sam 19 juin 2010

Les culs-bénits ne décideront pas à notre place !

Les culs-bénits ne décideront pas à notre place !

Le samedi 29 mai 2010 a lieu à Bordeaux la 2ème marche « Oui à la vie »
Cette marche est composée d'une dizaine d'associations majoritairement catholiques et protestantes dont le but est de dénoncer le droit à l'avortement et le droit de choisir sa mort. Seul Dieu peut décider si tu dois vivre ou mourir. Elle regroupe des orgas bien institutionnalisées comme l'Association pour l'Objection de Conscience à toute Participation à l'Avortement (AOCPA), Comité pour sauver l'enfant à naître, Laissez les vivre, SOS Futures mères, Renaissance catholique, SOS la vie, SOS tout petits, Confédération nationale des familles chrétiennes, Chrétienté solidarité, Rivage (rassemblement des individus voulant une action générale pour l'enfance), etc.

Les groupes anti-avortement se nomment eux-mêmes pro-vie. C’est vrai que ça passe mieux que « fous de dieu » ou « anti-liberté » ou « haine des femmes ». De plus, ça implique de définir leurs adversaires, défenseurs de la liberté de choix, de sa sexualité et de procréation, comme des pro-morts. Pourtant est-ce bien la vie du fœtus qui les préoccupent tant. Leur credo c’est surtout le respect absolu de ce qu’illes perçoivent comme une décision divine et donc la lutte contre toute velléité des humains, et principalement les femmes, de décider par elleux-mêmes. Illes ne s’opposent pas seulement à l’avortement et à la contraception mais aussi à l’euthanasie et au suicide. Leur amour de la vie c’est d’abord la haine des femmes, et notamment celles qui refusent le rôle de pondeuse-couveuse-éleveuse de chair à curé, à patrons et à canons.  Elles se doivent d’obéir aux commandements d’un dieu qui comme par hasard est généralement représenté sur terre par des hommes. Leur amour de la vie signifie aussi haine du plaisir, c’est pourquoi illes combattent l’éducation sexuelle et le contrôle des naissances qui débouchent sur une sexualité libre, dégagée de la contrainte de la reproduction ainsi que sur le choix de son orientation sexuelle.

Pour défendre la "vie" –  entendez : les femmes, forcément mères, à la maison, les sexualités uniquement procréatives, l’abstinence comme contraception, mais le rétablissement de la peine de mort – les grenouilles se battent sur plusieurs plans, du plus grotesque au plus insidieux.

On connaît les guignols qui s’enchaînent devant et dans les centre d’IVG, brandissant des crucifix, insultant les patientes et brutalisant les infirmières (les cousin-e-s de celles et ceux qui aux Etats-Unis vont jusqu’aux meurtres de médecins). L'an dernier, on a vu une manifestation à la gloire de la famille nombreuse, de la mère au foyer et de son serre-tête en velours. On mesure moins l’impact d’activités plus discrètes et souterraines.

Profitant du besoin d’information des femmes et de l’entretien pré-IVG obligatoire prévu par la loi Veil, les opposant-e-s à l’avortement ont créé une flopée d’associations d’ "aide" aux femmes. Et sous ce prétexte, illes cherchent uniquement à dissuader les "futures mères" d’avorter : culpabilisation, production de chiffres fantasmagoriques sur les dangers de l’avortement, proposition d’abandonner l’enfant "comme ça au moins il vivra"… Les médecins acquis à cette cause font office de rabatteurs pour ces associations, dont les sites envahissent maintenant internet.
Certaines de ces assos sont subventionnées par les pouvoirs publics, non pas tant parce que ceux-ci ignoreraient leur objectif, mais parce que les anti-IVG ont aussi de nombreux relais au sein de la sphère politicienne.

Depuis 1967 et l’autorisation de la contraception, illes ont tout fait pour minimiser, à défaut d’empêcher, la portée des lois permettant aux femmes de faire ce qu’elles veulent de leur ventre. Illes ont ainsi contribué au fait que l’IVG est finalement plus une tolérance qu’un véritable droit. Sous Chirac, une majorité de ministres avaient des sympathies anti-IVG ; Christine Boutin, cheffe de file des parlementaires anti-avortement, a été ministre du premier gouvernement Fillon sous Sarkozy…

Sans proposer de loi recriminalisant l’avortement, ces abolitionnistes s’acharnent à créer des lois et amendements qui grignotent son droit de toutes parts : reconnaissance du fœtus comme personne, baisse des subventions aux plannings et des crédits alloués aux hôpitaux en général et aux CIVG en particulier…
Alors qu’il y aurait tant à gagner encore sur le terrain du libre choix de nos sexualités et de la procréation/ou pas, nous voilà réduit-e-s à défendre les miettes d’un droit qu’on pensait acquis et à propos duquel on a trop rapidement manqué de vigilance.

Groupe Anarchiste Bordelais