ven 1 mai 2009

Les pratiques autogestionnaires dans les luttes étudiantes

L'autogestion c'est le moyen par lequel, dans un groupe ou une collectivité, les décisions sont prises directement par les membres du groupe ou de la collectivité et par personne d'autre. Au niveau pratique, cette démarche favorise l'aptitude à s'organiser sans dirigeants, la transparence des décisions prises par le groupe et un fonctionnement horizontal avec mise en place de la démocratie directe.
Cette année encore, les étudiants se mobilisent contre la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) et plus généralement contre tout un processus visant à privatiser le système universitaire. Ce combat contre la fac du capital met bien en avant le ras-le-bol de la jeunesse face à un État qui tend toujours plus à formater une masse au service des plus riches, à fabriquer de la chair à patrons.
Nous, anarchistes, ne pouvons que nous enthousiasmer pour la lutte des étudiants contre le capitalisme et contre l'ordre établi. Lutte encore plus remarquable et intéressante dès lors  qu’elle revêt la forme autogestionnaire.

L'autogestion comme valeur acquise des luttes étudiantes
Dans la plupart des universités mobilisées, ce mode d'organisation de la lutte sous la forme du comité de grève apparaît comme un automatisme. Il se crée de fait un comité sans hiérarchie, avec cette volonté que chacun puisse participer à la construction du mouvement sur un même pied d'égalité. Ainsi, les diverses tâches (rédaction de tracts, travail d'information, contact avec la presse ...) sont réparties en commissions, dans lesquelles tout le monde peut s'investir à manière égale. Les étudiants soulignent le fait que ces fonctions ne doivent pas entraîner une spécialisation des individus qui y participent mais, au contraire, favoriser une rotation à l'intérieur de ces commissions.
De plus, les luttes dans les facs se concrétisent de façon presque systématique par une réappropriation des locaux universitaires. A l'usine, les ouvriers reprennent leur outil de travail; les étudiants, eux, reprennent leur lieu d'étude. Et encore une fois, la gestion de l'occupation est le fait même des seuls étudiants grévistes. Les tâches, afin que la vie en collectivité se passe au mieux, sont elles aussi réparties de façon horizontale et redistribuées dans des commissions autres que celles qui construisent la grève. Elles sont pourtant tout aussi essentielles.
Les assemblées générales étudiantes mettent bien en évidence le choix d'une démocratie directe adoptée sans problème par la quasi intégralité des acteurs de la lutte. Les votes se font à main levée avec, en premier lieu, la recherche du consensus. Les mandatements pour aller porter la parole du comité à l'administration ou encore pour intervenir dans les coordinations nationales, sont le plus souvent révocables et impératifs.
De même, les coordinations nationales sont un véritable exemple de fédéralisme des facultés mobilisées.  Celles-ci sont le moyen de prendre état de l'avancée du mouvement au niveau national, de tirer des positions communes concernant les revendications et les perspectives à donner à la lutte.
L'autogestion, dans les mouvements étudiants, apparaît bien comme une valeur acquise au cours des nombreuses luttes qu’a connues le milieu universitaire depuis pas mal d'années déjà. Cette forme d'organisation  affiche une grande méfiance vis-à-vis des différents partis politiques, syndicats bureaucratiques et autres récupérateurs de révolte. Malgré cette vigilance de la part des grévistes, les organisations autoritaires et manipulatrices tentent par tous les moyens d'infiltrer ces mouvements et d'en prendre les commandes.

Détournement des pratiques par les partisans de l'ordre

Quand les quelques politiciens, les syndicalistes réformistes et autres casseurs de grève infiltrent les assemblées générales, ce n'est pas dans un souci de construire le mouvement, mais bien au contraire de le pervertir. Ainsi, les parasites de la lutte viennent nous rabâcher la « bonne parole », leur vision du mouvement et leur critique du mode de fonctionnement. Mode de fonctionnement décidé, rappelons-le par les étudiants grévistes eux-mêmes. En fait, ce qui gêne ces apprentis politiciens, c’est la structuration autogestionnaire et libertaire de la lutte.
Pour eux, l'assemblée générale devient alors un terrain de manoeuvre bureaucratique et le théâtre de toutes les manipulations possibles.
Leur but n'est pas de bâtir un mouvement de grève avec les étudiants investis intégralement dans la lutte, mais de tout faire pour d'imposer leur  programme politique avec des vues électoralistes.  Ils peuvent aussi imposer une position syndicale dans le but  de « négocier » avec les puissants de la nation.
Ainsi,  au cours des premières coordinations nationales étudiantes, en 2009, nous avons pu voir l'Unef , « premier syndicat étudiant de France », envoyer un nombre conséquent de leurs membres les plus caricaturaux afin de pourrir le débat. Mandatés par des assemblées générales qui n'ont pas résisté à la pression de ces petits bureaucrates en herbe, ces deniers détournent les réelles attentes étudiantes en imposant la pratique des mandats « semi impératifs » ou des mandats  « libres ». Au bout du compte, ce sont de revendications syndicales qui sont soumises au vote dans des coordinations sensées faire remonter les revendications des étudiants véritablement en lutte...
Le NPA, nouveau parti des anciens trotskards en quête d'une nouvelle image, a lui aussi tenté le coup de la manipulation. Un comité de pilotage national du mouvement anti-LRU a été proposé en coordination nationale ! C’était bien essayé, mais les étudiants n’ont pas été dupes, d’autant que la manipulation était vraiment grossière...
Les pratiques autogestionnaires mises en place par les grévistes sont donc contrecarrées par ces tentatives de récupération des politicards, toujours prêts à mettre la main sur un mouvement qui les dépasse largement.

Les assemblées générales sont autant de tribunes pour les politiciens en herbe et pour les anti-grévistes qui trouvent là un lieu propice à leurs saloperies. Ils peuvent cracher à souhait sur le mouvement lancé et géré par les étudiants. Au lieu de construire la lutte, l'assemblée est dès lors gangrenée par des petits « marquis » désireux de reprendre leurs cours ou des opposants réactionnaires qui essaient par tous les moyens de récupérer les étudiants les moins impliqués dans la mobilisation.
La question qu’il faut se poser est : que font des anti-grévistes dans des assemblées générales de grève, sensées réfléchir sur les actions à mener et les formes que doit prendre la lutte ?
Pourquoi accepter des individus qui participent à des assemblées sans leur reconnaître la moindre légitimité et qui ne désirent aucunement  respecter  les décisions qui y seront prises ?
Malgré toutes ces difficultés,  la lutte continue dans beaucoup d'universités encore, là où les tentatives de pourrissement par les tenants de l'ordre (de gauche ou de droite) ont été balayées sans trop de difficultés.

Le sens de ces pratiques

Le choix de l’autogestion n'est pas pris par les étudiants dans le seul but de lutter contre les réformes libérales qui écrasent l'université. Il n'est pas uniquement un mode de fonctionnement entre tant d'autres… il définit clairement le projet de société sous-jacent au refus d’une université   toute entière liée au capital.
Ainsi nous pouvons éviter de nous poser ces questions : pourquoi les étudiants choisissent-ils de créer un comité de grève sans hiérarchie, avec un  fonctionnement horizontal et rotation des tâches ? Pourquoi une démocratie directe en assemblée générale, des mandats révocables et impératifs ? Quel sens peut prendre la réappropriation des bâtiments et l'autogestion de ces occupations ? Est-il innocent de vouloir fédérer les diverses facs mobilisées à la manière du fédéralisme libertaire que nous prônons au sein de notre organisation ?
Ces pratiques autogestionnaires mettent bien en évidence ce désir de construire une autre société. Une société libérée des aliénations que l'État et ses sbires nous imposent. Loin de l'individualisme et des rapports de domination, loin de la servitude quotidienne et de la délégation de pouvoir, les étudiants façonnent dans leurs universités respectives la société qu'ils désirent. Une société libertaire basée sur l'entraide, la gestion de la cité par ceux qui y vivent, la participation égale de tous les membres de la commune ...
 
A l'usine, au bureau ou à la fac, libérons-nous de tout ce qu'on nous impose !

Fabien G. (PERPIGNAN)