lun 1 octobre 2012

Les élu-e-s de la république sont des assisté-e-s

CGA

Les politiciens et les politiciennes constituent bel et bien une classe sociale à part entière, c'est à dire un groupe social qui a des intérêts objectifs à défendre. Le meilleur moyen de s'en rendre compte, c'est de se pencher sur les privilèges que cette classe s'est auto-attribués au fil du temps. Les élu-e-s constituent une classe dominante car ils/elles jouissent du privilège de pouvoir décider au nom (et à la place) de la société dans son ensemble. Comment s'étonner dès lors qu'ils se fassent rois ?

Chacun sait plus ou moins confusément qu'ils/elles jouissent de privilèges mais personne ne sait précisément lesquels. Or, ça en vaut la peine, car s'il est vrai que ces privilèges n'ont guère de poids à l’échelle macro-économique, sur le plan éthique, ils sont parfaitement révoltants.

Ils démontrent par leur existence même que la spécialisation des tâches politiques dans une société est incapable de satisfaire l'intérêt général, fusse dans un système prétendument « démocratique » et « républicain ». Petit tour d'horizon des privilèges de la République :

 

LES PARLEMENTAIRES

 

Les « représentant-e-s du peuple » ont un train de vie bien différent de celui du peuple qu'ils sont censés « représenter ». On trouvera ci-dessous une approche assez détaillée du traitement des député-e-s. Pour ce qui concerne celui des sénateurs et des sénatrices, il suffira de garder à l'esprit qu'il est sensiblement identique à la différence prêt que les chiffres sont souvent un peu plus gonflés...

 

 

Rémunération

La rémunération de base d'un député est de 7100 euros bruts par mois. A cela s'ajoute un « crédit collaborateur » de 9138 euros par mois, petit pactole destiné à permettre au député d'embaucher des assistants. Toutefois il peut aussi décider d'en reverser 50 % à son groupe parlementaire et... les 50 % restants vont alors dans sa poche ! Cette solution est d'autant plus prisée si le député dispose déjà d'un personnel d'assistance grâce au cumul avec un autre mandat.

Concrètement, les 50 % restants sont « reversés » dans leur « IRFM », c'est à dire dans leur Indemnité Représentative de Frais de Mandat. L'IRFM, ce sont 6412 euros non soumis à l'impôt versés chaque mois aux député-e-s et dont l’utilisation ne fait l'objet d'aucun contrôle. Rien, absolument rien, n'empêche l'élu-e bénéficiaire de dépenser cette allocation pour faire construire une piscine dans son jardin !

A tout cela s'ajoute ensuite des dotations quinquennales basées sur les estimations des frais nécessaires à la tenue de leur mandat par les député-e-s. Ainsi, il est intéressant de noter que ces derniers estiment leurs dépenses informatiques à 3000 euros par an et leur dépenses en communications téléphoniques à 6612 euros par an ! Tout bien pesé, c'est à dire en additionnant sa rémunération officielle et toutes les dotations diverses et variées, un-e député-e est donc en mesure d'empocher environ 25 000 euros par mois !

 

Avantages en nature

Mais ce n'est pas tout, car à cet argent viennent s'ajouter des avantages en nature. En effet, il ne suffit pas de gagner beaucoup d'argent chaque mois, il convient également d'en dépenser le moins possible : tou-te-s les député-e-s peuvent prendre le train en première classe gratuitement sur tout le territoire (carte SNCF d'une valeur d'environ 3000 euros par an) ; ils/elles bénéficient de 40 vols gratuits entre Paris et leur circonscription; disposent d'un forfait taxi de 3000 euros par an ; ont un accès gratuit au réseau RATP ; peuvent s'offrir un menu au restaurant du palais Bourbon (considéré comme un des dix restaurants les plus luxueux de France) pour la modique somme de 17 euros ; et prendre une chambre dans un des hôtels de luxe (4 et 5 étoiles) autour de l'assemblée pour 40 euros (au lieu de 200 euros minimum!).

 

 

 

De l'argent public pour financer le clientélisme

Mais un bon député bien rassasié n'est un bon député que lorsqu'il peut arroser les autres autour de lui. Alors, l'Assemblée nationale, cette institution hyper-providentielle pour les élu-e-s a pensé à tout et mobilise un budget de 90 millions d'euros par an pour la « réserve parlementaire ». Cette réserve est ensuite distribuée à chaque député-e sur dossier. Chaque élu-e utilise alors la somme qu'on aura bien voulu lui accorder pour distribuer des subventions autour de lui et notamment dans sa circonscription. Autrement dit, cette somme lui permet de préparer sa réélection en lui fournissant de quoi alimenter son réseau clientéliste local indispesable à toute stratégie de carrière.

Une preuve que cet argent ne sert qu'à cela ? Tout d'abord, les député-e-s de la majorité en touchent toujours plus que ceux et celles de l'opposition (150 000 à 200 000 euros pour les premiers contre 30 000 à 50 000 euros pour les seconds) ; mais encore, cette opération annuelle se fait dans le flou le plus complet, et aucune trace écrite officielle n'est rendue publique, si bien qu'il est impossible de savoir qui a touché combien.

 

Un-e député-e absorbe 500 000 € d'argent public par an

Pour avoir une vision d'ensemble, il faut savoir que le fonctionnement du Palais Bourbon et du seul Palais Bourbon a été de 533,9 millions d'euros en 2011 (453 millions en 2010), un demi milliard ! On pourra objecter qu'il y a également beaucoup de personnel à embaucher et de nombreux frais divers et notamment énergétiques... Pourtant, on sait que les député-e-s consomment 54 % de ce budget colossal ! On peut ainsi déduire que chaque député-e coûte environ 500 000 euros par an, alors qu'un-e étudiant-e ne fait dépenser que 11 000 euros par an à la collectivité.

 

 

La retraite des parlementaires : de quoi finir en beauté !

On l'aura toutes et tous compris, le député mène une vie de dur labeur. Heureusement, ici encore, l’État a tout prévu pour la retraite de « nos » chèr-e-s élu-e-s. Outre le fait qu'ils ont conservé l'âge de départ en retraite à 60 ans, non seulement les parlementaires ne cotisent qu'à hauteur de 7,85 % au lieu de 10,55 %, mais en plus, c'est pour une retraite bien plus confortable que la nôtre au final. En effet, à chaque mandat, un-e député-e s'assure 1557 euros de retraite. Ainsi, après seulement 5 ans « d'activité » (sans présence obligatoire sur les bancs de l’assemblée !) un député touche la même retraite qu'un salarié ordinaire qui a travaillé 40 ans. Bien entendu, la pension de retraite versée est multipliée par le nombre de mandats occupés, et un-e député-e qui aura accomplit 4 mandats dans sa vie, touchera à ce titre une retraite de 6230 euros.

Au final, pour 1 euro cotisé, un-e député-e touche 6 euros de retraite ; alors que le salarié moyen touchera entre 80 centimes et 1,5 euro. Ils cotisent si peu, et leur pension est si élevée, qu'au bout de 3 ans et demi de retraite, les député-e-s ont déjà récupéré l'intégralité des cotisations versées au cours de leur carrière « au service de la nation ».

Mais alors, s'ils touchent une super retraite en cotisant très peu,... qui paye ? Réponse: la caisse de retraite des député-e-s est financée à 88 % par le contribuable et à 12 % seulement par ses bénéficiaires.

Mais le plus intéressant c'est que les élus du palais Bourbon jouissent d'un autre privilège appelé « double cotisation » : 5 ans de mandat = 10 ans de cotisés ! Résultat : un-e député-e peut toucher sa retraite à taux plein avec seulement une vingtaine d'années de carrière. Si le système de retraite français était aussi généreux que le régime des députés, en l’espace d’une seule année, la dette publique déjà vertigineuse doublerait ! Mais où est le vrai assistanat ?

 

LES MINISTRES

 

Il va de soi que les ministres ne sont pas maltraité-e-s non plus avec une rémunération de 9  940euros par mois (en tenant compte de la diminution de 30% décidée par Hollande). 9 940 euros auxquels s'ajoute une «allocation mensuelle pour frais d'emploi » au moins égale à l'IRFM des député-e-s, soit 6 412 euros. Puis, toute une série de privilèges en nature similaires à ceux des parlementaires et qui permettent d'affirmer que la rémunération des ministres c'est vraiment de l'argent de poche: accès gratuit au réseau SNCF en 1re classe, déplacements aériens, mise à disposition d'un parc automobile, dépenses téléphoniques et de courrier prises en charge, voiture de fonction avec chauffeur, et logement de fonction ou prise en charge par l'État d'un logement d'une superficie maximale de 80 m² pour le/la ministre plus 20 m² par enfant à charge.

Le premier ministre, pour sa part, perçoit un rémunération équivalente à celle des ministres majoré de 50% avec les mêmes avantages en nature, plus une résidence secondaire (la Lanterne à Versailles dans les Yvelines, et le château de Champs-sur-Marne).

 

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

 

L'actuel chef de l’État va donc toucher le salaire de misère de 14 910 euros par mois puisque qu'il a décidé de réduire de 30% son propre revenu (que son prédécesseur avait tout de même augmenté de 70%). Les autres avantages sont au moins égaux à ceux du premier ministre.

Il est intéressant de se pencher sur les privilèges accordés grâce au statut d'ancien président. Avec 6000 euros de pension de retraite, plus 12 000 euros pour «siéger» au conseil constitutionnel, un ancien président peut palper 18 000 euros sans rien foutre. Et ici encore, toujours les petits avantages qui viennent compenser cette pension de retraite ridicule. Prenons l'exemple de Sarkozy, désormais déchu de sa fonction, mais sûrement pas déçu de ses avantages post-présidentiels. L'ancien président de la République dispose gratuitement d'un appartement de 11 pièces et de 323 m2 au cœur du triangle d'or parisien. En effet, les 15000 euros de loyer mensuels sont pris en charge par l’État. Sarko ne paye même pas le téléphone. La République met également à sa disposition 7 collaborateurs (tout type de professionnels qu'il souhaite), 2 domestiques (faudrait pas faire le ménage non plus, surtout avec une telle surface !) et 2 flics, tous à temps plein. L'ancien président de la République qui fustigeait «les assistés» jouit aujourd'hui également d'une voiture de fonction avec deux chauffeurs, et de billets SNCF et Air France en 1ère classe gratuits et illimités pour lui et son épouse.

Rappelons que pour tous les élu-e-s, tous les mandats cumulés au cours d'une carrière ouvrent des droits à la retraite également cumulés. Il en va ainsi aussi des anciens présidents. Par exemple, Giscard, en cumulant sa retraite de président de la République, les multiples retraites de ses multiples mandats de député, celle d'inspecteur des finances, et enfin celle de conseiller général et de conseiller régional touche une pension de plus de 30 000 euros par mois.

 

LES ÉLUS LOCAUX

 

Ce qu'il faut dire ici avant toute chose, c'est que la plupart des élu-e-s nationaux cumulent leur mandat avec un mandat d'élu local. Pour les autres, c'est à dire les élu-e-s locaux qui n'ont pas de mandat national, on joue dans la cour des petits privilèges, mais des privilèges tout de même. En effet, la plupart des élu-e-s locaux sont les champions du cumul de leur fonction élective avec leur activité professionnelle. Quelque soit le métier que l'on exerce, on comprend bien qu'il n'est pas négligeable d'arrondir les fins de mois avec des indemnités républicaines, même si c'est 600 euros de plus pour être maire d'un village de 200 habitants...

La plupart des élu-e-s locaux ont d'abord le privilège de pouvoir fixer eux-mêmes le montant de leur rémunération! Il va donc de soi, que le montant maximum autorisé est la norme quasiment partout. Ainsi, la plupart des maires des villes de plus de 100000 habitants et chefs-lieux de département touche 6890 euros par mois.

Mais le top du top, ça reste le poste de président d'intercommunalité. En effet le traitement de ce «serviteur du peuple» est voté par les maires des communes adhérentes, maires à qui le président devra ensuite distribuer des subventions: la boucle est bouclée, le clientélisme ça marche aussi entre élu-e-s.

Les «simples» maires, de leur côté, bénéficient eux aussi de ce système pervers. Les conseillers municipaux ont intérêt à voter pour la rémunération du maire la plus élevée possible puisque si ce dernier dépasse les limites légales (fort confortables au demeurant) le maire peut leur redistribuer les surplus. Ce qu'il/elle ne manque jamais de faire, car mieux vaut avoir des ami-e-s autour de soi si l'on veut assurer sa réélection. Ce surplus de rémunération vient donc nourrir les cours de ces petits princes de province.

Ce qu'il faut comprendre également, c'est que la plupart des élu-e-s locaux sont boursouflés d'ambition nationale, et c'est la raison pour laquelle ils sont également les champions pour faire passer leur budget publicitaire personnel dans les budgets locaux sous des appellations aussi «généreuses» que floues telles que «action internationale, culturelle, sociale, etc.»

 

Et c'est tout ce beau monde qui nous explique à nous, depuis toujours et encore plus depuis la crise bancaire de 2008, qu'il faut nous serrer la ceinture.

Alors, plus que jamais... agir au lieu d'élire !

 

 

Sources:

Le Nouvel Observateur N°2483 du 7 juin 2012: Ces privilèges qu'il faut abolir

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9mun%C3%A9rationdes%C3%A9luspolitiquesenFrance

 

http://www.sauvegarde-retraites.org