dim 1 juillet 2012

Le TAV, nuisance fruits des nécessités de l'appareil capitaliste

CGA

TAV signifie Train A grande Vitesse, c’est ainsi que côté italien est désigné le projet de ligne devant relier Turin à Lyon, qui est lui même inscrit dans un plan plus général international, afin de relier Kiev a Madrid en une dizaine d’heures. Une accélération faite de la sueur et du sang de l’exploitation et de la dépossession des vivants.

La gestion, c’est à dire le contrôle de la circulation des flux (qu’ils soient composés d’objets, de vivants, de marchandises ou de leur vecteur) est une des pièces essentielle du capitalisme industriel intégré et mondialisé (comme les lignes THT, les aéroports, les autoroutes et les hydrocarbures de schiste...). Cela fait 20 ans déjà que mafia, patrons d’industries et gouvernements se succèdent pour réaliser cet objectif à l’encontre de la population locale.

Une des zones les plus emblématiques de la lutte contre le TAV se situe en Italie dans le Val de Suse, bien qu’elle soit loin de s’y cantonner. Tout le monde a bien compris que le TAV n’est pas un projet technique visant à améliorer l’existence, mais un projet politique qui s’arme et trouve son relais dans cette ligne. De cette politique nous n’en voulons pas, ni ici, ni ailleurs.

Les voies ferrées ou routières apparaissent comme des corps étrangers au territoire qu’elles transpercent et ne servent pas, en définitive. Seuls les camps concentrationnaires de touristes se sont fondus dans cette gentrification autoritaire.

On trouve d’un côté ceux qui doivent aller vite parce qu’on leur vole leur espace de liberté a travers l’exploitation et de l’autre, ceux dont on n’attend plus rien, qui « galère » localement avec peu de moyens.

Ces mouvements et cette stratégie de type militaire, cachés derrière « le développement », la « croissance » et « l’emploi » ressemblent plus a une occupation militaire coloniale chargée d’écarter les contestataires au projet et de détruire les nombreux habitats humains et non-humains d’une vallée, déjà trop anthropique (2 routes nationales, une voie ferré internationale, 2 tunnels, des stations de ski, 2 lignes à haute-tension) et qui pourtant abrite une grande biodiversité (cerfs, chevreuils, aigles, ainsi qu’au moins trois bandes de loups).

De l’amiante, ainsi que des matériaux radioactifs doivent être extraits du massif et risquent de se disperser au sein de la population. Le bruit généré par les travaux, et persistant après, ainsi que l’attaque esthétique de la montagne, rallient encore plus de personnes contre ce projet, sans parler du risque d’assèchement des nappes phréatiques ou de leur contamination par l’uranium !

Du travail ! Il en faudra pour guérir tous ceux qui seront exposés à toutes ces nuisances. Ceux qui sont exploités sur place sont mal payés, mal formés, mal traités, et ne participent pas à la vie locale. Même les libéraux ne comprennent pas toute l’énergie dépensée dans la construction de cette ligne et pensent qu’il s’agit avant tout d’un projet idéologique et symbolique puisque selon eux, les avantages en terme d’emplois, d’économie et d’environnement, sont inférieurs aux coûts. Au final c’est la mafia qui tire partie de ce projet qui n’a pas d’autre objectif que d’entretenir une exploitation et un contrôle à travers la construction. « Le travail est la meilleure des polices ».

Que les exploités, ou même ceux qui critiquent, finissent par prendre ces lignes, ou que l’on fuit les difficultés en proposant un tracé qui « ne gênerait personne » ne résoudra pas les problèmes posés par l’exigence faite en permanence à chacun, d’aller, non pas à la vitesse qu’il désire, mais d’être tout le temps sous-pression. Si la vitesse est recherchée par certains, en dehors de leur exploitation, c’est aussi à cause de tout l’espace que prend l’exploitation dans nos vies.

Le rapport de force est massif. Et les activistes s'organisent d’eux mêmes, sans appareil, ni syndicat, délaissant l’AG trop lourde, au profit d’initiative locale, élaborant des savoirs populaires contre l’expertise gouvernementale et industrielle. A la police a succédé l’armée, ses barbelés et ses carabiniers. Certains on été gravement blessés, d’autres mis en prison, mais l’unité interclassiste s’élabore malgré la propagande de l’industrie médiatique et du gouvernement. C’est le résultat de l’action collective et de la mise en valeur des biens, non privés, ni étatisés, mais communs en liant ces questions à la valorisation de la dette, dernière stratégie de culpabilisation des masses par le capital. « 1 cm de TAV = 1 bourse d’étude, 1 m de TAV = 1 école, 1 km = un hôpital, etc. » C’est à nous de démonter l’appareil capitaliste et de libérer nos besoins de l’aliénation produite par ses exigences. Occupations, blocages, grèves spontanées, sabotages sont des armes utiles. A la logique du nombre frontal succède la capacité de harcèlement jusqu’à l’épuisement. Beaucoup reste à faire. Le TAV n’est qu’une forme importante, mais temporaire, posé par une exigence capitaliste de fond.

 

Florian (Groupe de Montpellier)