». Au même titre que le bouclier fiscal, voila la mesure la plus discriminatoire. En effet, tout consommateur paye la même taxe quel que soit son salaire et quel que soit l’objet de consommation (du plus vital au plus superflu) : si cette taxe augmente, il n’est pas besoin d’avoir fait polytechnique pour comprendre immédiatement que cette mesure sera beaucoup plus lourde à supporter pour les revenus faibles et moyens que pour les revenus confortables. Une fois de plus, c’est aux salariés et aux consommateurs de mettre la main à la poche. Cette taxe sociale n’a évidemment rien de social, mais les tenants du pouvoir commencent toujours par vider les mots de leur sens afin d’enrober le plus inacceptable.

 

S’organiser, lutter pour gagner

 

Dés les jours qui ont suivi les élections présidentielles, puis législatives, beaucoup se sont réfugiés dans la résignation et l’attente des prochaines échéances électorales, en se disant qu’il y avait 5 ans à subir et que cela permettrait à l’opposition de se renforcer. Ce calcul n’aboutit pourtant à rien et ce, pour deux raisons. La première, c’est que la gauche n’est pas une alternative, elle n’est ni plus ni moins qu’une gestionnaire, certes plus souple, du capitalisme et du pouvoir. Elle n’a, en aucun cas, la volonté de changer les choses en profondeur et elle a ainsi perdu une grande partie de sa crédibilité. Par conséquent, il n’y a rien à attendre des futures élections, pas plus que de celles passées. La deuxième raison, c’est que Sarkozy, comme n’importe quel autre, a profité des dégradations de la vie quotidienne et des conditions de travail de tous, orchestrées depuis des années par les gouvernements successifs. Ce n’est pas un gouvernant providentiel qui nous rendra les acquis sociaux que nous avons déjà trop perdus. Ce qui est important aujourd’hui n’est nullement de céder à une espèce de fatalisme mais au contraire la nécessité de se regrouper et de s’organiser sur son lieu de vie et de travail, de se battre et de défendre nos intérêts qui ne seront jamais ceux des patrons ni de l’Etat. Prenons conscience que ce que nous subissons aujourd’hui est le fruit d’une politique libérale perpétuée sous la gauche comme sous la droite. Soyons vigilants à ce que nos organisations syndicales ne cèdent pas aux chants des sirènes de la négociation : la restriction du droit de grève, l’augmentation du temps de travail ne sont pas des bases sur lesquelles on peut espérer des aménagements. Cela fait trop longtemps que nous reculons sur nos acquis sociaux afin que nos confédérations syndicales conservent leur place de négociateurs et de « partenaires sociaux » : non, tout ne se négocie pas. Par la lutte, nous pouvons gagner, comme l’ont prouvé l’an dernier les lycéens et étudiants en obtenant le retrait pur et simple du CPE.

Par le passé, des mouvements sociaux ont été des échecs, d’autres des victoires, mais. nous n’obtiendrons que ce que nous serons capables d’arracher en nous organisant en en luttant au quotidien. Si nous ne sommes pas certains de gagner nos luttes, nous sommes sûrs de tout perdre en nous résignant.

 

Souria, Lyon