mar 1 janvier 2008

Les municipales, une illusion de plus

CGA

Les élections municipales non plus ne changent pas la vie

Le suffrage universel est devenu, au fil des années, le rite qui consacre l'illusion du choix et du pouvoir démocratique alors qu'en réalité il entérine et pérennise le pouvoir des dominants.

La participation électorale repose sur la croyance que la couleur politique des élus peut jouer dans le sens de notre émancipation, dans l'amélioration de nos conditions de vie. Mais la politique n’est pas une question d’intention ou d’honnêteté, de discours plus ou moins radicaux. La couleur politique des gestionnaires des intérêts capitalistes a peu d’importance dès lors que ces intérêts fondamentaux ne sont pas remis en cause. Ils ne peuvent l’être de toute façon dans le cadre de l'État : cette institution n’a rien de neutre, elle est l’instrument de pouvoir au service d’une minorité contrôlant l’économie (classe bourgeoise ou bureaucratique).

Les élections municipales n’échappent pas à cette règle électorale générale.

Une fois les élections passées et le conseil municipale élu, le Maire est désigné en son sein. Il remplit une fonction et, quand nous comparons les comportements des uns et des autres et les résultats obtenus par les personnalités élues à ce poste, qu’elles soient d'idéologie ou d'approches des problèmes différentes, nous n’y trouvons pas de différences notables !


Les municipales plus démocratiques ?

La propagande, faite notamment autour de la démocratie participative, incite certains à penser qu'au niveau local, la démocratie s'exercerait mieux. Mais ce n’est pas parce que le niveau « décisionnel » est plus proche des « citoyens » que leur contrôle sur ce qui se fait et se décide, en est facilité. Les élus, fussent-ils municipaux, ne peuvent pas être contrôlés et encore moins révoqués une fois en poste. Durant six années ils appliqueront leurs méthodes, imposeront leur politique et se passeront de tout recours auprès de celles et ceux qui sont sensés les avoir désignés. Le conseil municipal lui-même n’a pas de poids réel comparé à celui du Maire, celui-ci pouvant de plus devenir Président d’une communauté de communes.

Précisons que, de la grande ville au petit village, le maire y est le premier représentant de l’Etat, donc son défenseur, avec les droits régaliens qui y sont attachés, notamment les « droits de police ».

De plus, nous savons pertinemment que lorsqu’un référendum communal est organisé concernant des problèmes liés à la qualité de la vie (déchetterie ; voies de grande circulation ; tunnel routier…), les résultats sont rarement, sinon jamais pris en compte. C’est à l’Etat et au Préfet, en dernier ressort de faire respecter la politique et les décisions arrêtées en haut lieu !

En revanche, les habitants versent les  “impôts locaux” qui doivent permettre en grande partie de mettre en oeuvre une politique décidée loin d’eux, sans eux ! Finalement, les antagonismes sociaux sont identiques que nous soyons au niveau communal ou au niveau de l’Etat.

Non décidément, la population n'est pas mieux représentée par les élus au niveau local. En revanche clientélisme, pots de vin et passe-droit, dérives inhérentes à l'électoralisme, trouvent souvent à l'échelle locale un terrain des plus favorables, quelle que soit la taille des communes. Ce n'est pas un hasard si le népotisme semble être la règle dans de nombreuses municipalités ; les réseaux d'influence permettent à certains maires, véritables petits parrains de leur cité, de désigner leur successeur.


L'échelle locale : une caisse de résonance de tous les appétits politiciens.

S'octroyer un fief est l'étape indispensable pour poursuivre une ascension vers les sommets du pouvoir. La désignation de tel ou tel candidat dépend souvent de cette logique bien éloignée de l'intérêt collectif local : logique de parti, carriérisme, luttes intestines pour désigner le candidat, parachutages président souvent au choix du candidat.

Certains candidats sont prêts à prendre n'importe quelle étiquette et n'importe quelle compromission pourvu qu'ils puissent accéder ou se rapprocher du pouvoir. Les alliances a priori le plus contre-nature se lient parfois au niveau local.

L'échelle locale offre souvent un espace à ces petits partis, y compris des partis «révolutionnaires» qui existent peu nationalement. Ces derniers ont au niveau local souvent plus d'opportunité d'exister, de peser. Ils se servent des élections pour faire valoir leur logique partidaire; les intérêts d'une population qu'ils sont sensés devoir représenter passent après.

Et, plus tel ou tel parti « révolutionnaire » progresse électoralement, plus il se s'appuie sur cette pseudo-légitimité dans les mouvements sociaux pour les instrumentaliser à ses fins.

Le seul vote « révolutionnaire» reste celui qui décide la grève et les luttes dans les assemblées générales et les syndicats, qui se traduit par une convergence des résistances au capitalisme et à l’Etat, hors et contre les institutions.

On retrouve bel et bien au niveau municipal les chausse-trappe que l'on retrouve à toutes les élections quel qu'en soit le niveau géographique. Les élections municipales sont parfois mêmes des caricatures des impasses de l'électoralisme à un niveau national.

Quitter le terrain du spectacle pour le rapport de force réel, voilà qui n’est vraiment possible qu’en rompant avec la participation électorale.


Rompre avec l'électoralisme pour construire une autre société

La servitude volontaire, comme l’expliquait, La Boétie, se caractérise par l'absence de révolte. L'homme, trop souvent, non content d'être esclave entend le demeurer et, pour ce faire, se forge lui-même ses propres chaînes. L'électoralisme, le blanc-seing donné à l'élu, les voilà les maillons de la chaîne qui entrave les citoyens.

Les élections ne peuvent pas être un moment fort pour nous qui considérons que c'est le système lui-même qui est à revoir et à changer en profondeur. C'est pourquoi il nous faut être « acteurs » nous-mêmes, rejeter leurs fausses solutions. Nous devons être responsables, suffisamment pour gérer collectivement toutes les situations et tous les aspects auxquels nous sommes confrontés. En prenant nos affaires en mains, en administrant ensemble et directement la vie de la cité, nous ferons mieux qu'eux et, sans affaires, sans scandales, sans appétits financiers ou de Pouvoir.

L'administration des choses et des situations plutôt que le gouvernement des Hommes, c’est cette grande idée anarchiste qui a traversé le siècle qui s'impose à nous toutes et tous encore aujourd’hui. Elle seule peut nous permettre de sortir définitivement de l'ère de la barbarie pour rentrer de plain pied dans celle de l'Humanité.

Alors, en 2008, sachons dire clairement à celles et ceux qui vont se proposer à nous pour « nous  encadrer, nous conseiller, nous protéger, nous aider, nous guider, nous conduire, nous représenter… », que nous n’en avons aucunement besoin et que nous nous débrouillerons bien sans elles, sans eux….