jeu 30 décembre 2010

« La Sécurité est la première des libertés »

CGA

Ce slogan, né en 1977, a eu le rayonnement que l’on sait. Alain Peyrefitte, son inventeur, est l’un des initiateurs des premières politiques sécuritaires.

Si 1968 reste pour beaucoup un événement majeur dans l’histoire du mouvement social, pour l’oligarchie, il s’agit d’un événement traumatisant qu’elle n’a de cesse de diaboliser. Cette année-là s’ouvre une séquence historique marquée par une grande «agitation » politique (« les gauchistes » pour le pouvoir) et au-delà des cercles militants, on assiste dans les années 70 au développement d’une culture ouvrière d’insubordination dans les usines. L’état d’esprit de l’époque est frondeur.

 

Les années Giscard sont des années décisives dans la mise en place des politiques sécuritaires. Valéry Giscard d’Estaing est une figure importante de ces années-là. Il incarne à la fois le grand basculement dans les politiques néolibérales du pays et le lancement des politiques de restrictions des libertés publiques dites « sécuritaires ». On assiste à l’époque à la constitution d’un nouvel « ennemi intérieur » amalgamant gauchistes, immigrés et terroristes (politiques d’immigration durcies, loi anti-casseur …)

 

Avec la gauche arrivant aux affaires, même si, très provisoirement, il y eut un léger adoucissement, la même politique est poursuivie. A titre d’exemple, les contrôles d’identité instaurés par le pouvoir précédant sont maintenus. Les camps d’internement pour étrangers ne sont pas fermés. Des pseudo garanties démocratiques encadrant les procédures d’expulsion servent à maquiller les violences faites aux étrangers et la pérennisation de politiques xénophobes. Durant les années 80-90, le consensus s’est définitivement établi autour des questions sécuritaires. La gauche et la droite ont désormais les mêmes vues sur les politiques anti-immigrés et plus largement sur les politiques sécuritaires.

 

Ces dernières sont les nouveaux habits du pouvoir qui lui permettent en agitant des peurs (les immigrés, les banlieues, les délinquants, les terroristes…) de construire autour de lui la cohésion de la population apeurée. Pour ce faire, tous les moyens traditionnels (tuniques bleues déployées et recours à l’armée au travers notamment du plan "Vichy" Pirate) et technologiques (fichiers, vidéo surveillance…) sont mobilisés.

Nous assistons à une grande mobilisation générale. C’est une Union Sacrée à laquelle prennent part tous les partis de gouvernement, la hiérarchie de l’armée, celle de la police, et les grands médias. Ces derniers sont un élément important dans la construction du Consensus Sécuritaire car le grand objectif des politiques sécuritaires c’est la conquête des esprits.

Depuis maintenant des décennies, les télévisions françaises font l’apologie des forces répressives de l’Etat au travers de productions de fictions où des flics sympas sont empêchés de faire le Bien par un Droit (procédure pénale etc…) qui entrave leur action. Insidieusement, a été développé le thème de la nocivité des libertés publiques et de la priorité à accorder à la sécurité dont les flics et les juges sont les grands défenseurs. Mais le lieu privilégié de la mise en spectacle des politiques sécuritaires reste le JT : les journaleux y campent le personnage de quasi reporter de guerre dans les banlieues.

Rien de nouveau sous le soleil !

 

La stigmatisation des quartiers populaires est une pratique ancienne du pouvoir (voir les "classes dangereuses" au 19ième siècle). Les médias sont toujours prompts à se projeter sur les théâtres intérieurs à l’occasion d’événements « construits » pour illustrer et justifier les politiques sécuritaires.

En réalité, la véritable insécurité est pour les pauvres, ceux qui sont démunis, sans travail, sans domicile, bref tous les sans … Les seuls qui ne la subissent pas sont ceux qui au contraire sont super protégés et sécurisés, c'est la classe dominante, arrogante, bourgeoise et étatique, celle qui nous violente constamment …

Au sens des pouvoirs en place, parler de "sécurité" se cantonne aux réponses à apporter à une certaine violence.

Ainsi, en septembre 2001, Libération titrait : « A Béziers, coup de sang au lance-roquette ».

Un jeune homme de la cité de la Devèze à Béziers pète les plombs : Au moyen d’armes de guerre, il s’attaque aux flics de la ville. Il est abattu par les forces spéciales dépêchées sur place.

Il a eu le temps d’abattre au passage le chef de cabinet (chargé des questions de sécurité et commandant à la Légion Etrangère) du maire de Béziers, qui déclare à l’enterrement de son ami : « Tu as été assassiné par ceux qui détestent la France ». Loin d’être un dérapage, cette déclaration révèle crûment les soubassements idéologiques du discours sécuritaire : « ceux qui détestent la France » désigne une présence exogène au sein de la population, pour tout dire un ennemi intérieur.

 

La critique des politiques sécuritaires passe souvent par l’évocation d’un supposé âge d’or démocratique, par la référence à l’Etat de Droit.

Le modèle politique qui est évoqué au travers de ces expressions est celui où l’Etat se présente sous la forme de la démocratie représentative : pluralisme, parlement, séparation des pouvoirs, libertés publiques…

On aurait tort de ne pas se sentir concerné par les parenthèses hyper violentes que l’Etat s’autorise (pour les plus récentes : « pacification » en Algérie, Guadeloupe en mai 1967, grotte d’Ouvéa…) Durant ces périodes-là, l’essence de l’Etat nous apparaît.

L’Etat de Droit, c’est l’autolimitation du pouvoir et des libertés publiques bien établies.

La levée de ces limites au pouvoir est affaire de circonstances et de niveau de domestication de la population. Des velléités d’émancipation sociale se font jour ? L’Etat apparaît alors sous son vrai visage : la domination à l’état brut.

Les Sans Papiers, les chômeurs, les salariés, les retraités, les immigrés, les privés de domicile, les jeunes, les femmes, autant de catégories sociales flouées, privées de droits individuels et/ou collectifs, autant de populations considérées, à un moment ou à un autre comme des dangers potentiels, des criminels en puissance, toutes choses qui justifient la mise en place d’une politique sécuritaire destinée à défendre la cohésion et l’unité nationale…

Ainsi la boucle est bouclée et, c’est au nom de la défense des populations, que les politiques sécuritaires des Etats (qu’elles soient de Droite comme de Gauche), s’emploient à criminaliser ces mêmes populations, avec dans la majorité des cas leur assentiment.

Pour nous, militants anarchistes et révolutionnaires, la dénonciation de l'ordre sécuritaire va de paire avec la dénonciation de l'Etat, du Capitalisme, de toutes les institutions qui s'y rapportent et de toutes les fausses recettes se parant des vertus "républicaines", "démocratiques" ou "populistes".

Seule une re-fondation de la société sur des bases égalitaires, fédéralistes et libertaires peut nous permettre de parler de la sécurité des individus sans pour autant que ce vocable ne recouvre des situations de violence, d'aliénation et/ou de coercition.

Groupe Puig Antich