lun 20 juin 2011

La Ressourcerie, une expérience de la gratuité

CGA

 

Mieux que les soldes, ou le troc, à la ''Ressourcerie'' tout est entièrement gratuit, tout est à tous.

 

La « Ressourcerie » est un lieu créé par l’association la SEVE, où toute personne peut apporter des objets (meubles, vaisselle, appareils ménagers, vêtements, jouets, outillage, livres …) dont elle ne se sert plus mais qui peuvent encore être utilisés. Les objets déposés doivent être en état car ils ne sont ni réparés, ni nettoyés. Cependant, certains objets, notamment parmi l’électroménager ou les meubles, peuvent nécessiter de petites réparations qui sont alors indiquées, et à charge alors à l’acquéreur de les effectuer. Cette expérience n'a nécessité aucun moyen financier au départ, seulement la bonne volonté de quelques bénévoles. L’association a trouvé un local pour entreposer les biens où ils sont mis à la disposition de quiconque en aura l’utilité. La seule condition pour prendre un objet est de se demander si on en a vraiment besoin. On peut amener sans rien prendre, prendre sans rien amener. Le tout est entièrement gratuit.

 

 

3 axes de motivation à la création de la Ressourcerie

 

Des motivations Écologiques : nos poubelles regorgent d’objets qui pourraient encore être utilisés. La Ressourcerie, fait en sorte que la « vie » d’un objet soit prolongée au maximum. Sociales : même si la vocation n’est pas de pallier aux inégalités engendrées par notre modèle de société et bien conscient que la charité ne doit pas se substituer à la justice sociale et économique, la Ressourcerie permet à des personnes en difficulté financière de se procurer des objets d’usage courant gratuitement. Ceci dit, elle est un lieu ou chacun, pauvre comme riche, peut venir se servir. Éthiques : dans un monde où de plus en plus d’activités humaines basculent dans le système marchand, où tout doit forcément rapporter de l’argent, il est apparu opportun à la SEVE de faire vivre un lieu prenant le contre-pied de cette « logique ». Un lieu de gratuité qui puisse amener à s’interroger sur le rôle de l’argent, sur les échanges, le don, sur la consommation, la production.

 

 

En pratique

 

 

Lors des premières confrontations avec le public, les problèmes se sont posés sur des thèmes inattendus. Alors que l'on pouvait s'interroger sur l'attitude à adopter en cas de personnes qui s’approprieraient une importante quantité du stock, le principal problème rencontré s’est situé à l’opposé. Il s’est avéré qu’un nombre important de visiteurs n’osaient pas se servir ou bien prenaient un objet mais pas un autre même si elles en avaient besoin. En discutant avec ces personnes, il est apparu qu’elles étaient décontenancées par le fait de pouvoir prendre des objets sans rien donner en échange. Certaines avaient l’impression de profiter et pouvaient même avoir un ressenti de vol. Si elles comprenaient la raison d’être et le fonctionnement de la Ressourcerie, elles n’arrivaient pas à assimiler cette gratuité. Pour ceux et celles qui ont vraiment du mal à sortir du concept du « donnant-donnant », une tirelire a été mise en place afin de leur permettre de déposer une pièce en échange de ce qu’elles ont pris. Bien souvent le montant est dérisoire par rapport au produit emporté, mais ce don permet de franchir le pas.

Ce type de comportements réactions? est assez révélateur de l'emprise de la société marchande sur chacun de nous et évidemment d'autres attitudes peuvent apparaître, avec des personnes qui prennent des objets dont ils n'auront pas forcément l'utilité, juste parce qu'ils leur plaisent. Autre comportement lors de la collecte, celle-ci étant basée sur le don, des objets inutilisables sont parfois abandonnés devant le local, occasionnant un surcroît de travail pour les bénévoles. C'est là aussi assez révélateur d'une attitude consommatrice du service de déchets ce coup ci, on ne trie pas soi-même puisque d'autres le feront.

Ces constats posent concrètement quelques problèmes, l'aliénation à la société de consommation ne s'efface pas d'un coup de baguette magique, les réflexes conditionnés sont tenaces et réfractaires à l'idée de gratuité intégrale. Pour solutionner cela, la meilleure démarche semble l'éducation, il faut proposer aux consommateurs de se déconstruire avant d'espérer voir émerger une conscience d'usager..

L’association la SEVE prône la simplicité volontaire et à ce titre dénonce la consommation excessive qui règne dans notre société. Ils pensent que l’avenir de l’Humanité, aussi bien sur un plan écologique, qu’économique et social, passe par une baisse globale de notre consommation, c'est formulé ainsi dans leur tract : « La Ressourcerie se veut au travers du don, un lieu de lucidité salvatrice dans un océan d’imbécillité où le gaspillage et le futile sont devenus des rouages essentiels. Dans un monde qui ne veut que croître, quelles qu’en soient les conséquences écologiques (raréfaction des ressources, amoncellement des déchets), économiques (recherche des moindres coûts, croissance suicidaire) et sociales (destruction des acquis sociaux, intensification de l’exploitation) », c' est un lieu qui encourage chacun à réfléchir sur les conséquences de ses actes quotidiens et en particulier sur celui de sa consommation. En ce sens, c'est un lieu de contestation et de réflexion.

 

 

Point de vue libertaire

 

 

Cette initiative est très séduisante, la gestion du fonctionnement est collective en AG décisionnelle, on peut juste regretter que les ''utilisateurs'' ne soient pas invités aux AGs. Les principes sont Anti-capitalistes par le partage de richesse dont on a plus l'utilité, Anti-productivistes par l'utilisation maximale de chaque chose, Anti-marchands grâce à la gratuité totale et sans conditions, Sociaux par l'accès à certains biens pour les moins fortunés. Il ne faut cependant pas négliger quelques écueils. D'abord on peut penser qu’un certain nombre de ceux qui déposent des objets dont ils n’ont plus l’utilité sont des personnes qui sont parties prenantes du système de consommation excessive, et que la Ressourcerie n'est pour eux qu’une occasion de vider leurs armoires ou garages pour s'offrir le dernier produit à la mode, tout en se donnant bonne conscience. A ce niveau-là, si la dimension écologique de la Ressourcerie est atteinte (allongée la durée d’utilisation d’un objet), la dimension sociale est plus ambiguë (on est ici plus dans logique de charité envers les autres et de justification de ses propres actes). Quant à la dimension éthique, dans ce cas de figure elle est totalement bafouée (aucune remise en cause de la société de consommation).

On l'a vu, la gratuité ne se pratique pas spontanément, c'est le cas quand le ''client'' l'a déjà pratiquée, mais mécaniquement il ne prend que s'il donne en échange. Certains comportements révèlent aussi l'aliénation à la société de services qui prétend gérer les tâches jugées ingrates à notre place, comme les poubelles et dans un cadre plus général la facilité avec laquelle on lègue ces tâches ''rébarbatives'' à des entreprises. La reprise en main de nos vies nécessite de s'émanciper de tous nos réflexes de consommateurs.

Le gros point positif de ce lieu est justement ce terrain ouvert à l'expérimentation et à l'éducation par le fait, éducation à d'autres relations, avec les biens mais aussi avec les autres. Voir les gens prendre ou donner sans scrupules, sans distinction de classe ou de statut social, donne un sens réel à nos luttes pour un autre futur. Il est d'ailleurs intéressant de noter que les membres de la SEVE ont déjà accueillis des personnes venues chercher conseil en vue de reproduire l'expérience ailleurs.

 

Groupe nosotros