lun 1 octobre 2012

Le syndicalisme autogestionnaire et fédéraliste, alternative à la barbarie et à l'État

CGA

Pour les anarchistes, aborder la question du syndicalisme, c’est défendre et favoriser les aspects qui fondaient (et fondent toujours) le syndicalisme, à savoir son autonomie et son indépendance.

La CGT des origines et ses bourses du travail (1895) ainsi que la chartre d’Amiens (1906) sont là pour témoigner de cette réalité.

Pour autant, nous devons aborder cette question en prenant certaines précautions d’usage, identiques à celles qui prévalent et/ou qui s’avèrent nécessaires quand nous abordons les problèmes liés aux dysfonctionnement et dérives inhérents au modèle « politicien » en acte.

Une nuance existe pourtant entre ces deux aspects de la contestation sociale : les fondements originels du syndicalisme qui, répétons-le, ne sont pas pour effrayer les anarchistes que nous sommes, sont aux antipodes du modèle « politique », par essence interclassiste et totalement antinomique à la pratique et aux idéaux libertaires.

 

 

Barcelone, juillet 1936

 

Le Syndicalisme et …les anarchistes

Nous, anarchistes « sociaux » et « révolutionnaires », c’est à dire militants qui aspirons à l’avènement d’une société sans classe et sans Etat, libertaire, égalitaire et fédéraliste, préconisons des changements fondamentaux - et nous luttons pour ça - qui ne peuvent être obtenus que par la lutte sociale et pas n’importe quel type de lutte.

Exit donc les recours à l’électoralisme et les abandons de souveraineté que ce système suppose, qu’ils soient individuels et / ou collectifs.

La lutte sociale alimente et rythme un recours constant à la base, à l’assembléisme, aux notions d’autogestion et de fédéralisme. Elle permet aux actrices et acteurs de la contestation sociétale (sociale, économique, politique…) de se détacher, de s’éloigner du statut qui leur était réservé jusque-là : celui de spectatrices et spectateurs de leur propre devenir, de leur propres destinées.

Aussi, à la question de la légitimité du « syndicalisme » à remplir de telles fonctions et à répondre aux aspirations de plus en plus fortes d’une partie non négligeable des salarié-e-s et des contestataires sociales-sociaux, nous pouvons répondre positivement.

Oui, en effet, le syndicalisme est par essence un sujet de contestation de l’ordre inique établi.

Il est un sujet « collectif » dès lors qu’il agrège des mécontentements individuels pour en faire ressortir une alternative globale au moment de définir les contours d’une autre manière de vivre en société.

Il est un sujet ancré très profondément dans une analyse de classe, entièrement articulée autour des antagonismes réels et vécus entre d’un côté une minorité de possédant-e-s et d’hommes et de femmes de Pouvoir et de l’autre une majorités d’individu-e-s spolié-e-s, dépossédé-e-s, méprisé-e-s, considéré-e-s au mieux comme de simples variables d’ajustement, pour le plus grand profit des capitalistes et des étatistes réunis.

Il est enfin, un sujet porteur de fonctionnements sociétaux basés sur une disparition de l’aliénation étatique et de l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Son horizon est une société socialiste, libertaire ou communiste libertaire, ce qui représente la même chose si on accepte de considérer quelques nuances à la marge.

Le syndicalisme, d’un point de vue idéologique, même s’il rencontre quelques détracteurs au sein du mouvement anarchiste, reste un mode de regroupement, de contestation sociétale et d’alternative en actes au monde inégalitaire dans lequel nous vivons.

Le syndicalisme est légitime dès lors qu’il aspire à changer le Monde !

Pour les anarchistes organisé-e-s, et en nous référant à l’adage « qui aime bien, châtie bien ! », le fait de reconnaître la nécessité absolue et la légitimité de la « forme syndicale » (du Syndicalisme) nous conduit à critiquer les dérives atteignant ce mode de contestation, tant du point de vue des glissements idéologiques et sémantiques que du point de vue des dérives repérées dans les fonctionnements.

 

Idéologiquement

Les « Directions » syndicales se sont éloignées des fondements historiques des origines, ceux qui représentaient le marqueur révolutionnaire de ce regroupement de classe.

La conscience de classe s’est peu à peu estompée pour laisser la place à un référentiel politicien – de « gauche » plutôt que de « droite ». Ce phénomène a ouvert non seulement de larges brèches dans l’Unité de classe au profit des divisions partisanes et programmatiques mais aussi les appétits des leaders en mal de Pouvoir.

L’indépendance syndicale des origines a fondu comme peau de chagrin. Au point qu’aujourd’hui, le recours aux « Comités » ou aux « Coordinations » au sein de mouvements de grèves montre la méfiance des contestataires sociaux vis-à-vis des Directions syndicales.

Au point aussi que des syndicats ou des fédérations appellent à voter pour un tel ou une telle, s’aliénant de fait toute possibilité de contester la politique qui sera mise en œuvre, une fois leur « héraut » élu !

Egalement nous pouvons constater la dérive dans laquelle les organisations syndicales ont plongé le syndicalisme des origines en l’engluant dans le paritarisme tant vanté par les tenants (économiques et politiques) au pouvoir.

Les syndicalistes qui participent aux très nombreuses institutions, qu’elles se réclament de la Politique, de l’Economie, de la Culture etc., légitiment par leur seule présence toutes les politiques qui sont mises en œuvre et toutes les saloperies qui ne manquent pas d’être menées contre la grande majorité des populations.

 

Pratiquement

Dans la période actuelle, la « guerre sociale » menée par les tenants de la finance, par les gouvernants et par les institutions nationales et/ou internationales, contre toutes les populations du globe, n’a qu’un but : réorganiser le pillage capitaliste des richesses produites, augmenter les parts de profits des financiers et asseoir encore plus le pouvoir déjà immense des gouvernants.

Dans ce contexte, le syndicalisme devrait dans un premier temps organiser la révolte et, à la suite, le renversement des potentats économiques et politiques qui appauvrissent sans vergogne leurs peuples.

Dans la situation sociale et économique que nous subissons, d’une gravité sans précédent, hormis pendant le « crise » des années 30, l’appel à la lutte sociale et à l’affrontement de classes devrait l’emporter sur toute autre considération de type « social-démocrate » et « paritariste ».

Le syndicalisme se doit de revenir aux sources, afin de redéfinir précisément les champs de l’affrontement de classes.

Un syndicalisme qui se dote d’une organisation réellement fédéraliste, qui construit la lutte pour aboutir à la grève générale et au renversement des classes possédantes.

Il n’est ici nullement question d’utopie mais seulement de réalisme révolutionnaire.

L’Organisation syndicale ne doit plus accepter l’horizon capitaliste comme un horizon indépassable.

Tant au niveau national, qu’au niveau international, la construction d’une organisation révolutionnaire et unitaire des « producteurs et productrices » doit répondre à la mondialisation de la Finance et du Capitalisme.

Le remboursement des « dettes », les restructurations capitalistes en cours, les délocalisations industrielles, la montée du chômage, toutes ces choses engendrent de la misère, de la désolation, du repli sur soi et, au bout du bout, l’éloignement et l’abandon des luttes.

L’organisation syndicale, révolutionnaire, fédéraliste, libertaire doit à tous les niveaux, de l’Entreprise à la Commune, et de la Commune à l’International, remobiliser l’ensemble des classes qui produisent et doit refuser les recettes éculées en provenance des dirigeants : banquiers, gouvernants, « chefs » d’entreprise…

A notre tour de proposer des solutions idoines : réappropriation des outils et moyens de production, redistribution égalitaire et fédéraliste des richesses produites, autogestion des Entreprises, du Commerce et de toutes les activités sociales …

Abolition du travail salarié pour le remplacer par le travail socialement utile.

 

 

 

Tunisie, décembre 2010 - janvier 2011

 

En conclusion

Voilà ce que le syndicalisme des origines proposait, voilà ce que le syndicalisme devrait proposer à nouveau.

Le capitalisme a évolué et ne cesse d’évoluer nous déclare-t-on à l’envi. Mais ce que beaucoup oublie de signaler c’est que les vieilles recettes du Capitalisme - exploitation, aliénation, division de la société en classes…- sont toujours là et bien là !

Et puisqu’elles se portent toujours bien, à nous de reprendre nos vieilles recettes du syndicalisme : Fédéralisme, Indépendance, Autonomie, Antiétatisme et Anticapitalisme.

Alors, l’abolition du salariat et la disparition de l’Etat et de son cortège d’aliénations pourront être de nouveau envisagées.