dim 1 juillet 2012

Le logement ruine le pauvre aussi sûrement qu'il enrichit le riche

CGA

Sans nul doute, le business du logement est bien le moyen le plus efficace pour « pomper » le fric du prolo et alimenter le compte en banque du proprio. Mieux que le salariat, plus dodu, plus gras. Nombre d'entre nous en conviendrons : le loyer est un poste mensuel conséquent dans nos budgets. Il est qualifié de loyer « à fond perdu » par les professionnels de la location... Pas perdu pour tout le monde, mais définitivement pour le payeur...

 

Le logement, une denrée rare... et chère !

Le logement, dans l'histoire, a toujours été représentatif du statut social. Il y eut les esclaves et les serviteurs qui habitaient chez leur maître, et qui n'avaient pas d'habitation personnelle. Il y eut les serfs, locataires d'un lopin de terre appartenant au seigneur local, et autorisés à y construire une masure pour s'abriter, autorisés aussi à venir se réfugier dans le château du seigneur en cas de danger. Il y eut bien plus tard les logements ouvriers construits par le patron à proximité de l'usine et loués aux salariés de l'usine selon le principe du je te paye un peu, mais tu m'en rends de suite une bonne partie. Citons aussi les maisons bourgeoises qui font le charme de nos « plus beaux villages de France ». Là on construisait pour soi et les siens, on investissait dans la pierre, pour le long terme.

 

L'histoire suit son cours et après-guerre il faut reconstruire et/ou absorber le flot d'immigration de la campagne vers la ville. Cette période va être extrêmement favorable aux propriétaires fonciers qui ont les moyens de construire des logements en vue de les louer à ceux qui n'ont rien. Le collabo qui s'est enrichi durant la guerre va pouvoir louer un appartement au résistant qui se retrouve fort dépourvu une fois la paix revenue. Le prolo, talonné par la misère et qui arrive à Paris où dans une autre grande ville n'a alors que ses deux bras à vendre. Mais où se loger ? On imagine bien les propriétaires s'organisant pour répondre à cette demande de logements au mieux de leurs intérêts, c'est à dire en organisant à la fois l'offre et la rareté de l'offre.

 

La période dite des 30 glorieuses n'est pas glorieuse pour tous, et les bidonvilles vont fleurir en périphérie des grandes villes, comme à Nanterre dans les années 70 (on en comptera 89 en région parisienne) où les immigrés algériens sont contraints de passer la nuit dans des abris de tôle et de carton, insalubres, froids, humides, sans égouts ni eau potable, après avoir passé leur journée à fabriquer à l'usine « une voiture pour chaque français ».

 

Et au 21ième siècle, qu'en est-il du logement ? La Ve république a-t-elle apporté une solution à cette injustice vieille comme le monde ? Admettons tout d'abord que le problème du logement est perçu différemment selon qu'on en possède plusieurs, qu'on doit louer celui qui nous abrite ou qu'on l'a acheté (60% de nos concitoyens). Dans le premier cas, ce n'est pas un problème mais une aubaine, une source de revenus. Dans le deuxième cas, c'est une charge importante qui ne se termine jamais, comme une malédiction. Et dans le dernier cas, l'heureux propriétaire paye deux fois son logement, une fois au constructeur et une fois à la banque sous forme d'intérêts du prêt qu'il a dû contracter. Il paraît que c'est un poil mieux qu'un loyer à vie.

 

Tout est lié. Le proprio a besoin de son locataire comme le patron a besoin de son ouvrier. Quant à nos concitoyens pauvres, ils payent cher des loyers à des personnes plus riches qu'eux. Si on observe à la loupe les statistiques de l'INSEE, on apprendra que plus on est pauvre, plus le logement constitue une part importante du revenu pour un faible niveau de satisfaction. On s'en serait douté... On peut aussi ouvrir les yeux et voir se constituer à nouveau des bidonvilles autour de nous, constater que tel SDF a choisi de camper au milieu d'un échangeur autoroutier (pourquoi?), voir des tentes multicolores en bord de Garonne ou ailleurs. Et si on est encore plus perspicace, on peut aussi voir à quel point la réappropriation de logements vides pour y habiter rencontre un vif succès chez nos concitoyens les plus précaires. Ils auraient pu faire valoir leur « droit au logement opposable » mais on sait, depuis que cette loi existe, qu'elle n'est jamais applicable...

 

Plus on est riche, mieux on est logé, et plus on peut s'enrichir en achetant des logements et en faisant payer des loyers élevés à ceux qui ne peuvent pas acheter leur logement (à cause des riches). Mais ce n'est pas tout. Dans notre beau pays, l’État encourage cette situation par diverses méthodes dont voici les deux principales :

 

-1- Ras le bol de payer des impôts pour rien ? Défiscalisez et faites-vous offrir un appartement par le fisc ! Ce slogan racoleur touchera certainement assez peu les lecteurs d'IAL, sinon pour leur donner envie de vomir. Il s'agit de l'accroche commerciale de toutes les officines dont l'objet est d'aider le cadre moyen à développer son patrimoine avec l'argent des autres (loi Robien, Besson, Périssol, Scellier, le dernier ferme la porte). Notons au passage que la législation fiscale qui crée ces aubaines pour les riches (en gros 400 millions d'Euros d'aide annuelle à des personnes qui n'en ont pas besoin) n'a jamais été remise en cause par la gauche au pouvoir.

 

-2- Vous ne pouvez pas payer votre loyer, l’État va vous aider avec votre argent :

Cette méthode s'appelle l'aide personnalisée au logement (APL). si les prolos ne peuvent plus payer leurs loyers, laisser jouer les mécanismes du marché comporterait le risque de voir les dits loyers baisser car les logements ne trouveraient pas preneurs. Au bout d'un certain temps, les propriétaires risqueraient de ne pas être gagnants à ce jeu. On préfère subventionner les locataires, on les aide à payer des loyers élevés. C'est le loyer dopé. Le locataire est content car on l'aide, et le propriétaire est content car il peut continuer à exiger des loyers élevés.

 

Loin de ces conflits d'intérêt, le cœur du problème, pour nous anarchistes, est lié à la notion de propriété privée, à laquelle nous préférons la notion de droit de jouissance1. Si nous pensons que les personnes doivent pouvoir profiter à leur guise des biens matériels dont elles ont l'usage, nous pensons qu'à l'inverse, les biens en surplus (dont le cumul qui crée la pénurie donne au détenteur un pouvoir certain sur ses concitoyens) doivent revenir dans le pot commun et être attribués aux personnes en ayant besoin. En France, 6% des logements sont inoccupés, soit environ 2 millions de logements. Accorder ces logements aux personnes qui en ont besoin, c'est résoudre la crise du logement, mais résoudre la crise du logement, c'est aussi porter un très mauvais coup aux propriétaires car c'est la rareté du bien qui en fait le prix. Tout bon capitaliste vous le dira, et nos représentants estampillés « démocratiques » veillent au grain !

 

Face à ce gros problème d'équité sociale, une réelle redistribution des cartes est plus que nécessaire, mais n'est pas inscrite au programme de notre nouveau gouvernement... En attendant, les plus radicaux squattent des logements vides, et s'ils sont expulsés, ils partent squatter ailleurs. Une vie de nomade urbain en quelque sorte. Facile à dire, mais moins facile à faire. Nous avons tous besoin, pour des raisons pratiques évidentes, d'un lieu ou nous soyons chez nous, d'un lieu imprégné de nos habitudes, de nos goûts, de nos besoins spécifiques. Affirmer cela en 2012 pourrait paraître provocateur à tant de millions de personnes qui vivent dans une habitation qui ne leur convient pas, qu'ils ont choisie par défaut, et à qui on interdit le loisir de la modeler à leur guise. Tant de millions de personnes qui disposent d'un logement trop petit, trop bruyant, trop coûteux, inchauffable, pas assez ceci et trop cela...

 

Alors, existe-t-il des solutions ? A petite échelle, sans nul doute :

    - Logement auto-construit voire éco-construit (On appelle les copains et on travaille ensemble. Une maison est rapidement montée. Ensuite, on rend les journées de travail aux copains et le tour est joué. L'entraide quoi! Voir l'association des éco-constructeurs du Sud-Ouest ARESO http://www.areso.asso.fr/)

    - Logement semi-collecif tels les éco-hameaux, logement auto-géré...

 

Mais dans tous ces cas de figure, la mise de fond pour l'accès au foncier et les achats de matériaux destine ces projets à des personnes relativement aisées, avec emploi stable, salaire correct...

 

Mais pour les autres, les précaires, les chômeurs (1 jeune de moins de 25 ans sur 4 en France) ces solutions ne sont pas envisageables. Reconnaissons que la solution la moins coûteuse, assurément, c'est le squat. Si des squatteurs individuels ou de petits groupes de personnes occupent discrètement des logements depuis toujours, à Toulouse, depuis maintenant un an, une véritable campagne de réquisition de logements vides est organisée par le CREA (Collectif pour la Réquisition, l'Entraide et l'Autogestion). (voir notre article dans IAL N° 88 page 4).

 

Il s'agit là d'une véritable démarche politique, radicale, mettant en cause notre organisation sociale en montrant l'incapacité des autorités publiques à répondre aux besoins de la population. Plusieurs articles, dans diverses revues ont été publiés. Nous invitons plus particulièrement nos lecteurs à visiter le blog du CREA car ce sont eux qui parlent le mieux d'eux-mêmes...( http://crea-csa.over-blog.com/ ), Notons aussi un article fort intéressant intitulé « Débat sur la campagne de réquisitions à Toulouse : Un mouvement qui grandit » disponible sur le site http://www.article11.info. Et encore dans CQFD de Mars 2012, un article à ce sujet: http://www.cqfd-journal.org/Salade-de-squats Comme quoi, le sujet est à la mode.

 

Si ces initiatives sont des bouffées d'air pur pour les personnes hébergées, la véritable interrogation porte sur la date d'expulsion qui finit toujours par arriver! D'autant plus que l'état ne s’embarrasse pas de procédure ou du respect de la loi lorsqu'il souhaite intervenir sur un lieu occupé et l'évacuer par la force. Nos camarades toulousains en ont fait l'expérience le Jeudi 29 Avril 2012. De nombreux squatteurs étaient surpris de voir les flics opérer dans l'illégalité telle une bande armée2 ! Que faire ? Aller se plaindre chez les flics ?

 

Alors camarade locataire, si tu ne peux plus (ou ne veux plus) engraisser ton proprio, squatte et vis heureux sans loyer ! Mais munis-toi d'une solide valise à roulettes et d'un casque pour te protéger des coups de matraques, car dans nos contrées, la propriété est sacrée. Pour notre part, nous persistons à considérer, comme Proudhon en son temps, que « La Propriété, c'est le vol ».

 

Jièmté, Toulouse, Mai 2012

1Pour mesurer la distance qui nous sépare de l’État, rappelons que le 16 janvier 1982, le Conseil Constitutionnel a estimé que la conservation du caractère fondamental du droit de propriété est l'un des buts de la société politique !

2 Ou serait-ce l'application de la directive de TREVI (Terrorisme, Radicalisme, Extrémisme et Violence), qui recommande pour lutter contre le terrorisme d'expulser tous les squats politiques !