lun 1 mars 2010

Le réflexe autogestionnaire des Philips: insupportable pour le patronat

IAL

Première tentative de résistance autogestionnaire en France depuis le début de la crise

Le mardi 5 janvier 2010, la CGT Philips EGP de Dreux en dissidence avec la direction de la CGT depuis 2000, exclue de l'union locale mais qui est restée attachée à la fédération de la métallurgie a diffusé ce communiqué:

« Pour le maintien de production de télévisions de Philips EGP DREUX, les salariés du site depuis des années ont organisé grèves, mobilisations régionales, batailles juridiques... tout a été tenté pour bloquer la machine destructrice de l'emploi. La CGT Philips EGP DREUX s’est battue sans relâche pour la mobilisation massive des salariés de Philips. Car comme partout, derrière ces emplois directs supprimés, ce sont des milliers d’autres qui ont été liquidés avec l’installation dans le chômage et la misère de milliers de familles. Le groupe Philips annonce un bénéfice record au 3e trimestre 2009 de 176 millions d’euros, soit trois fois celui du 3e trimestre 2008. Quant au bénéfice d’exploitation, ce dernier a été multiplié par six et s’élève à 344 millions d’euros. Aujourd'hui depuis 9 heures, les travailleurs du site de Dreux ont pris le contrôle de l'usine et de l'organisation des productions afin de dénoncer la fermeture de celui-ci et de démontrer que l'activité TV est toujours possible à DREUX »

Ce jour-là, à 9h du matin, par 147 voix pour et 5 voix contre, « 147 ouvriers, cadres, ingénieurs etc. ont accepté de travailler en autogestion, lors d'une assemblée générale, et ainsi montrer que l'usine est rentable, si l'on n'engraisse pas financièrement les actionnaires" (CGT).

Depuis le regain des vagues de licenciements dans le sillage de la crise économique mondiale, les salarié-e-s de Philips de Dreux ont donc inauguré la première tentative de résistance autogestionnaire en France.

 

Un début tout a fait prometteur...

Dès la prise de contrôle en autogestion, les salarié-e-s ont augmenté la production, et le délégué de la CGT pouvait déclarer: "Chacun sait ce qu'il a à faire. On connaît notre métier. Nous venons de passer des commandes de matière première qui nous ont été livrées. Nous avons produit 300 téléviseurs hier alors que la direction ne nous en faisait produire qu'une dizaine par jour depuis quelques temps, en attendant la fermeture du site".

Leur mouvement s'est organisé dans les règles de l'art de l'autogestion: l'assemblée générale des salarié-e-s a été déclarée souveraine dès le début et les syndicats qui ont dû se soumettre à ses délibérations, ont ainsi été ramenés de façon sûre à leur véritable fonction d'outil au service de la défense des intérêts des travailleurs et des travailleuses.

Depuis le 5 janvier, chaque matin, l'activité a débuté par une assemblée afin d'organiser l'autogestion de la production. Les salarié-e-s ont donc mis la main sur le stock et se sont ainsi attribué un pouvoir considérable dans la lutte contre la direction. Ce dont cette dernière a immédiatement pris conscience.

 

qui a fait peur à la direction !

Pour la direction du site Philips de Dreux, l'autogestion de l'usine était le scénario catastrophe à éviter absolument. Elle est donc sortie de sa stratégie d'absence, six jours seulement après le début de l'autogestion de l'entreprise en mandatant un huissier de justice accompagné de vigiles sur le site occupé et autogéré: « après 5 jours de sommeil, la direction vient de se rendre compte que les salariés avaient géré leurs achats, leur organisation de travail pour maintenir une activité sur un mois » (CGT Dreux). En effet la prise de contrôle a montré dès le début sa détermination par la planification de la production à moyen terme et c'est bien là ce que le patronat ne peut pas supporter.

Dès le 12 janvier (sept jours après la prise de contrôle de la boîte), la direction est donc passé à l'offensive de la meilleure façon qu'elle pouvait le faire en envoyant une lettre de menace de licenciement pour faute lourde à 9 salariés qui travaillaient directement dans le stock. Cela montre indéniablement à celles et ceux qui en douteraient encore que le contrôle du stock est une des clés pour emmerder le patronat.

Quoi qu'il en soit, soyons sûr-e-s que la direction de Philips a été attentivement observée par le patronat français dans la gestion de ce conflit. Soyons assuré-e-s que la prise du contrôle du stock et de la production par les salarié-e-s menacé-e-s de licenciement est ce que le patronat dans son ensemble craint le plus.

 

La suspension du contrôle ouvrier

Bien-sûr, il était hors de question pour les salarié-e-s de mettre dans la balance le licenciement de 9 d'entre-eux et elles. Cela équivalait à faire échouer une lutte de plusieurs mois. L'assemblée générale du 15 janvier a donc voté tout naturellement la suspension de l'autogestion de l'usine, et à ce jour la lutte s'est déplacée sur le terrain judiciaire.

Par ce réflexe collectif et autogestionnaire, les salarié-e-s de Philips Dreux n'ont pas seulement fait preuve d'intelligence stratégique dans la gestion du rapport de force avec leur direction mais aussi de dignité. En effet, ils et elles ont aussi franchit le pas d'une affirmation de leur capacité à se coordonner pour assumer leurs responsabilités de travailleurs et de travailleuses. Ils ont voulu cesser de réclamer leur dû dans un jeu de ping-pong forcément mené par la direction. Ils ont mis en acte le pouvoir dont ils disposent: celui de savoir faire marcher une boîte par eux-mêmes, ce que bien sûr le patronat, ignorant tout du travail, est incapable de faire.

 

Partout face aux licenciements:

autogestion !

Le recul acté par l'assemblée générale du 15 janvier est bien-sûr dû à l'isolement de cette lutte autogestionnaire. En effet, en Argentine en 2 001, dans un contexte de crise quasi-apocalyptique, ce sont près de 200 entreprises qui ont choisi la sécurité de l'autogestion face à l'incertitude permanente de l'avenir qu'imposent les patrons. Ces entreprises autogérées existent encore aujourd'hui en 2 010, et elles ont permis de sauver 10 000 emplois dans un premier temps et d'en créer plusieurs milliers dans un second temps! Ces entreprises ont survécu et se sont même développées parce qu'elles étaient relativement nombreuses et qu'elles se sont fédérées dans des organisations d'envergure nationale leur permettant ainsi de se fournir les unes les autres de la matière première et des débouchés supplémentaires.

La globalisation du capitalisme a généré une crise globale, la riposte des travailleurs et des travailleuses doit donc être globale et plus l'autogestion des entreprises qui licencient sera répandue plus nous nous éloignerons du capitalisme en mettant en acte une alternative à la propriété privée des moyens de production. C'est la méthode la plus efficace qui pourrait potentiellement sauver des centaines de milliers d'emplois et au-delà nous permettre à toutes et tous de nous former à l'autogestion à large échelle afin de construire enfin dans le réel une alternative crédible à l'économie capitaliste. L'autogestion immédiate de toutes les entreprises qui licencient serait probablement le moteur le plus puissant d'une révolution sociale et libertaire victorieuse.

 

CGA Orléans

 

 

 

 

Pour suivre l'actualité de cette lutte:

http://cgt-egp-dreux.over-blog.com/

 

Interview vidéo des Philips réalisée le 11 janvier:

http://www.dailymotion.com/user/autogestion2010

 

Pour soutenir la lutte vous pouvez envoyer vos dons au :

Syndicat CGT PHILIPS EGP Dreux

1 rue de Réveillon 28100 Dreux

Tel :02 37 65 63 71

cgt.pegp@aliceadsl.fr