lun 20 juin 2011

Le nucléaire : une sale histoire...

CGA

 

« Nous ne possédons pas encore l'imagination, les analogies, les mots ou les expériences pour qualifier la catastrophe de Tchernobyl »1 Pourtant, l'inévitable, le prévisible se produit, comme pour souligner l'orgueil assassin d'hommes assoiffés de puissance et d'argent. Fukushima 2011 vient supplanter Tchernobyl 1986. Communiqué de TEPCO du 14 Mai 2011 : Réacteur n°1, enveloppe inox 304L fissurée et cuve percée suite à l’effondrement et à la fusion des barres de combustible, très importantes fuites hautement radioactives, refroidissement impossible, eau à moins 5 mètres, le cœur du réacteur est maintenant exposé à l’air, le devenir est problématique et incertain aussi pour les réacteurs n°2, 3 et 4, le calendrier du plan de stabilisation est totalement remis en cause, créations de sarcophages d'encapsulation des bâtiments réacteurs en béton accrochés sur le rocher à moins 50 mètres en étude d’urgence avec de la zéolite pour absorber les matières radioactives. Notons que le 6 avril, le ministère de l'Intérieur nippon a rendu publique l'injonction faite aux opérateurs télécom de supprimer de leur réseaux des informations qualifiées de « fausses rumeurs [...] contraires à la loi, à l'ordre et à la morale publique » 2. Silence, on irradie. Et ça c'est légal.

 

Naissance d'un monstre. C'est à Hanford, dans l'État de Washington, au nord-ouest des États-Unis, que l’industrie nucléaire fait ses premiers pas en 1943 en recrutant plus de 50.000 personnes. Le projet titanesque consiste à construire une usine capable de produire le plutonium destiné à la fabrication d’armes de destruction massive. Il faut dire qu'en pleine guerre mondiale, et suite aux révélations de scientifiques allemands anti-nazis, les américains savent que l'Allemagne nazie travaille à la mise au point de la bombe atomique. Le 16 Juillet 1945, la première bombe atomique explose dans le désert du Nouveau-Mexique. La suite ne se fait pas attendre. Tout d'abord la bombe à l'uranium «little boy», larguée au-dessus de Hiroshima le 6 août 1945, tuera sur le coup ou blessera mortellement des dizaines de milliers de civils japonais. Fallait-il renouveler l'expérience ? La reddition des japonais nécessitait-elle une bombe atomique ? Il est permis d'en douter, tout comme l'écrira dans ses mémoires l'amiral Leahy, qui fut chef d'état-major particulier des Présidents Roosevelt puis Truman. Extraits : « Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre. (...) L'utilisation à Hiroshima et à Nagasaki de cette arme barbare ne nous a pas aidés à remporter la guerre. (...) En étant le premier pays à utiliser la bombe atomique, nous avons adopté (...) la règle éthique des barbares. » Quant au général Eisenhower, il écrira lui aussi dans ses Mémoires : « À ce moment précis [août 1945], le Japon cherchait le moyen de capituler en sauvant un peu la face. (...) Il n'était pas nécessaire de frapper avec cette chose horrible. » Pourtant, le 9 Août 1945, les USA renouvellent l'expérience en larguant sur Nagasaki « Fat Man », une bombe au Plutonium cette fois-ci, pour compléter l'expérimentation. L'ère nucléaire s'ouvre avec 220 000 morts dans d'atroces souffrances et des séquelles qui ne se sont toujours pas refermées 66 années plus tard. Après cette démonstration éclatante de supériorité militaire adressée aussi à l'URSS, le monde entre dans la guerre froide, période de croissance inouïe pour l'industrie de l'armement.

 

La stratégie des fous: Prétendre nous protéger en menaçant de tout détruire. Après Hiroshima et Nagasaki, les américains s'acharnent sur l'atoll de Bikini qui sera le lieu de plusieurs dizaines d'explosions atomiques expérimentales (en 1998, l'AIEA a recommandé de ne pas repeupler l'île), les Russes suivent de près avec un premier essai en 1949, puis le Royaume uni en 1952, la France en 1960 (210 essais nucléaires de 1960 à 1996 en Algérie et en Polynésie, 150 000 personnes exposées à leur insu aux retombées radioactives, de même que les populations locales. Beaucoup en sont morts ou souffrent de graves problèmes de santé, qui commencent à peine à être reconnus. Les indemnisations se font toujours attendre...), la Chine en 1964... Il faudrait citer le Pakistan, Israël, la Corée du Nord qui a réalisé son dernier essai nucléaire en 2009... Que les oubliés nous excusent. Dans son livre « Une guerre », Dominique Lorentz a révélé l’enjeu nucléaire de l’affaire des otages français au Liban, ainsi que le rôle de la France, depuis les années 1960, par rapport à la volonté de l’Iran d’obtenir l’arme atomique (L'Iran prêta en 1977 un milliard de dollars à la France pour la construction de la centrale de Tricastin, dans le cadre de quels accords?). Les conséquences d'une guerre nucléaire sont potentiellement terribles : passé un certain seuil d'utilisation, la poussière éjectée dans la haute atmosphère par les explosions bloquerait les rayons du soleil, stoppant la photosynthèse, et refroidissant gravement le climat planétaire. Par manque de photosynthèse les plantes meurent, puis les herbivores, puis les carnivores, mettant en péril l'Humanité dans son ensemble. C'est le phénomène d'hiver nucléaire.

 

On eut pu s'en tenir là, mais la fabrication de l'arme nucléaire (enrichissement de l'uranium) nécessite des installations extrêmement coûteuses. Comment les financer ? Comment faire accepter aux populations les coûts exorbitants de fabrication de l'arme nucléaire ? Il apparaît donc comme une fatalité que le développement d'un arsenal nucléaire militaire soit adossé à l'exploitation commerciale de l'énergie développée de façon à masquer les budgets colossaux associés à la détention de l'arme ultime. La voie d'accès à la bombe nucléaire est donc le développement de l'industrie nucléaire civile (dit à des fins pacifiques). Développer le nucléaire civil, c'est ouvrir la voie au nucléaire militaire. L'un ne va pas sans l'autre. C'est bien ce que fit la France entre 1945 et 1958 en camouflant son programme militaire sous couvert de développement du nucléaire civil. A ce jour, alors que 443 réacteurs nucléaires fonctionnent dans 31 pays différents et 63 réacteurs sont par ailleurs en construction, et sachant que tout pays disposant de stocks de plutonium enrichi peut se doter de l'arme atomique, parler de non-prolifération nucléaire doit englober l'ensemble des activités afférentes, tant civiles que militaires.

 

Un emmerdement n'arrivant jamais seul, l'industrie nucléaire produit des déchets qui sont autant de bombes à retardement dont la durée de vie se mesure en siècles. La nécessité de traiter ces déchets était-elle prévisible lorsque nos « élites » décidèrent de les produire ? Ceci est une évidence, mais certainement pas la préoccupation des promoteurs de cette industrie mortifère. Depuis De Gaulle qui affirme en 1963 « la nécessité de disposer des armes les plus puissantes de l'époque, à moins bien entendu, que les autres cessent d'en posséder  » jusqu'à Mitterrand déclarant en 1981 que l’arme nucléaire « est une réalité, un prestige, un atout pour notre rayonnement », ce sont les mêmes qui assurent la promotion du nucléaire civil et militaire en portant sur le monde un regard belliqueux ou hautain, persuadés que rien ne peut entacher leur incroyable destin. Pourtant, force est de constater que notre planète est déjà une poubelle nucléaire, que le mal est fait, et que rien ne nous sera épargné. Quand on apprend que la mafia aurait coulé 30 bateaux chargés de déchets nucléaires au large de la Calabre, quel crédit accorder à ceux qui nous garantissent le sérieux du traitement de ces déchets ? Que dire d'EDF qui utilise la Sibérie comme un dépotoir ? Le traitement des déchets nucléaires, en économie capitaliste, est-il autre chose qu'une source de profits ? Nos descendants, dans 500 ans, sauront-ils interpréter les indications signalant une « poubelle nucléaire ». Devront-ils innocemment se faire irradier ? Plus près de nous, qui se forme à la gestion des déchets nucléaires ? Qui va faire la « sale besogne » ? Y a-t-il des volontaires ? S'il n'y en a pas, et comme malgré tout il faudra faire la « sale besogne », comment va-t-on désigner les « volontaires » ? Produire des déchets nucléaires, c'est comme faire décoller un avion sans avoir prévu l'atterrissage. Cela ne peut que mal tourner. Alors petit à petit, notre planète est parsemée de zones interdites. Exiger l'arrêt de la production des déchets ne résout pas le problème posé mais constitue certainement un préalable.

 

Après les bombes militaires et les déchets en tous genres, comment ne pas parler des accidents nucléaires civils en ce mois de Mai 2011 ? Alors qu'on a longtemps pensé que les USA avaient connu le premier accident grave au monde en 1979 sur la centrale de Three Miles Island, c'est en 1989 que le parlement soviétique rend publique l'information de l'accident survenu à Kychtym le 29 septembre 1957. 32 ans de secret autour d'une catastrophe qui relâcha dans l'atmosphère d'énormes quantités de produits radioactifs mais qui permit à l'URSS de rattraper les USA dans la course aux armes atomiques. Que pèsent 200 morts, 10 000 personnes évacuées, 470 000 personnes exposées aux radiations face aux logiques militaires? Pour revenir à l'accident de Three Miles Island aux USA le 28 mars 1979, est-il permis de penser qu'il s'agit d'un « bon » accident ? C'est ce qui est communément admis puisque cet accident aurait permis d'accroître la sûreté des autres installations et a stoppé pendant 30 ans la construction de nouveaux réacteurs aux USA. Mais comment un accident qui n'aurait pas fait de victimes et aux rejets prétendument limités peut-il mettre un point d'arrêt à une industrie aussi « prometteuse » ? Pourquoi le « nettoyage » du site dura 14 ans et coûta près d'un milliard de dollars ? Retour en URSS, 7 ans plus tard ! Le 26 Avril 1986 demeurera dans l'histoire de l'humanité une date terrible, l'explosion d'un réacteur nucléaire d'une puissance de 1000 MW. Immense gâchis humain avec la contamination de millions de personnes, et certainement des centaines de milliers de morts depuis. Quant à ceux qui nient ces chiffres, ils s'appuient souvent sur les chiffres donnés par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Or, ils omettent systématiquement de citer l' accord très singulier, entré en vigueur le 28 mai 1959 par la résolution de l'ONU WHA 12-40, qui engage l'OMS à consulter l'AIEA avant toute communication relative aux impacts sur la santé des rayonnements.

Nous avons donc d'un côté, l'AIEA dont le but est «d’accélérer et d’accroître la contribution de l'énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité du monde entier», les VRP du nucléaire civil en somme, et de l'autre l'OMS dont le but est « la santé publique dans le monde ». Pourquoi l'OMS affirme-t-elle que la catastrophe de Tchernobyl a causé 4000 décès alors que Greenpeace par exemple parle d'un nombre 100 fois plus élevé ? Qui dit la vérité ?

 

Si la centrale de Tchernobyl fut suspectée d'être mal conçue, mal fabriquée, mal pilotée, Nous autres occidentaux sommes moins enclins à considérer le Japon comme un pays peuplé de maladroits... Pourtant, à la suite du tremblement de terre du 11 Mars 2011, suivi d'un Tsunami qui a noyé les systèmes de refroidissement des réacteurs de Fukushima, les informations qui nous parviennent sont de plus en plus dramatiques. Il faut noter que cette dernière catastrophe ne fait plus les gros titres des journaux depuis qu'il est certain que l'ampleur de la pollution dépasse l'imaginable. Et l'imaginable, c'était Tchernobyl. La catastrophe de Fukushima est-elle classée de niveau 7 parce qu'il n'y a pas de niveau supérieur ? Les victimes les plus nombreuses sont pour le moment les suicidés, découragés d'avoir tout perdu, comme tant d'agriculteurs qui ont dû abandonner leurs animaux (10 000 vaches sont mortes de faim...). Mais qu'en sera-t-il dans quelques temps ? Ce peuple qui a déjà payé un très lourd tribut au nucléaire militaire se voit directement menacé dans son intégrité physique par ce fléau sournois, invisible mais qui n'est pas une fatalité et dont on connaît la logique responsable. C'est par où la sortie ?

 

 

Jimté Toulouse, Mai 2011

 

Webographie :

http://www.sortirdunucleaire.org/

http://www.rue89.com/tag/nucleaire

http://www.astrosurf.com/luxorion/tchernobyl.htm

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/

Bombardements_atomiques_de_Hiroshima_et_Nagasaki

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/

Catastrophe_de_Tchernobyl

1 Svetlana Alexiyevich, écrivain Bélarus auteur de « La supplication »

2http://www.soumu.go.jp/menu_news/s-news/01kiban08_01000023.html