dim 1 novembre 2009

Lutte contre la casse de la Sécu : quand le passé nous ouvre des perspectives

Les attaques actuelles sont avant tout ciblées contre les classes populaires. Pour nous, il est évident qu'il faut combattre ces attaques mais avec une critique du système actuel. Pour cela il nous faut faire un petit saut dans le temps afin de comprendre pourquoi la défense de la sécurité sociale est primordiale mais qu'on ne peut se contenter de cet organisme officialisé en 1945.

Pour certains défenseurs de la sécu, le principal argument repose sur le fait qu'elle est un héritage du CNR et qu'elle représente un acquis social incomparable. Pourtant, le système de protection social date de bien avant l'après guerre et l'État et le patronat l'ont toujours « confisqué » afin de le contrôler. Lorsque la première république vote la loi Le Chapelier en 1791, l'objectif est de couper l'herbe sous le pied à toutes les formes d'organisations ouvrières autonomes comme par exemple la mutuelle des menuisiers où les ouvriers organisent déjà, dés 1760, le secours dans cette profession.

Tout au long du 19ème siècle, accompagnant l'ère de l'industrialisation, se développent des structures de solidarité et de secours soit par les ouvriers eux-mêmes au sein des sociétés de secours mutuel soit par les grands patrons dans un esprit de paternalisme. Les premiers s'organisent pour que la garantie contre les accidents du travail et la misère ne soient plus du ressort de la charité bourgeoise alors que les second financent une partie de la prise en charge du secours afin de se garantir une main d'œuvre en bonne santé, donc productive, et attachée à l'usine. Cela génère une grande disparité de traitement selon la branche professionnelle et les patrons ne sont contraints à rien : ils ne participent financièrement que selon leur bon vouloir, jusqu'en 1898 où les accidents du travail deviennent obligatoirement à la charge des patrons.

En 1917 et 1932, l'État va prendre en charge la branche « famille » (allocations) mais encore une fois, ce n'est certainement pas dans un esprit de philanthropie mais dans le contexte d'une politique familiale et surtout nataliste peu émancipatrice pour les femmes.

Ainsi, l'ordonnance de 1945, instituant la Sécurité Sociale, a une dimension contradictoire : c'est une avancée sociale car elle instaure une égalité de traitement pour l'ensemble des salariés à quelques exceptions près. Pour autant, elle n'est sûrement pas une innovation. En effet, elle s'inspire du système allemand instauré dans les années 1880 par Bismarck, qui, rappelons le, reste dans l'histoire comme LE représentant de l'autoritarisme étatique et l'instauration de la couverture sociale en Allemagne avait clairement pour but de contrecarrer un socialisme montant dans ce pays. Bref, cette Sécurité Sociale française, si elle a le mérite de couvrir une grande partie du monde des travailleurs signe également la mort des sociétés de secours mutuel. Ces structures ouvrières proches de l'autogestion, bien que très inégalitaires selon les branches professionnelles, regroupaient tout de même plus de 9 millions de membres en 1939. Cette main mise de l'État sur l'organisation de la solidarité face aux risques,tout en faisant une concession temporaire à la socialisation des risques, va permettre d'attaquer les formes d'auto-organisation ouvrières. Dans le même temps, une fois cette auto-organisation liquidée, l'Etat peut engager une privatisation progressive des risques, permettant au patronat de récupérer ce que la lutte des classes lui avait arraché.

Ainsi, dés 1958 s'opère déjà une baisse des remboursements ; en 1960, l'État va prendre la gestion directe de l'organisme alors qu'il n'avait jusque là qu'un rôle de contrôle ; en 1967, ce sont les patrons qui obtiennent à leur tour une augmentation du nombre de leurs représentants dans la sécu... jusqu'à nos jours où est discuté le passage de 3 à 4 jours de carence en cas d'arrêt maladie.

Sur plus d'un siècle la question du secours et de la solidarité des ouvriers a été un champ de bataille idéologique, une gestion confisquée par l'État et les patrons afin de faire avorter les tentatives de structures de gestion directe par les travailleurs. Alors défendre la sécu, oui sans aucun doute, car c'est refuser qu'on nous vole un peu plus des richesses que produit notre travail, car c'est affirmer la nécessaire solidarité face aux risques, la nécessité de la socialisation. Mais sans oublier que cet outil a été détourné progressivement par l'État et le patronat et qu'il n'est pas satisfaisant.

Contre le monopole de l'Etat, contre le pillage des patrons, d'autres organisations sont possibles !!

 

Souria, lyon