sam 1 septembre 2007

Loi d'autonomie : privatisation imminente

Inspiré du rapport Hetzel, déjà combattu l’an dernier par les syndicats étudiants de lutte, le projet de loi dit d’autonomie des universités a été adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale, le 1er août, autant dire en catimini, pendant les vacances universitaires. Ainsi, le gouvernement entend probablement s’éviter des grèves comme celles qui avaient répondu aux tentatives de mise en place de cette même réforme par Luc Ferry (en mai / juin puis en novembre / décembre 2003). Ces grèves portaient non seulement un refus radical des réformes en question mais aussi et surtout, de leur logique libérale. Cette loi d’autonomie s’inscrit effectivement dans la droite ligne des accords de Bologne signés en 1999 et qui entreprennent d’adapter l’enseignement supérieur à l’économie de marché.

 

Les premières mesures du processus de Bologne adapté aux universités françaises ont été la mise en place des ECTS (European Credit Transfert System) et du système LMD (Licence Master Doctorat) qui sous couvert d’harmoniser les niveaux diplômants, permettent l’émergence de diplômes répondant aux besoins des patronats locaux. Cette volonté d’harmoniser l’enseignement supérieur au niveau européen n’a d’autre intérêt que de servir le patronat et le capital en formatant cursus et étudiants. Par ailleurs les tenants de la réforme des universités n’ont comme objectifs que la compétitivité et la rentabilité – autant dire des valeurs qui n’existent qu’aux dépends d’une majorité. C’est donc bien aux préoccupations capitalistes de la réforme et de celles et ceux qui la défendent qu’il faut s’attaquer, loi votée ou pas, en luttant encore et toujours contre le LMD qui sert de socle à l’application de toutes les réformes libérales qui touchent les universités. A ce processus de démantèlement de ce qui reste de l’Université publique, s’est ajouté entre autre en 2005 le décret ANR (Agence Nationale de la Recherche) qui soumet la recherche aux intérêts capitalistes, finançant les projets sur critères d’innovation, d’excellence et de rentabilité économique.

 

Ainsi, la nouvelle loi relative aux libertés et responsabilités des universités, aussi appelée loi d’autonomie, s’inscrit complètement dans cette suite de réformes libérales. Le texte situe clairement l’Université comme un outil supplémentaire à la disposition des patrons. Deux axes essentiels se détachent. En premier lieu, l’article 16 assure que les facs pourront demander “à bénéficier de responsabilités et de compétences élargies en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines”. Il en découle un apport financier limité de l’Etat, qui conduit le président de l’université à élaborer le budget auprès du privé. De fait, s’il y a une “autonomie”, elle passe essentiellement par là: la recherche de ressources chez les patrons, ainsi que chez les étudiants, via une hausse probable des frais d’inscription. Le mot adéquat n’est donc pas “autonomie”, mais bel et bien “privatisation”. Ainsi, puisque les exploiteurs prendront part aux financements, ils gagnent également un pouvoir décisionnel au sein des facs, notamment par la présence obligatoire “d’au moins un chef d’entreprise” et “au moins un autre acteur du monde économique et social” au Conseil d’Administration (art.7)... Ces mêmes exploiteurs participent aux décisions concernant la pédagogie, puisque le CA voit ses compétences multipliées, et a désormais tout pouvoir de création et suppression de filières ou projet de recherche. La fac se transforme donc en un outil de formation de main d’oeuvre en grande quantité, facilement exploitable et manipulable, où seules les filières rentables -selon les critères des patrons- seront conservées. La mise en place d’outils de contrôle -“indicateurs de réussite aux examens et diplômes, de poursuite d’études et d’insertion professionnelle”- contribueront également à créer une compétition entre les facs. On se dirige vers un enseignement supérieur à 2 vitesses inspiré du modèle anglo-saxon, et une précarisation des personnels enseignants et non-enseignants, comme des étudiants - au bénéfice des exploiteurs et de leurs profits.


A l’Université de classe opposons une université gérée collectivement

 

Au delà du rejet catégorique de cette loi, il est primordial de lutter aussi pour une université construite sur des rapports égalitaires et des bases libertaires. C’est à dire qu’il faut plus que la position défensive de rigueur, adopter une position revendicative et révolutionnaire.

Il s’agit pour nous anarchistes, d’opposer à l’autonomie financière (logique capitaliste) prônée par la réforme, une autre forme de gestion : l’autogestion, ou gestion collective, de nos universités tant au niveau de l’organisation technique que de la pédagogie.

Le fonctionnement des luttes où les décisions sont prises collectivement en assemblées générales, les mandats révocables, le fédéralisme libertaire mis en pratique (via les coordinations nationales de facs en grève), où l’absence de hiérarchie est instituée, est un modèle de fonctionnement qui est presque automatiquement appliqué par les individus en lutte.

Pendant ces périodes de lutte les décisions sont prises en AG et les organes de direction (CA, président...) ne dirigent plus grand chose. Preuve de leur inutilité. Nous n’avons pas plus besoin d’eux en temps normal que ce soit pour étudier, ou simplement faire vivre les campus au niveau politique, culturel ou social. Il revient aux différentes composantes de l’université (étudiants, personnels enseignants et non-enseignants) de se prendre en main.

Il est également indispensable durant ces mouvements d’opposer aux réformes libérales, toutes porteuses de formatage et de conditionnement à la logique de marché, une autre conception du partage des savoirs.

 

Construire une convergence des luttes et déborder les syndicats institutionnels complices de l’Etat et du capitalisme.

 

Les mobilisations étudiantes sont souvent porteuses de la volonté d’élargir les revendications, et d’une critique globale et radicale du système capitaliste, comme lors de la lutte contre la loi sur l’égalité des chances et le CPE. Par ailleurs la machine répressive (police / justice) s’est considérablement durcie, preuves en sont les nombreux procès, et cela n’atténue en rien la détermination.

Il y a donc dans les universités une génération depuis la loi Fillon, qui s’est construite par les luttes successives, avec des pratiques autogestionnaires et qui donne un sens révolutionnaire aux mobilisations et rejette des bureaucraties syndicales étudiantes et lycéennes (UNEF, Cé, FIDL, UNL) qui veulent contrôler les mobilisations et les enfermer dans des revendications minimales et ultra-réformistes. La Cé – amie des patrons – et l’UNEF – qui a négocié la paix sociale pour la rentrée en acceptant la loi – s’arrogent la représentation des mouvements dans lesquels ils sont plus que jamais contestés et combattus. L’UNEF ayant accepté la dernière mouture de la loi, Bruno Julliard jugeant qu’en l’état elle ne modifiait guère l’ancien système et la Cé qui y était déjà a priori favorable ne semblent pas prêtes à lancer quoi que ce soit à la rentrée, bien au contraire. En effet, Julliard encore affirmant qu’un mouvement à la rentrée n’était pas souhaitable, les syndicats institutionnels risquent donc de manquer à l’appel à la rentrée au risque de s’y présenter alors qu’ils se sont fourvoyés chez leurs “partenaires” gouvernants en acceptant tout simplement la casse du service public de l’enseignement supérieur.

Les étudiants qui ont souvent à affronter un quotidien précaire devront être au rendez-vous de la rentrée sociale, aux côtés et solidaires des cheminots, des enseignants, des personnels soignants et des sans-papiers… Le gouvernement prétendant s’attaquer à tout le front ne doit pas s’en tirer sans une riposte conjointe, déterminée et solidaire de tous ces secteurs attaqués, et ce dès la rentrée.

 

 

Yann et Pierre (Groupe Puig Antich)